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DU CRÉDIT

Pour éviter une confusion qui se produit souvent et jette beaucoup d’obscurité sur tous les phénomènes qui nous occupent, il faut bien se pénétrer du rôle et des propriétés de la monnaie et du billet de banque dont la valeur doit être identique sans être nécessairement du même usage partout et toujours, puisque selon les circonstances, tantôt on prcféie les espèces, tantôt les billets.

Turgot le premier lit remarquer que les espèces ont une valeur propre et indépendante et ne sont pas un signe de valeur comme le pensait Montesquieu. De celte dernière supposition au système de Law la transition était naturelle et inévitable : si la monnaie n’est qu’un signe peu

importe la matière, on peut toujours lui faire égaler toute la richesse matérielle d’un pays et inonder la circulation de papier-monnaie garanti par des valeurs réelles, mais non réalisables, et par conséquent ne pouvant remplir les fonctions de la monnaie, c'est-à-dire faire du comptant. Aussitôt que par les progrès du commerce et de la civilisation, l’échange en nature, le troc pour se servir de l’expression vulgaire, est devenu insuffisant pour répondre à tous les besoins, on a cherché des intermédiaires qui pussent servir à mesurer la valeur des produits dans tous les lieux et dans toutes les circonstances; c’est alors que successivement, d’un accord unanime, on adopta la monnaie ayant pour base les métaux précieux. Pour toutes les opérations au comptant le problème a ainsi été résolu dès le principe. Mais quand le crédit est intervenu, on a eu recours à d’autres instruments beaucoup plus variés qui remplissent le même rôle d’une manière plus économique, quoique stipulant toujours en or ou en argent la somme qui devait être payée ; ce sont : les Elîets de commerce — les Lettres de change — les Mandats — les Chèques — les Billets de banque — les Warrants qui eux aussi sont des instruments de crédit d’une nature particulière et d’une circulation très-restreinte. Quelle que soit la forme que l’on choisisse dans les transactions humaines, la monnaie métallique est toujours le dernier terme auquel toutes les opérations doivent aboutir.

Les métaux précieux or et argent ont été choisis pour

remplir le rôle d’intermédiaire, et pour accomplir cette fonction dans les échanges, ils devaient être doués de certaines propriétés spéciales, telles que la fixité relative de valeur sous un petit volume, la durée et la divisibilité.

L’observation et le temps ont prouvé que l’or et l’argent remplissaient ces conditions. Doués de ces précieuses qualités, ces métaux ne sont pas seulement signes de valeurs, mais valeurs eux-mêmes; ils servent de mesure et d’équivalent, ce qui ne permet pas de les confondre un seul instant avec d’autres instruments de mesure, la balance ou le thermomètre par exemple, qui, eux aussi, servent de mesure, mais ne représentent ni la pesanteur, ni la chaleur. C’est cette dernière propriété particulière aux métaux précieux que l’on oublie et que l’on néglige trop souvent pour n’y voir qu’un signe de valeur que l’on voudrait (du moins on le rêve quelquefois) facilement remplacer.

En dehors des opérations au comptant seules possibles avec la monnaie ou avec le troc, aussitôt que le commerce s’est étendu et que sont intervenues les transactions à crédit, on a eu recours à des moyens plus perfectionnés et plus économiques pour opérer les payements par simple compensation sans l’intermédiaire de la monnaie, en créant les effets de commerce, les lettres de change, les mandats; puis pour leur donner une circulation encore plus facile et plus rapide, on a eu recours aux billets de banque et enfin au chèque, qui, quand le

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mécanisme est bien établi, opère le payement par un simple virement de crédit dans les comptes-courants.

Les lettres de change, les effets de commerce sont contemporains de l’origine même du crédit ; les transactions s’établissent en rapport avec les facilités de leur circulation et de leur compensation avec l’aide des billets de banque et des chèques pour l’intérieur, et sous la dépendance absolue des cours du change pour l’extérieur.

