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DES DÉPÔTS EN COMPTES COURANTS

On appelle ainsi les sommes confiées aux bancjues et qu’elles gardent à la disposition de leurs clients. Le compte courant est la contre-partie de l’escompte, mais seulement dans les pays où le mécanisme du crédit est déjà arrivé à sa perfection ; à l’origine, il ne joue qu’un rôle secondaire, 'parce que les relations n’étant pas établies, les compensations ne peuvent se faire par l’intermédiaire des banques; il faut, après chaque opération d’escompte, retirer des billets ou des espèces pour les besoins des affaires. Quand au contraire une banque, par les garanties qu’elle présente, le nombre de ses clients et de ses correspondants, peut offrir une compensation facile, la somme des dépôts en comptes courants s’élève jusqu’à égaler, dépasser même la somme des escomptes. L’escompte d’un effet de commerce ne peut même se faire sans l’ouverture d’un crédit que l’on porte à l’avoir du

client en lui ouvrant un compte courant. Si les relations de la banque ne sont pas étendues et ne permettent pas de faire passer ce crédit par un simple virement d’un compte à un autre, on va de suite le retirer pour remplir le même office, mais en dehors de la banque.

La somme des dépôts sera donc d’autant plus considérable que toutes les opérations se compensant en banque, on aura toujours disponible et cependant toujours employé l’ensemble de tous les engagements du commerce, et comme les besoins se succèdent, on pourra les satisfaire à l’aide des comptes courants qui se renouvellent sans cesse par l’escompte du papier de commerce. Ici se produit ce phénomène si curieux du crédit : c’est que le dépôt entre les mains d’un banquier met la même somme à la disposition du banquier et à la disposition du client, parce que, dans le roulement des opérations, il y a toujours un moment où elle ne serait pas employée par celui auquel elle appartient. La Banque profite de toutes ces intermittences pendant lesquelles le capital serait inoccupé pour le diriger de la manière la plus rapide et la plus économique là où le besoin se fait sentir.

Pendant longtemps la création des instruments de crédit par l’émission des billets parut être la principale fonction des banques, et dans la Grande-Bretagne on s’efforça de partager ce privilgéeavecla Banque d’Angleterre. Pour lui conserver le monopole, on vota l’acte de 1709 qui prohibait l’association de plus de six personnes pour fon-

der une banque d’émission et de circulation de papier payable à vue et au porteur. Cette clause insérée dans le renouvellement de sa charte suffit pour empêcher la fondation des joint-stock-banks. Cependant peu à peu on essaya de tourner la difficulté par une interprétation subtile de la loi, et plusieurs banques ayant cherché à partager son privilège, il devint nécessaire de renouveler la prohibition d’une manière formelle dans l’acte de 1 742, en lui réservant le monopole exclusif de l’émission des billets ; exclusive banking, telle fut l’expression dont on se servit. La rédaction de la loi ne laissait plus d’équivoque, on pensait rendre ainsi impossible la création des joint-stock-banks. Pendant trente années, en effet, malgré de nombreux efforts .on ne trouva pas le moyen de tourner la difficulté. Il fallut les ruines et les désastres accumulés par la terrible crise de 1 772, pour que les banquiers blessés dans leurs intérêts, s’apercevant des dangers du remboursement à vue et au porteur des billets, fissent des efforts pour découvrir un autre mode d’opérer qui, sans s’opposer au développement de leurs affaires, les mît à l’abri de celte obligation toujours menaçante.

On introduisit une modification très-simple et trèsimportante dans la situation des banques ou des banquiers, par rapport au client, en évitant tout ce qui pouvait tomber sous l’application de la loi.

