NOMBRE DES BANQUES ET DE LEURS SUCCURSALES
Années. France. États-Unis. Angleterre.
La comparaison, on le voit, n’est vraiment possible qu’entre les États-Unis et l’Angleterre. Les chiffres 1,601 et 2,173 indiquent les développements que les institutions de crédit, jouissant du privilège d’émettre du papier payable à vue, peuvent prendre, quand on les tolère, même avec des restrictions nombreuses ; car on chercherait en vain une liberté complète. Là où le régime de l’unité domine, le nombre des établissements qui font circuler et distribuent le crédit est relativement très-faible. Quoique la masse du papier dans les trois pays soit à peu près la même, il n’y a aucune analogie dans la manière dont elle intervient dans les échanges et pénètre dans les canaux de la circulation. En 1 860, en
France, un seul établissement central avec 53 succursales doit pourvoir aux besoins du public. A l’aide de l’unité d’émission, tout se concentre et se répand alternativement sous la môme influence et la même direction. Aux États-Unis, 1 ,392 banques et 1 70 succursales se partagent la circulation fiduciaire. La progression y a été très-rapide et pour ainsi dire continue, sauf un temps d’arrêt marqué par une légère réaction après la liquidation de la crise de 1837-1839.
De 506, le nombre des banques s’était élevé à 901 (1 834-1 840) ; 200 banques ayant été forcées de liquider après la crise de 1 839, ce chiffre se trouva réduit à 691 . Avec le retour du calme et du crédit, de nouvelles banques se forment. Dès 1852,1c dernier chiffre maximum est dépassé, et le nombre des banques, augmentant sans interruption, atteint 1,601 en 1861.
Malgré tous les désastres, toutes les liquidations forcées, le développement de ces institutions de crédit est donc très-rapide, et les deux crises de 1847 et de 1857 ne leur imposent même pas un temps d’arrêt, puisque, de 1843 à 1851, leur nombre ne cesse de s’accroître.
Nombre des banques dans la Grande-Bretagne. — La circulation du papier se trouve divisée entre un grand nombre d’établissements dont quelques-uns (en Écosse) sont presque contemporains de la Banque d’Angleterre (1696). Dans la Grande-Bretagne, il existe 2 banques privilégiées, la Banque d’Angleterre et la Banque d’Ir-
lande; un grand nombre de banques privées et de joint stock-banks sont répandues dans les trois royaumes.
La Banque d’Angleterre n’avait, en 1858, que 13 succursales; elle en a 14 aujourd’hui; la Banque d’Irlande en a 26. Trente-neuf succursales pour les deux établissements qui mettent en circulation la plus grande partie des bank-notes, forment un faible appoint aux 2,173 banques ou comptoirs de l’ensemble du royaume.
Banques privées. — Les banques privées n’existent plus qu’en Angleterre et en Irlande. Ces établissements ont éprouvé les plus grandes vicissitudes, d’abord au point de vue de la limitation du nombre des associés, et en dernier lieu, en 1 841, de leur nombre même.
De 1833 à 1865, elles présentent deux mouvements en sens inverse : ascendant de 1833 à 1840, décroissant de 1 840 à 1 865. Si on embrasse une plus longue période, on constate que l’époque la plus favorable à leur établissement est antérieure à 1819; on en comptait alors 502.
En 1 825, leur nombre est déjà réduit à 467. Pour 124 nouvelles banques, 159 ont disparu par faillite ou toute autre cause. L’année suivante, pendant la liquidation de la crise, plus de 100 furent encore supprimées; malgré quelques créations nouvelles, le nombre était alors réduit à 391 .
Jusqu’en 1833, quelques banques privées essayent encore de se fonder; mais les suppressions dominent
toujours. Si, chaque année, des banques nouvelles s’établissent, elles sont loin de pouvoir combler les vides. Cependant la liquidation de la crise de 1 837 passe inaperçue en ce qui les concerne ; comme elle n’avait été précédée d’aucune exagération de ce côté, il n’est pas surprenant qu’il n'y ait à signaler aucune réaction.
