‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 2 sur 105 · VJ · texte numérisé non relu

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services rendus, mais bien leur circulation et le nombre des trains qui les mettent en mouvement. l)e même le billet émis est comme le wagon sous la remise tant qu’il reste en portefeuille ; aussi voyons-nous en Angleterre la durée de la circulation du billet diminuer pour toutes les coupures, c’est-à-dire que la même somme animée d’un mouvement de plus en plus rapide par la perfection du mécanisme delà compensation, rend des services de plus en plus grands en rapport avec le chiffre des affaires qui les réclament encore, quoique l’immense majorité se fasse à l’aide des chèques et des virements en comptes courants. La somme en circulation ne donne qu’un des éléments du problème, la durée de la circulation rend mieux compte de l’utilité pratique, t. L’importance du billet, quoique décroissante de la partie inférieure au sommet de l’échelle de la civilisation, indique bien que c’est un rouage intermédiaire indispensable dans l’engrenage qui met en mouvement la grande roue de la circulation. Comme l’échafaudage fragile que l’on emploie pour construire les édilices et qui doit bientôt disparaître, le billet de banque en dehors des grands centres et même dans les grands centres, doit servir à engager et conclure une affaire , en attendant que l’on ait un compte ouvert en banque et il y conduit.

Mais alors quelle limite assigner à la circulation fiduciaire des banques si elle se confond avec la circulation fiduciaire des effets de commerce, et si, selon le moment et la localité, elle peut être prédominante ou accessoire? C’est ici que l’on constate toute l’utilité des métaux précieux et le rôle qu’ils jouent dans les affaires. Dans les pays neufs, comme aux Etats-Unis, et il en a été de même en Écosse, le rapport de l’encaisse à la circulation des billets est toujours faible ; mais au fur et à mesure que l’on s’élève, la proportion s’améliore, tout en éprouvant des oscillations de plus en plus grandes quand on observe les grands centres d’affaires où se traitent les opérations de change. Ce phénomène est très-

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sensible à Paris et à Londres : tantôt pendant les crises la somme en espèces se trouve réduite au tiers de la somme des billets en circulation, tantôt pendant les liquidations elle l’égale, la dépasse môme. C’est donc là le point de départ et le point d’arrivée des métaux précieux sous l’influence des changes défavorables ou favorables.

Dans ces conditions, le maximum.de l’émission des billets se trouve déterminé par le maximum de l’encaisse et nullement par le développement des affaires. Au moment des embarras ce n’est pas là qu’il faut chercher l’excès d’émission ni le défaut de balance. Les cours défavorables du change indiquent que le papier fiduciaire (lettres de change, effets de commerce), manque sur l’étranger ; en effet, l’or s’écoule parce que la hausse des prix, en maintenant les produits en magasin ou en entrepôt, n’a pas permis de créer de nouveaux effets qui seraient venus éteindre les précédents. Faire reprendre aux marchandises leur rôle ordinaire dans les échanges en élevant le prix de l’or par la hausse de l’escompte, tel est le moyen de faire cesser cette transformation des opérations à crédit en opérations au comptant , à l’aide de la réserve métallique des banques.

Le terme dont on se sert a induit le public en erreur. La hausse de l’escompte par les banques n’indique pas une hausse correspondante du taux de l'intérêt sur le marché, mais c’est un moyen indirect de mettre le prix des espèces, puisque ce sont des espèces que l’on demande, en rapport avec le prix des produits, et la preuve que le remède est efficace, c’est qu’aussitôt que les prix ont baissé le numéraire reflue dans les caisses des banques.

Ce n’est donc que le capital espèces qui manque. Sa prompte réapparition aussitôt la baisse du prix des produits et le chiffre maximum qu’il atteint bientôt après, indiquent que sa disparition tenait à un trouble de la circulation fiduciaire, car quelle époque moins favorable à sa formation qu’une crise et sa liquidation.