La fonction d’une banque ou d’un banquier est d’acheter des dettes avec des promesses de payer. Jus-

qu’ici c’était en émettant des billets payables à vue et au porteur que cette opération se concluait; on changea complètement de méthode. Au lieu de créer ainsi un passif toujours exigible, on se borna dorénavant à inscrire au crédit du client une somme égale à la dette achetée, c’est-à-dire à l’effet de commerce escompté. De son côté, le client recevait un livret de reçus en blancs qui devaient être payés au porteur et à vue, pourvu qu’il y eût provision : ce sont les chèques. Dans l’ancien système, les banques créaient des promesses de payer; dans le nouveau, leur passif se compose de billets payables à vue et au porteur que le public tire sur elles. Le chèque devient le substitut de la bank-note. En fait cette dernière renferme une double obligation de payer au client le créditeur primitif, et au porteur ensuite. La pratique moderne sépare ces deux opérations. Le crédit inscrit sur les livres des banques constate l’obligation de payer au client; la permission de tirer sur elles un billet payable à vue, appelé chèque, indique l’obligation de payer celui auquel la dette a été transférée. Ainsi au lieu de mettre en circulation du papier remboursable à vue, on attend que le client puise à son crédit selon ses besoins par les chèques qu’il donne en payement. Cette méthode d’opérer fut trouvée tellement supérieure à l’emploi des bank-notes, que, depuis 1834, les banquiers de Londres abandonnèrent en partie l’émission avantageusement remplacée par le chèque, quoique jusqu’en 1844 aucune loi ne s’v opposât.

Avec l’ancien système, le passif se manifestait à tous les yeux par le chiffre des émissions; dans le nouveau, ce passif est déguisé et amalgamé avec les- dépôts en espèces de sorte qu’il paraît, et on croit en effet que toutes les sommes classées sous ce titre sont réellement des dépôts, tandis que quelquefois ce ne sont que de simples créations de crédits; or, comme presque tous les payements se font par l’intermédiaire des banquiers, les sommes passent alternativement du crédit d’un commerçant à un autre par un simple virement, sans l’intervention ni le déplacement d’un seul écu. Quand dans les comptes rendus des joint-stock-banks on observe que les dépôts s’élèvent à liv. 20, 30 et 40,000,000, on est porté à croire que ce sont des espèces ou des billets de banque mis en dépôts pour être utilisés selon les demandes du commerce: grande erreur! ces liv. 40,000,000 ne représentent qu’une partie des dépôts espèces, mais en outre le crédit créé et qui figure à l’actif sous forme de lettres de change. Au lieu d’un billet émis, c’est un crédit que l’on a ouvert et que le chèque

viendra absorber. Souvent même c’est un crédit à décou-

vert commele Cash-crédit-account des banques d’Écosse, mais alors il n’est accordé que sur la garantie valable de deux ou plusieurs cautions.

Mais comment s’opèrent les payements ? Si on demande des billets nous retombons dans tous les inconvénients de l’émission ; si on demande des espèces, ce n’est plus une circulation fiduciaire, mais du comptant.

Aussi, dans la pratique, ce n’est pas ainsi que les choses se passent.

Les banques ont trois moyens pour se libérer :

1° Par le payement en espèces, ce qui est assez rare.

2° Par un virement à un client de la même banque.

3” Par un virement à une autre banque qui peut aussi avoir à compenser, la différence seule se paye en argent.

Il est vrai que pour arriver à ce résultat il faut déjà que l’habitude d’avoir un compte courant en banque soit prise par le public, et elle ne peut l’être que par l’émission des billets qui permettent de faire circuler le papier fiduciaire du commerce d’une manière plus économique qu’à l’aide des espèces métalliques.

Penser pouvoir empêcher les banques de trafiquer du crédit en prohibant l’émission des bank-notes, est donc une illusion.

Par l’émission des billets on voyait que les banques créaient une circulation ; dans le système moderne les crédits ouverts et les chèques accomplissent les mêmes fonctions ; ils aident donc aussi la circulation fiduciaire. Il est vrai que le billet passe souvent où le chèque ne passe pas. En ne tenant pas compte de ces conditions toutes spéciales, on se méprend souvent sur les mouvements que les dépôts présentent. Ainsi, quand le taux de l’intérêt s'élève, on attribue leur diminution aux retraits des déposants, ce qui n’est pas toujours le cas. Cette baisse peut aussi bien provenir de la contraction du cré-

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dit que du retrait des dépôts, ou du changement de conduite du public, qui, pour satisfaire de nouveaux besoins, ne pouvant pas se servir de l’intermédiaire de la banque, tout en ayant toujours recours à elle pour l’escompte de son papier, ne se contente plus d’un crédit ouvert que jusqu’ici on pouvait employer à éteindre tous les engagements. La compensation devant se faire en dehors du rayon d’action des banques, on réclame des billets d’abord, puis des espèces métalliques, et le produit de l’escompte ne fait que passer par le compte courant sans y séjourner comme d’ordinaire par le virement d’un compte à un autre.