Une bank-note qui circule au pair a une valeur équivalente aux métaux précieux, mais ne représente pas la monnaie comme un warrant représente une marchandise parfaitement déterminée et emmagasinée sous clef dans un dock, ün possède seulement une promesse d'ètre payé sans avoir un droit spécial sur l’encaisse des banques, mais seulement sur l’ensemble de leur actif. Quoique circulant au pair avec la monnaie, elle n’est pas de même nature; elle jouit de toutes ses propriétés, par le pouvoir que l’on a, sans cependant en user, de l’échanger à volonté contre cette dernière. 11 faut, il est vrai, qu’à tous les degrés de l'échelle la môme confiance existe, car du moment où on se présente au guichet des remboursements dans un autre but que pour satisfaire aux demandes ordinaires du commerce intérieur, aussitôt tout le mécanisme du crédit est rompu, puisqu'il est basé sur une confiance réciproque qui accorde un terme pour payer; ce terme arrivé, on fait honneur à ses ehgagements en payant en espèces, mode ordinaire dans le pays où les habitudes de crédit ne sont pas prises; mais

là où elles existent, la dette s’éteint par la remise d’une nouvelle dette que les banques transforment en comptant par l’escompte ou à l’aide d’un chèque, par un simple virement sur le chapitre des dépôts en comptes-courants sans aucune intervention de billets ou espèces.

Toute promesse de payer circulant au même titre que le numéraire et acceptée en payement, voilà ce que l’on comprend sous le nom de crédit. Cette promesse garantie par toute la fortune personnelle de celui qui s’engage, peut aussi ne l’être que par la confiance que son honorabilité inspire.

Le crédit n’est pas seulement le transfert d’un capital de l’un à l’autre, mais bien une espèce de propriété nouvelle qui remplit l’office de la monnaie aussi longtemps qu’elle peut circuler, soit sous sa forme propre et primitive, soit sous celle d’un billet de banque.

Les connaissements, les certificats de dépôt, sont des titres sur des marchandises spécifiées et ne forment avec elles qu’une propriété. Ils naissent d’un dépôt non d’un échange, ils représentent des marchandises et n’ajoutent rien à la masse des propriétés échangeables. Au contraire, les instruments de crédit circulent sur la croyance que l’on peut ou que l’on pourra les échanger contre des espèces; ils naissent d’un échange, non d’un dépôt et excèdent de beaucoup la somme du numéraire circulant, quoique le billet de banque cependant ait la même valeur que les espèces.

Le crédit naît d’un échange et non d’un dépôt, c’est

donc une addition à la masse des propriétés échangeables. Il ne possède pas une puissance productive directe, mais il donne le pouvoir d’acheter.

Tant que les promesses de payer circulent on les vend, on les transfère ; mais du moment où on voudra réaliser, quelqu’un devra avancer la somme: jusque-là entre les mains de mille détenteurs, elle produirait le même effet sans avoir rien coûté, sauf au premier anneau de la chaîne, à celui qui le premier a engagé l’opération.

Le crédit est un droit actuel à un payement futur; ce droit distinct de la monnaie et des produits peut circuler dans le commerce en opérant les mêmes effets. Quand on se sert des futurs résultats de son industrie ou quand on les vend, la propriété dont on dispose ainsi se nomme crédit.

Un titre de crédit est une propriété échangeable distincte de la monnaie, quoiqu’il en fasse l’office. Aussi longtemps qu’une promesse de payer circule, elle ajoute à la richesse de celui qui l’a reçue sans diminuer celle de celui qui l’a donnée, car toute promesse de payer ayant une valeur actuelle indépendante du payement, le crédit n’a rien de matériel. Le prêt commercial se distingue ainsi du prêt ordinaire ên ce sens que l’on s’oblige à payer une somme égale mais non identique; le récépissé de 100 fr. donné par un banquier rend disponible 200 fr.; il en a cent et son client cent.

Les banques et les banquiers ne sont donc pas de simples intermédiaires entre les prêteurs et les emprun-

teurs, puisque tous deux peuvent disposer des mêmessommes.

Dans les affaires que recherche-t-on ? Sont-ce des espèces ou du crédit? Tout le monde comprend que c’est du crédit; le but des banques est de créer et de faire circuler des instruments de crédit, et cette création artificielle suffit pour remplir avec grand avantage les principales fonctions de la monnaie.

Dans la pratique, le plus grand nombre des effets de commerce sont payés non en espèces mais en papier ; les banques achètent une promesse de payer avec d’autres promesses de payer. Le billet de banque n’est rien autre chose que du crédit qui circule au même titre que l’or.