Depuis l’acte de 1844, aucune création nouvelle ne pouvant avoir lieu, on voit aussitôt le chiffre minimum des suppressions, qui variait de 11 à 13 dans les années précédentes, tomber à 2 en 1 845 et 1 846, atteindre 9 une seule fois en 1847, et depuis cette époque varier de 1 à 5.
En résumé, de 1819 à 1856, pour 313 banques de nouvelle formation, on en compte 649 supprimées.
La moyenne des suppressions annuelles, si on retranche l’année 1 826, est de 1 9 environ, tandis que la moyenne annuelle des nouveaux établissements fondés chaque année, de 1 8, de 1 81 9 à 1 826, tombe à 9 de 1 827 à 1 844. Ainsi, pendant que les suppressions continuent dans la même proportion, le chiffre des créations baisse d’année en année jusqu’en 1844. Le développement de ces institutions de crédit était donc enrayé bien avant l’acte de 1 844, et avant même la mise en vigueur des restrictions sévères qu’on leur imposait, elles s’éteignaient lentement d’elles-mêmes, sans l’intervention législative. Sous l’influence de la réglementation de 1 844, le mouvement décroissant, en l’absence de toute création nouvelle, est beaucoup plus lent. De 199, leur
nombre s’abaisse : en 1 847 à 1 86, en 1 857 à 1 57, en 1865 à 137; soit une diminution totale de 62 seulement sur un total de 669 banques supprimées depuis 1819.
Ce sont ces banques qui ont été le plus ébranlées par l’acte de 1 844. En tenant compte, d’une part, des difficultés d’organisation intérieure, de l’autre de l’impossibilité de réparer les échecs ou les fautes par la création de nouvelles banques, on ne doit pas être surpris que la décroissance s’accuse de plus en plus.
Cependant cette diminution bien réelle des banques privées ne paraît pas encore avoir entraîné une réduction correspondante de leurs succursales, comparées à celles des banques d’Angleterre et d’Irlande; la différence est toujours énorme, puisqu’elle est de de 39 à 551 (1856-1858)!
Faisons remarquer, à ce sujet, que par suite du perfectionnement du mécanisme du crédit et en présence d’un pareil développement des succursales, plusieurs banques, placées d’ailleurs dans de moins bonnes conditions, auront dû liquider. Dans tous les cas, la différence du nombre des succursales, en Angleterre, entre les banques privées et les établissements privilégiés, est un fait assez curieux à noter.
Banques privées en Écosse et en Irlande. — En Écosse et en Irlande, les banques privées ont bientôt cédé le pas aux joint-stock-banks.
En Écosse, 3 seulement ont été créées, de 1819 à
1856 (la dernière en 1822), et 14 supprimées (les dernières en 1 838).
En Irlande, pendant la même période, on en compte 8 de nouvelle création, la dernière en 1 840, et 27 ont été supprimées, la dernière en 1 850.
Depuis, elles ont complètement disparu en présence de la concurrence des joint-stock-banks.
Joint-stock-banks. — Le nombre de ces établissements de crédit, répandus sur tout le territoire de la Grande- Bretagne, a également varié assez sensiblement, surtout pour leurs succursales. Voici la mesure de ces variations à diverses époques, sauf quelques lacunes que les documents parlementaires ne permettent pas de combler. Ces documents, au lieu d’indiquer les banques en exercice, se bornent souvent à donner le nombre des bilans publiés.
Joint-stock-banks en Angleterre. — Le nombre des jointstock-banks, dont la création remonte à 1 826, a suivi une progression rapide de 1 833 à 1 837. De 46, il s’élève à 88 et même à 91 en 1839; puis vient un mouvement décroissant. En 1844, elles étaient déjà réduites à 72, à 67 en 1847, à 63 en 1857, et enfin à 59 en 1865. La décroissance est très-accusée depuis 1839, quoique la diminution soit loin d’être la même, avant et après l’acte de 1 844. De 1 835 à 1 844, elle est de 29, et de 1 3 seulement de 1 844 à 1 865.