Les dépôts en comptes courants, pour la plus grande partie, proviennent ainsi de l’escompte des effets de commerce ; ce sont les fonds qu’un négociant doit garder pour faire face aux engagements de chaque jour. Mais il y a aussi des sommes disponibles dont il n’aura pas immédiatement l’emploi et qurpourront être confiées aux banques ; ce sont ces deux espèces de dépôts, si différents par leur origine et par leur emploi définitif, c’est-à-dire leur retrait qu’il faut distinguer avec soin sous le nom de comptes courants escomptes et de comptes courants espèces. Il est regrettable que sans tenir compte d’un rôle si différent, la plupart des banques ne fassent aucune distinction, et qu’elles les confondent dans leurs bilans. Les banques privilégiées distinguent seulement les dépôts publics et les dépôts privés. Les dépôts publics sont ceux que l’État leur confie pour les besoins de

la trésorerie dont elles se chargent quelquefois comme en Angleterre. Les dépôts privés comprennent les dépôts faits par le public soit avec les escomptes, soit avec les espèces, comme on l’a déjà indiqué.

Il faut donc étudier séparément ces divers genres de dépôts, car leur origine et leur nature doivent avoir une influence spéciale sur les entrées et les sorties. Un besoin particulier du trésor n’a aucun rapport avec un besoin commercial. De même qu’une diminution des dépôts escomptes peut provenir de deux causes : 1 “ Des payements qui ne peuvent s’opérer en banque par compensation; 2° d’un moins grand nombre d’effets présentés à l'escompte. Une seule cause agit sur les comptes courants espèces : l’excédant des retraits sur les entrées.

Dépôts privés en Angleterre. — Nous ne possédons les relevés des dépôts en comptes courants par semaine que depuis 1832; avant cette époque, on ne relevait que des moyennes de la situation à un jour donné dans chaque trimestre.

De 1807 à 1843, malgré le développement des escomptes, les dépôts privés n’ont aucune importance en Angleterre. Les maxima qui jusqu’en 1825 n’avaient pas excédé liv.- 3,900,000, s’élèvent, pour la première fois, à liv. 8,000,000 en 1832, et enfin à liv. 9,000,000 au moment de la crise de 1837, quand le portefeuille avait déjà touché le chiffre maximum de liv. 1 9,900,000.

' C’est seulement depuis l’acte de 1 844 et surtout au moment de la crise de 1847 que nous voyons les dépôts privés suivre le développement des escomptes, et s’élever à liv. 1 8,900,000. Depuis ce moment, ils n’ont pas dépassé liv. 19,100,000, sauf au moment de la panique de mai 18G6, où ils se sont élévés à liv. 21,400,000. Quoique les escomptes de la Banque d’Angleterre ne représentent que la plus faible partie de toute la matière escomptable que se partagent les banques privées et les courtiers de change, cependant les dépôts privés ont pris un grand accroissement depuis l’admission des joinl-stock-banks au Clearing-House en 1 854. La plupart des balances entre les Clearing-bankers se faisant en chèques sur la Banque d’Angleterre, il devait en résulter une augmentation des comptes courants espèces. On estime que tous ces encaisses réunis ne s’élèvent pas à moins de liv. 4,000,000, soit 1 00,000,000 fr. Ce qui représente assez bien l’accroissement que l’on observe depuis cette époque.

Les minima dans ces derniers temps sont beaucoup moins faibles et se sont accrus dans le même rapport que les maxima. De 1815 à 1844, ils variaient de liv. 1,000,000 à 5,700,000, tandis que de 1844 à 1 8G7, ils varient de liv. 6,7 00,000 à liv. 1 0,000,000 *.

Dépôts en comptes courants en France. — Les dépôts

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