On saisit toute la différence qui existe entre les instruments de crédit et les warrants, les connaissements et les certificats de dépôts, en observant que ces derniers sont essentiellement réglés sur la quantité de marchandises qu’ils représentent, et qu’ils ne peuvent excéder cette quantité. Les instruments de crédit au contraire, tirent leur origine du nombre des transferts de propriété; chaque transfert peut entraîner la création d’un titre de crédit. Vingt transferts de propriété peuvent faire naître vingt lettres de change, tandis qu’un seul warrant fait passer une seule marchandise dans vingt mains différentes; aussi le développement des instruments de crédit dépend du nombre des transferts ou de la rapidité de leur circulation. Le système du crédit consiste à acheter des créances en en créant de nouvelles. La vente faite à

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crédit au détaillant, lui permet de faire un profit comme s’il avait acheté avec de l’argent, et puisque l’on classe comme capital tout ce qui donne des profits, il est certain que le crédit accordé à ce détaillant, est pour lui du capital au môme titre que de l’argent. Il n’y a ici aucune création nouvelle, mais déplacement, ce qui dans l’industrie est une énorme affaire pour les capitaux et les produits : c’est tantôt le point de départ, tantôt le complément de l’œuvre de la production.

Le crédit, dit-on, ne fait que déplacer les capitaux et les produits : soit ; mais le commerce fait-il autre chose que de chercher la meilleure répartition possible? Une route, un canal, un chemin de fer, la monnaie ne tendent pas à une autre fin.

J.-B. Say a bien montré qu’une vente n’est que la moitié d'un échange. L’emploi du crédit divise l’opération en trois parties :

1 ° La marchandise est achetée à crédit ;

2° Le crédit expiré, la créance est remboursée en argent •

3° Cet argent s’échange contre autre chose; mais le plus souvent on se dispense du payement en argent, les dettes commerciales sont soldées par la création d’autres dettes.

Donc, de la monnaie et du crédit si on en juge par les services, les plus importants sont ceux que rend le crédit.

Qu’est-ce que le billet de banque au fond? Rien autre

chose que du crédit, des créances qui circulent placées au môme rang que la monnaie d’or.

Le payement en monnaie d'une lettre de change n’est que l’échange d'un instrument de crédit spécial contre un instrument de crédit général.

Le crédit et la monnaie facilitent l’activité et la circulation des produits: dans aucun cas ils ne peuvent faire qu’un soit deux; mais ils permettent les échanges, les développent, amènent la division du travail à un point que le troc n’eût jamais atteint. Ils ne font pas naître le produit, mais ils le font circuler. Faire du commerce et de l’industrie au moyen de l’argent, c’est travailler avec les gains du passé; substituer à l’argent le crédit, c’est travailler avec les fruits que promet l’avenir.

Limite du crédit. — Change. — Penser multiplier à son gré les instruments de crédit serait tomber dans la plus grave erreur. S’il est vrai que tant que le public les accepte on peut les faire circuler, il ne faut pas moins redouter le moment où à l’intérieur les renouvellements, les réescomptes, et à l’extérieur les changes défavorables, en rendront la circulation plus difficile.

Il y a longtemps qu’on le répète, et on l’oublie toujours : le seul critérium de l’excès d’émission du papier se trouve dans la comparaison de sa valeur avec les métaux précieux, quoique la quantité en circulation puisse être très-variable.

Tout le système du crédit repose sur la succession non interrompue des opérations qui lui donnent naissance et l’absorbent alternativement.

Quand le mécanisme est bien organisé, ce sont des promesses de payer qui circulent et à terme sont échangées contre d'autres promesses qui éteignent ainsi la dette. Si à un moment donné il y a un défaut de balance dans les engagements du commerce, les rouages ne s’engrènent plus régulièrement et toute la machine s’arrête. Le crédit ne fonctionnant plus, il faut avoir recours aux opérations au çomptant et par suite au numéraire.

On est souvent porté à considérer le crédit comme étant toujours de même nature sans se préoccuper des sources qui le dispensent. Cette confusion a cependant été une des causes qui ont entretenu et propagé les plus grandes erreurs à ce sujet. L’origine du crédit, quoique le bénéfice pour l’emprunteur soit toujours le même, lui donne des caractères particuliers. Ainsi, il faut distinguer:

Le crédit du Commerce; 1

Le crédit des Banquiers;

Le crédit des joinls-stock-banks;

Le crédit des Banques d'émission.

