BAISSE I)E LA RÉSERVE
Argent.
Or.
Total.
515 mil. de l'r.
76 millions fr.
G2I millions fr.
Depuis le moment où le maximum a été atteint jusqu’en 1856, la baisse de l’encaisse porte surtout sur l’argent qui, de 545 millions, s’abaisse à 87.
Dans les premières années, l’influence de la production des mines se fait sentir , malgré les causes générales qui déterminent le drainage des métaux précieux; cependant l’or afflue toujours à la banque jusqu’en 1 854, et quoique l’encaisse ait baissé de 621 à 499 millions,
soit de 1 22 millions, cependant l’or a augmenté de 76 à 228 millions, soit de 1 52 millions. La dépression a doncporté jusqu’ici uniquement sur l’argent; mais ici la baisse devient plus marquée et se manifeste sur les deux métaux qui, en 1 855 et 1 856, au moment où l’encaisse est au plus bas, en forment chacun environ la moitié.
La crise passée, le reflux des métaux précieux commence, et dès 1 859, le maximum est de nouveau atteint. Quel métal va y entrer pour la plus forte part?
On se rappelle que, de 1 848 à 1 852, au moment de la reconstitution de la réserve de 53 millions à 621, l’argent de 52 millions s’était élevé à 545 et l’or seulement de 1 à 76 millions; dans la même circonstance, de 1857 à 1 859, l’encaisse de 1 64 millions se relève à 644, et dans ce retour des métaux précieux, l’argent et l’or entrent presque par parties égales : l’argent pour 318 millions, et l’or pour 326. Malgré la légère prime de l’argent, ce dernier rentre sous forme de monnaie ayant perdu , par le frai, la plus grande partie du bénéfice que la différence du prix des deux métaux pouvait faire espérer.
Dans la période 1857-64, le maximum de la réserve métallique de 644 millions s’abaisse de nouveau à 1 69 millions, en 1 864. L’or et l’argent y prennent part dans la même proportion environ :
L’argent, de 318 millions baisse à 70 L’or, de 326 — — à 99,
Les deux métaux ont donc contribué au drainage de l’encaisse en fournissant chacun presque la même somme : il n’en sera plus de même au moment de la reconstitution de l’encaisse de 1 864 à 1 867.
De 169 millions, la réserve métallique se relève à 774 millions, et dans cette somme l’argent n’entre plus que pour une part très-faible, 1 66 millions, et l’or pour 605 millions.
En résumé, depuis 1848, alors que l’or formait à peine 2 0/0 de la réserve métallique, nous le voyons chaque année prendre une part prépondérante. En 1852, la somme s’élève à 76 millions, soit 12 0/0 de l’ensemble de l’encaisse. De 1 858 à 1 859, les deux sommes se balancent. En 1864, la proportion de l’or l’emporte, puisqu’elle s’élève à 58 0/0, et enfin en 1 867 elle atteint 78 0/0. Le retour de l’argent si brusque et si considérable dans les liquidations des crises précédentes, s’abaisse peu à peu de 545 millions en 1852, à 318 en 1859, et enfin à 166 en 1867. L’argent tend donc pour le moment à disparaître de la circulation en France.
Il ne faut pas être surpris si les maxima et les minima qui précèdent ne sont pas sensiblement les mêmes que ceux des tableaux des bilans des banques de France, parce que la composition de l’encaisse de la banque n’a pas été relevée le même jour.
D’après ce qui précède, les fluctuations de l’encaisse sont très-considérables, mais en même temps très-régu-
Hères dans leurs mouvements de flux et de reflux; les besoins sont donc temporaires, et un retour des espèces doit toujçurs se produire inévitablement.
En règle générale, dit M. Weguelin, à mesure que l’encaisse augmente, le portefeuille diminue ; et réciproquement, à mesure que l’encaisse diminue, le portefeuille augmente. Dans les embarras, les variations dans la situation de la Banque d’Angleterre se traduisent par la somme plus ou moins forte des avances de capital qu’elle fait au public, et cette avance de capital ne dépend pas de la circulation. Qu’on ait besoin d’or pour une armée, pour des achats de blé, de laine ou toute autre importation, le change nous le démontrera.