Si l’on embrasse une plus longue période, on constate que l’époque la plus favorable à l’établissement des joint-stock-banks s’étend de 1820 à 1836. Elles paraissent en 1 826, au moment de la grande liquidation des banques privées. Leur développement continue dans les années suivantes, s’accuse surtout de 1831 à 1834, et atteint son maximum en 1 835 ; puis vient la crise de 1 837-1 839, pendant laquelle toute nouvelle création est suspendue. Leur nombre, de 93, se trouve réduit à87. Le mouvement progressif reprend un peu en 1839 et s’arrête en 1 842 , c’est-à-dire deux années avant l’acte de 1844, dont l’action fut signalée par une diminution notable du nombre des joint-stock-banks en Angleterre (de 91 à 71). Depuis, les suppressions ont à peine atteint le chiffre de 12. En 1865, nous trouvons encore en exercice 59 joint-stock-banks jouissant du privilège de l’émission du papier.
La vitalité de ces établissements ressort de l’examen même des relevés statistiques. De 1825 à 1856, pour 100 joint-stock-banks établies, on ne compte que 37 suppressions, tandis que, pour les banques privées, elles s’élèvent à 649 pour 313 de nouvelle formation.
Le nombre de leurs succursales est encore le plus considérable. De 1856 à 1858, il variait de 644 à 661, quoique le nombre des joint-stock-banks ne s’élevât pas même à moité de celui des banques privées.
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nombre des joint-stock-banks en Écosse a varié de 29 à 12 (1819-1865). Dès 1819, on en compte 19, dont quelques-unes remontent à l’époque de la fondation delà Banque d’Angleterre (1696). Après la crise de 1825, leur nombre reste stationnaire plusieurs années, et enfin, de 1829 à 1835, il se relève à 29, maximum de toute la période, car, dès 1 844, avant que l’action de l’acte ait pu se faire sentir, il était déjà réduit à 19. Jusqu’en 1857, il se maintient à 1 7 ; la liquidation de la crise le réduit encore, et, en 1865, nous n’en trouvons plus que 12 en exercice. Seulement, tandis que, de 1839 à 1844 (5 années), la suppression des joint-stock-banks par faillite ou par toute autre cause avait été de 8, de 1 844 à 1 865 (2 1 ans), elle n’est plus que de 7. Même avant 1 844 et l’application de la mesure relative à la limitation du nombre des banques , leur développement s’est arrêté. De 1819 à 1 844, pour 1 8 joint-stock-banks de nouvelle création, on compte 18 suppressions. Depuis 1839, aucune banque n’a été créée et les suppressions, suite de la crise de 1 839 et de l’acte de 1 844, ont été plus nombreuses que par le passé. Le nombre et la répartition des succursales indiquent le mouvement d’expansion dont elles étaient l’objet, pendant que les banques mères, obéissant à un mouvement de concentration, voyaient leur nombre diminuer.
Joint-stock-banks en Irlande. — En 1 825, on n’en comptait encore que 2 dans ce pays. En 1839, leur
nombre s’élève à 1 4. Après avoir fléchi à 7 pendant la liquidation de la crise, il se relève à 8 en 1844, se maintient au môme chiffre en 1 847, s’abaisse àG en 1 857; nous le retrouvons sans changement en 1865.
Depuis leur origine, le développement de ces institutions de crédit est assez restreint; avant comme après l’acte de 1 844, il oscille dans le même cercle.
De 1819 à 1856, on compte 14 joint-stock-banks nouvellement établies pour 9 supprimées; comme il en reste encore 6 en 1 865, ceci nous prouve qu’une seule joint-stock-bank est antérieure à 1 81 9.
De 1856 à 1858, le nombre de leurs succursales variait de 181 à 183.
Mouvement des banques privées et des joint-stockbanks en Angleterre, en Ecosse et en Irlande , de 1 81 9 « 1844 et de 1844 « 1865. — Ce mouvement est résumé dans le tableau ci-après :
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