Le crédit du commerce est celui que les négociants s’accordent entre eux pour le règlement de leurs opérations. Le produit vendu et livré, on accepte en échange une promesse de payera trois mois; cotte avance con-

sentie par l’une des parties forme le premier anneau de la chaîne, et à l’échéance on pourra offrir le payement en escomptant chez un banquier ou à une banque une 'nouvelle promesse de payer à terme ou à échéance variable, quelquefois trôs-rapprochée , résultant d’une nouvelle vente dans les mêmes conditions. C’est ainsi que l’opération pourra se continuer, tant que les produits en circulant et passant d’une main dans une autre donneront chaque fois naissance à une promesse de payer venant par l’escompte ou par le comptant éteindre la précédente. L’industriel se désaisit de ses produits qu’il donne en échange d’une simple promesse de payer; il y a ici une avance faite à quelqu’un : par conséquent, rien n’a été ajouté à la richesse delà nation ; la circulation, la vente des produits seules ont été favorisées. Le commerce s’accorde donc le premier un crédit et même le plus long comme nous allons le constater; mais bientôt pour développer les affaires et avoir la libre disposition de son capital, il a recours aux banquiers pour escompter une partie de son portefeuille sans attendre le terme ordinaire de quatre-vingt-dix jours.

Crédit accordé par les banquiers. — Le banquier comme le négociant peut employer une partie de son capital et tout son crédit à escompter, et faire réescompter du papier; mais, en outre, ce sont les dépôts en comptescourants que les affaires lui procurent et auxquels il paye une légère rémunération qui lui permettent de faire ren-

trer dans la circulation et de rendre au public en gros une partie des sommes qui resteraient inutiles dans les caisses particulières.

Les banquiers peuvent encore adopter un autre mode d’opérer: immobiliser en valeurs, rapportant intérêt, leurs propres fonds et une partie de ceux qu’on leur a confiés en dépôt, puis émettre des billets payables à vue ou à terme. Il est alors bien évident que tant que ces billets resteront en circulation, ils bénéficieront de la somme entière comme s’ils eussent employé du numéraire. Ils peuvent même sans émettre des billets, ce qui s’observe le plus souvent, se borner à mettre leur signature sur les effets qu'on leur présente pour aussitôt étendre le rayon dans lequel ils seront acceptés; dans tous les cas, il y a ainsi augmentation des moyens de circulation et par suite distribution plus facile et plus rapide des produits.

Crédit des j oints-s tock-bancks>. — Bien plus , si le commerce prend l’habitude de s’adresser à de puissantes compagnies comme les joints-stoek-banks pour le règlement de ses affaires, toutes les compensations se faisant en banques, tous les soldes créditeurs viendront grossirle chapitre des comptes-courants, et comme les payements s'opèrent par le simple virement d’un compte à un autre, la somme des dépôts en comptes-courants tendra à égaler le chiffre du portefeuille et des avances. Arrivé à ce point le mécanisme est parfait, le billet de banque

lui-même en temps ordinaire devient presque inutile comme moyen de crédit.

Les joints-stock-banks sont passives pour ainsi dire; tout leur rôle, bien important cependant, se borne à combiner le crédit créé par le papier du commerce, de manière à établir une compensation parfaite sans l’intervention de la monnaie ni des billets de banque.

Il y a toujours une somme flottante disponible représentant le solde que chaque négociant devrait garder inutile et improductif dans sa caisse pour répondre aux échéances et aux besoins de chaque jour; et comme cette somme est toujours supérieure à la demande ordinaire, c’est ce surplus dont les joints-stock-banks ont la libre disposition qui leur permet de la mettre successivement et alternativement au service de^hacun de leurs correspondants au fur et à mesure des besoins. Elles profilent de chaque moment où une somme resterait inutile et inoccupée pour immédiatement la mettre en mouvement en l’appliquant aux demandes d'escompte et de compensation qui se présentent chaque jour. Lien plus, si la somme se trouve épuisée par instants, assurées d’un retour prochain et inévitable, elles n'hésitent pas à engager leur crédit propre en créditant les comptes-courants sans aucune avance d’espèces ou de billets.

Comme dans le premier cas, il n’y a encore ici qu’un simple transfert du capital de l’un à l’autre, transfert très-perfectionné, rouage ingénieux qui, évitant toute

perte de temps et s’adaptant merveilleusement à chaque cas particulier, conserve au mécanisme toute sa puissance. Les joints-stock-banks, comme des canaux, distribuent le capital de la façon la plus heureuse en s’efforçant de maintenir un niveau égal entre les différentes branches du commerce.

Dans tous les cas, le crédit n’ayant pas une puissance productive directe, mais donnant seulement le pouvoir d'acheter, il faut bien distinguer dans la succession des opérations à crédit les conditions différentes dans lesquelles sont placés ceux qui forment les premiers anneaux de la chaîne et ceux qui ne font que la continuer.

Dans le premier cas, l’industriel se dessaisit des produits qu’il donne en échange d’une simple promesse de payer. Il y a ici une avance faite à quelqu’un, par conséquent riën n’a été ajouté à la puissance productive; la circulation et la vente des produits seules ont été favorisées.