Un banquier ou une banque de province qui prévoient une demande considérable d’or, s’adressent à la Banque d’Angleterre directement ou par leur correspondant. La plus grande partie du numéraire est ainsi prise directement à la réserve de la Banque d’Angleterre, et non à la circulation du pays; leur encaisse ne peut s’alimenter que de l’or de la capitale, et nullement de celui qui, sous forme d’espèces, circule dans leur rayon.
Dès le mois de mars 1 844, avant la promulgation de l’acte, l’encaisse métallique avait déjà atteint un maximum qui, jusqu’en 1 849, n’a pas été dépassé; il est donc impossible d’attribuer à cette mesure une grande influence sur l'encaisse, comme on le pensait et comme on le pense encore.
L’acte a fixé seulement la quantité de billets qui seraient
émis contre garantie des valeurs de l’État, tout le reste devant être représenté par des espèces en caisse, et de plus on a réglementé la proportion de l’argent dans la composition de l’encaisse de la Banque ; on l’a fixée à \ /5, quoique l’argent ne soit pas monnaie légale, mais afin de répondre aux besoins de l’exportation.
En Angleterre, on a cru garantir la convertibilité des billets de la Banque en exigeant, au-dessus de la somme de liv. 14,000,000, la représentation exacte en espèces de tous les billets émis au-dessus de cette limite. Aux colonies, pour arriver au même but, le règlement législatif oblige la Banque à conserver une quantité d’espèces métalliques égale au tiers de leur circulation, proportion déjà recommandée parM. Horsley Palmer dans l’enquête de 1832.
Que la proportion soit fixée ou quelle ne le soit pas, on la voit, par les mouvements naturels des affaires, oscillant sans cesse en hausse ou en baisse.
Proportion de F émission à l’encaisse. — Cette question, dans la Grande-Bretagne, a déjà été résolue, non pas en établissant une proportion quelconque, mais en limitant la circulation à un chiffre de liv. 14,000,000, que l’on regardait comme un chiffre minimum dont on ne pourrait pas se passer, par conséquent, sans aucune contrepartie en espèces pour faire face au remboursement des billets. La dette du gouvernement, qui s’élevait à la même somme, parut une garantie suffisante. Quant aux billets
émis au delà de ces chiffres, ils devaient être intégralement représentés par des espèces en caisse.
Il en est de même pour les banques d’Écosse et d’Irlande; la limitation il est vrai est arbitraire, mais au delà tous les billets émis doivent avoir leur contre-valeur en espèces dans la caisse des banques.
Pour les banques privées le chiffre est fixe et invariable, on ne s’est même pas préoccupé de leur encaisse sur laquelle on ne possède aucun renseignement.
En France, il n’y a aucune limite légale. Dans ces derniers temps seulement, on a généralisé, pour toute l’Union américaine, la loi adoptée en 1838 par l’État de New-York, qui obligeait les banques à déposer comme garantie, entre les mains du secrétaire d’État, des titres (bonds) du gouvernement, en échange desquels elles recevaient des billets de circulation -monétaire en blanc, enregistrés et contre-signés, pour une somme égale à 90 0/0 de la valeur des litres déposés.
On a essayé ainsi de proportionner exactement la circulation au capital immobilisé en rentes.
Dans l’enquête anglaise de 1 832 pour le renouvellement de la charte de la Banque d’Angleterre, cette question avait déjà été agitée sans être résolue. On pensait qu’il serait préférable de proportionner la circulation à la réserve métallique, puisque dans chaque crise on la voyait disparaître, et ce fut alors que M. Horsley Palmer établit la fameuse proportion d’un à trois, c’est-à-dire
du tiers de la réserve métallique comparée aux billets en circulation et aux dépôts en comptes courants, en un mot, à tous les engagements à vue.
Cette proportion, admise encore aujourd’hui comme un état normal que les banques doivent toujours chercher à maintenir, ne répond pourtant pas à ce que l’on observe dans la pratique, et on peiit affirmer d’avance qu’aussitôt qu’elle se rencontre, on est en pleine crise. Aux époques prospères, la proportion est beaucoup plus considérable, puisque souvent l’encaisse métallique dépasse la circulation ou au moins l’égale.