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Si les changes sont toujours au pair et si on ne fait aucun appel à rencaisse, tant que la circulation fiduciaire trouve une compensation facile, papier contre papier, il était inutile de chercher dans une réglementation compliquée les moyens d’en prévenir les écarts, les cours du change devenaient naturellement les véritables régulateurs de l'émisssiou et de la circulation du .papier fiduciaire. Cependant, même avec le remboursement à vue rigoureusement maintenu, il ne faudrait pas croire que dans les pays où règne la pluralité des banques, chaque banque sente immédiatement sur son encaisse l’action des changes contraires. Les principales banques sur les places où se traitent les opérations de change sont les premières à s’apercevoir des demandes qui menacent l’encaisse : c’est là un inconvénient sans doute, mais on le contrebalance efficacement par la hausse de l’escompte, ou plutôt du prix de l’or. Si l’on possède les moyens de reconnaître le niveau véritable de la circulation fiduciaire et le moyen de la maintenir toujours au pair, ne pourrait-on pas peut-être moins s’effrayer de la pluralité des banques d’émission ; les avantages sont tels que malgré les dangers il faut étudier la question. En France, avec un établissement unique et un petit nombre de succursales, en suivant la marche des affaires, on constate que dans leur développement, ce ne sont pas les escomptes sur place ni même ceux sur Paris qui dominent comme on aurait pu le penser par suite du voisinage et des relations déjà établies: non, ce sont ceux des succursales sur les succursales ; ce sont donc plutôt des compensations que l’on recherche en passant par l'escompte ; on évite ainsi ces changes de place si onéreux, si variables. 11 eût été curieux d’observer l’importance de la circulation des billets dans chacun de ces nouveaux centres d’affaires. Malheureusement depuis longtemps déjà le principal foyer de l’émission a été concentré à Paris afin de préserver les succursales des demandes subites et imprévues de remboursements à vue. Du reste le nombre et la nature

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des coupures nous indiquent qu’en France le billet de banque intervient plutôt comme instrument de crédit pour les grosses opérations que comme instrument de circulation pour le commerce de détail, puisque dans tous les mouvements ce sont les grosses coupures de 1,000 fr. qui dominent. En Ecosse, au contraire, les petites coupures au-dessous de 5 liv. constituent la plus grande partie de la circulation, par conséquent c’est plutôt comme instrument de circulation que comme instrument de crédit qu’elles interviennent; là ce sont les dépôts en comptes courants qui alimentent le crédit. L’édifice est depuis longtemps debout et néanmoins si l’échafaudage n’a pas encore complètement disparu, quels services a-t-il dû rendre dans le principe?

Toujours est-il qu’en France et en Angleterre depuis longtemps, on ne peut accuser l’excès d’émission du papier par les banques, et cependant nous observons toujours les mêmes accidents qui le signalent : changes défavorables, épuisement des réserves métalliques, etc. Il faut donc qu’il y ait excès ailleurs, ou plutôt défaut de compensation : si ce n’est pas du fait des banques, c’est donc du fait du public.

Beaucoup de critiques ont été dirigées contre les banques privilégiées. Nous avons cherché par l’observation directe des faits jusqu’à quel point et avec quel succès on avait proposé d’y remédier par la pratique. C’est ainsi que dans le cours de cette étude nous passerons en revue les conditions de la circulation fiduciaire sous le régime de l’unité et de la liberté d’émission. Nous étudierons pratiquement les conséquences de la disponibilité du capital, de la vente des fonds publics disponibles, de la possession des effets de commerce sur l’étranger afin de rectifier les changes. Tantôt l’expérience a déjà été faite et a prononcé, tantôt le mécanisme lui-même indique que les modifications demandées ne pourraient avoir aucune influence.

L’inefficacité des réformes proposées ressort souvent de l’étude même de l’article sur le bilan. Après avoir examiné

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chacun d’eux isolément depuis 1800 en France, en Angleterre et aux États-Unis, il était utile de les rapprocher et dans leurs transformations, d’observer leurs influences réciproques, en un mot le mécanisme des banques.

On a nié la solidarité des marchés : nous avons mis en présence pendant les dernières crises les bilans des banques de France et d’Angleterre, les faits se chargeront de répondre. Ce que l’on peut et ce que l’on doit critiquer, c’est de vouloir faire dépendre cette solidarité du taux de l’intérêt, tandis qu’elle est sous l’influence directe des cours du change.

C’est donc de ce côté qu’il faut diriger l’observation pratique malheureusement trop négligée jusqu’ici. Si les cours du change sont les seuls et véritables indicateurs de la valeur de la circulation fiduciaire, et si sous ce terme on comprend non-seulement les billets émis par les banques, mais encore les billets émis dans le commerce pour le réglement des affaires, les partisans de la liberté et de l’unité d’émission auront déjà fait un grand pas pour s’entendre. On redoutera moins les abus quand un contrôle sévère sera établi entre toutes les banques par l’intermédiaire d’une banque centrale et de ses succursales, où toutes les opérations viendraient par une compensation fréquente se liquider. Tous les billets qui ne pourraient rester en circulation seraient immédiatement renvoyés à leur source, et les abus particuliers seraient immédiatement révélés; quant à l’abus général, c’est-à-dire l’excès de la circulation fiduciaire, signalé par les changes défavorables et la baisse des réserves métalliques des banques centrales, la hausse de l’escompte en se faisant partout sentir ne tarderait pas à rétablir l’équilibre rompu; sans doute on n’éviterait pas complètement les crises, mais du moins pourrait-on les adoucir en signalant le danger et en ne se laissant pas engager plus avant.

ET

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