De môme un banquier qui utilise par l’escompte et des avances les sommes qu’on lui a confiées en comptecourant, ou son propre capital, ne fait qu’en transférer la propriété dans les mains de celui qui en a besoin et sait en tirer le meilleur parti.

Dans le second cas, si celui qui a reçu la marchandise à crédit, en échange d'une promesse de payer, la 'cède à son tour en échange d’une semblable promesse, c’est toujours la môme valeur qui passe de main en main; mais ce nouveau transfert a donné lieu à un

nouvel engagement de payer d’une valeur égale au produit qui circule sans avoir rien coûté qu’une promesse de payer à celui en faveur de qui il a été souscrit. Voici dans le commerce un accroissement réel de la richesse de la nation et par suite, la circulation, la vente des produits sont favorisées dans une proportion dont il est difficile de se faire une idée; car une fois le premier crédit accordé pour faire passer la marchandise dans les mains de ceux qui savent en tirer le meilleur parti, cette dernière va pouvoir circuler indéfiniment jusqu’au moment où elle tombera dans les mains des consommateurs, sans rien coûter à chacun de ceux qui en feront de nouveau l’avance, et chaque fois il peut y avoir un bénéfice. Voilà, par le fait d’un seul prêt, une somme de valeurs en circulation bien supérieure à celle qui a servi de point de départ. Supposons une marchandise de 1 00 fr. livrée à crédit contre une promesse de payer de 100 fr., si elle passe dans trois mains différentes, en échange chaque fois d’une nouvelle promesse de même somme, voici en papier une circulation d’une valeur de 300 fr., représentée cependant à l’origine par une seule somme de 100 fr., qui, effectivement a été livrée. Celte création de valeur, il est vrai, est très-éphémère et doit disparaître le jour où le produit vendu sera absorbé par la consommation; mais comme desopérations semblables, renouvelées sanscesse, donneront toujours naissance aux mêmes effets dans les mêmes conditions, on comprend que la limite de cette création artificielle de valeur, mise en circulation, dépend

du nombre de transferts des produits, de la rapidité de leur circulation et de la régularité du payement ou de la compensation des engagements à l’échéance. Aussi longtemps que la marchandise trouvera des acheteurs, ce mécanisme du crédit fonctionnera sans aucun trouble, puisque ce sont toujours de simples échanges de promesses de payer escomptées ou arrivées à échéances; mais que la circulation des produits se ralentisse, s’arrête, et aussitôt la compensation des effets de commerce devenant impossible, tout cet échafaudage si brillant, si avantageux jusqu’ici, s’écroule et couvre le sol de ruines.

Crédit accordé par les banques d émission. — Les banques jouissant du privilège d’émettre des billets payables à vue et au porteur, vont pour la première fois nous offrir un autre mode d’opérer. Comme les jointsstock-banks, elles pourront réunir les dépôts en comptescourants et en disposer en faveur du commerce et du public; mais de plus, leur puissance d’émission les dispense de borner leurs opérations à la somme totale de leurs comptes-courants et de leur capital: ce dernier d’ailleurs, simple capital de garantie, est le plus souvent immobilisé en valeurs productives d’intérêts. Il y a donc ici une opération d’une nature particulière qui doit nous arrêter un moment. Quand une banque émet, en échange d'une promesse de payer à terme, qu’elle transforme ainsi en comptant, une promesse de payer à vue et au porteur

circulant de pair avec la monnaie métallique, il est bien évident que tant que ces promesses resteront en circulation, elle bénéficiera de la somme entière comme si elle eût employé du numéraire; c’est une augmentation des moyens de circulation et par suite distribution plus facile et plus rapide des produits. On a ajouté un nouvel élément à la masse des instruments de crédit sans rien emprunter et sans aucun transfert d’une personne à une autre, ce n’est pas une création de richesse sans doute, mais un merveilleux moyen pour y conduire et l’obtenir. Si tels sont les avantages, il ne faut pas aveuglément sc dissimuler les dangers de l’émission des billets de banque. Deux conditions sont nécessaires pour une circulation en papier: 1° une grande confiance dans la direction des affaires de la Banque; 2° une conduite du commerce assez prudente pour que ses engagements, sauf les délais accordés, se rencontrent à l’échéance. 11 est très-rare ipie les demandes de remboursement que l'on adresse aux banques viennent d’un défaut de confiance, en dehors des cas de révolution ou de panique, ce n’est pas là la source ordinaire des embarras.