Nous donnons ci-joint le tableau des rapports de la réserve métallique à la circulation en France, en Angleterre et aux États-Unis.
En France, en Angleterre, dans l’État de New-York, à Boston on voit la proportion de la réserve métallique à la circulation s’abaisser à 30 0/0 et même 20 0/0 pendant les crises, et remonter à 1 00 0/0 et au delii dans les deux années qui suivent, c’est-à-dire pendant les liquidations.
L’observation démontre qu’on ne saurait proportionner l’émission à l’encaisse, puisque, de ces deux termes, rien n’est plus fixe que le premier et plus mobile que le second.
PROPORTION DE L'ENCAISSE A LA CIRCULATION, LE JOUR DES MAXIMA ET DES MIXIMA DE LA RÉSERVE MÉTALLIQUE.
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Au chiffre minimum, que l’on observe toujours au moment des crises, succède le chiffre maximum qui égale ou même dépasse la somme des billets en circulation. Si en Écosse et en Irlande la proportion est plus faible, c’est que les banques comptent sur l’appui de la Banque d’Angleterre et même, dans la dernière période, la proportion s’est singulièrement améliorée en Écosse. Quant aux États-Unis, le seul relevé au 31 décembre ne permet pas de juger de la situation de l’encaisse pendant toute l’année. Là où l’on possède des relevés hebdomadaires, comme dans l’État et la ville de New- York, les proportions maxima de l’encaisse l’emportent sur tout ce que l’on observe en Fraflce et en Angleterre, puisqu’elles s’élèvent à 391 0/0
De ces deux mouvements de flux et de reflux, le dernier s’opère beaucoup plus rapidement que le premier;
mais il dépend, dans une certaine mesure, de la demande des produits. S’ils sont demandés et si on manque de remises sur le pays exportateur, on devra chercher le produit le plus avantageux, et comme dans ces cas les pays avec lesquels on est en relation d’affaires ont reçu un excédant de métaux précieux, par suite des changes défavorables qui ont précédé, aussitôt qu’une crise amène une baisse de prix qui fait cesser cette situation anormale, ils s’empresseront de les retourner à leur point de départ. La rapidité du retour des métaux précieux dépend do la demande des produits; mais s’ils ne sont pas demandés, l’or se répandra dans le monde entier et reviendra beaucoup plus lentement.
Cette reconstitution rapidede la réserve métallique des banques, après leur épuisement presque complet, a induit en erreur les plus savants économistes, Tooke entre autres. Selon lui, la faute de la Banque est d’avoir basé ses affaires sur une trop faible réserve: avec une encaisse double on aurait pu négliger le drainage, conséquence des payements à faire à l’étranger. Le drainage intérieur, en dehors des paniques, est si invraisemblable, qu’il n’est pas à craindre : quant au drainage extérieur, selon le même auteur, il se limite de lui-même. Il accuse les mesures restrictives de l’augmenter; il est même convaincu que, si en 1 847 on avait permis de puiser dans les caisses sans y mettre aucun obstacle, l’encaisse serait restée de 2 à 3,000,000 liv. sterl. plus élevée. On peut laisser la réserve baisser de 10 à 12,000,000 liv. sterl.
avant de prendre aucune mesure défensive : pour lui, après une pareille exportation, les besoins seraient satisfaits et le drainage cesserait de lui-même. Enfin il fixe le chiffre de liv. 10 à 12,000,000 comme la moyenne du stock métallique qu’il suffirait de garder pour donner toute la sécurité désirable, quant au remboursement des billets. La pratique a démontré plusieurs fois toute la fausseté de ces opinions théoriques.
Tooke ne se rendait pas compte des influences qui amènent des changes défavorables et par suite l’exportation des métaux précieux. Comme on l’a déjà constaté, c’est à la suite d’un défaut de balance dans la compensation des engagements du commerce, conséquence de la hausse des prix des produits. Si l’on n’y mettait obstacle, toutes les réserves d’un pays pourraient disparaître avant que la baisse ne se produisît, baisse alors d’autant plus terrible que l’équilibre du crédit étant rompu, on ne trouverait plus aucun des secours dont le besoin se fait si vivement sentir.