Il s’agit donc pour une banque de maintenir en circulation la plus grande quantité de billets pourvu que, par une réserve suffisante en 'espèces métalliques, elle soit toujours en état de répondre, non pas à toutes les demandes possibles, ce qui changerait la nature de ses opérations à terme en opérations au comptant, niais aux demandes de remboursement que réclament les besoins

de chaque jour, aussi longtemps que le commerce continue régulièrement ses opérations.

Dans la pratique, cette réserve sans aucun effort de la part des banques, dépasse de beaucoup la proportion du tiers en numéraire, qu’en théorie on a jugé nécessaire cependant d’année en année, jusqu’au moment où les embarras se manifestent et la crise éclate; au fur et à mesure que dans les affaires le crédit commence à faire défaut, on s’adresse aux banquiers et aux banques, nonseulement pour des demandes d’escomptes en plus grand nombre, mais aussi pour des renouvellements de plus en plus répétés. La réserve métallique baisse d’abord à cause de la hausse des prix qui absorbe une plus grande quantité de numéraire, puis, par suite du défaut d’équilibre dans les engagements du commerce, les lettres de change données une première fois en payement des produits que l’on devait livrer à la consommation, ne trouvent à l’échéance ni la somme en numéraire, ni la somme en effets de commerce, en lettres de change ou en billets de banque destinée à les solder par une compensation directe ou indirecte.

11 faut donc avoir recours à un nouveau délai ou à un nouveau crédit. Celui que l’on accorde à la véritable matière escomptable n’intervient dans les affaires que pour un terme assez court, quelques mois au maximum, afin de laisser aux produits le temps de s infiltrer peu à peu dans tous les canaux de la consommation; et ce délai, que le commerce s’accorde à lui-même, se trouve en-

ET DE LA LIBERTÉ D’EMISSION. t'J

corc réduit quand on s’adresse aux banques. Si nous observons ce qui se passe en France, nous constatons que la moyenne de la durée de l’escompte ne dépasse pas 40 jours; on trouve ainsi la preuve que les secours fournis par la banque, alors même qu’on y a eu recours, ne forment que le complément et pas même pour une moitié du crédit que le commerce trouve en lui-même, puisque sur un terme de 90 jours on ne lui en demande que 40, et sur ce délai la hausse ou la baisse du taux de l’intérêt ne paraît pas avoir une influence sensible. En 1852, l’escompte à 3 0/0, la moyenne des échéances , était de 35 jours; dans l’intervalle, en 1860, elle s’était élevée un moment à 48 jours, mais depuis 1 860, elle ne s’éloigne pas de 40 jours.

Ce n’estdonc pas un plein crédit que l’on réclame des banques, mais un supplément qui prend des proportions de plus en plus fortes sans augmenter cependant en durée aussitôt que les divers crédits du commerce ne s’échangent plus régulièrement.

En effet, le chiffre des opérations d’escomptes par la banque de France, qui, depuis deux années, varie de 6,030,000,000 fr. à 6,538,000,000 fr., ne représente qu’une bien faible part du mouvement des virements qui s’élèvent à 1 7 milliards.

D’un autre côté, si l’on rapproche de la somme des effets escomptés la somme des effets au comptant encaissés gratuitement par la banque en faveur de ses déposants en comptes-courants, on remarque que lesdeux

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chiffres s’éloignent ou se rapprochent selon la période que l’on observe.

A ce sujet, nous rappellerons que la Banque de France pour alimenter ses dépôts en comptes-courants, se charge de faire opérer gratuitement, à domicile, tous les effets de commerce arrivés à échéance, et que l’on désigne par suite sous le nom d’effets au comptant.

Pendant toutes les périodes prospères, les effets au comptant égalent, surpassent môme la somme des effets escomptés, puis quand on approche des crises, ce sont ces derniers qui s’accroissent surtout, l’écart augmente de plus en plus, et la banque par son crédit est appelé^ à combler la différence et è aider à la compensation qui ne peut plus se faire avec les seules promesses de payer du commerce, c’est ainsi que dans les deux dernières années, pendant que les effets escomptés à Paris s’élevaient de six cents millions, non-seulement la somme des effets au comptant restait stationnaire, mais baissait même de 50 millions.

BANQUE DE FRANCE

TABLEAU COMPARÉ DES EFFETS ESCOMPTÉS A PARIS ET DES EFFETS ENCAISSÉS AU COMPTANT.

ANNÉES

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