VARIATIONS DANS LES PRIX DES PRODUITS
Los variations dans les prix que l’on constate aux époques de prospérité et de crises proviennent de causes multiples très-délicates à analyser. 11 faut signaler d’abord celles qui tiennent à la production elle-même, agricole ou industrielle. Les années de disette ou d’abondance, les améliorations et l’économie apportées dans la fabrication par la division du travail, l’emploi des machines et par conséquent d’un capital plus ou moins considérable immobilisé, qui seul en doublant, triplant la production, et en abaissant ainsi le prix de revient, permet de mettre la marchandise à la portée d’un plus grand nombre de consommateurs; l’ouverture ou la fermeture d’anciens débouchés. Mais, en dehors de ces conditions qui tiennent aux changements atmosphériques, à la production elle-même et au commerce, peuvent
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agir de concert ou se contrarier, il y en a d’autres qui tiennent au crédit, à l'heureuse impulsion qu’il imprime aux affaires, et par suite à la consommation des classes laborieuses.
On s’est demandé si la circulation elle-même, métaux précieux ou papier, n’aurait pas une influence spéciale sur les prix. A première vue, comme tout dépend d’un rapport, il semble que si, dans un pays, la somme des métaux précieux augmente dans une plus grande proportion que la somme des produits, on devra donner une plus grande quantité d’or en échange de ces derniers, et les prix hausseront. Sans doute, ce résultat ne tarderait pas à se produire s’il n’était conlre-balajjcéparla facilité que l’échange de l’or offre pour engager les affaires, non -seulement dans le pays même où il se trouve, mais dans le monde entier. Dès qu’accumulé sur un point, sa valeur paraît baisser par rapport au prix courant sur le marché général du monde, aussitôt le commerce s’en empare, et on engage de nouvelles affaires qui eussent été impossibles sans cet intermédiaire d’un troc si facile; de là, dans, toutes les classes de la société, un redoublement d’activité, de travail et de richesse, qui, beaucoup plus que l’abondance de l’or lui-même, détermine une hausse des prix.
Le premier effet d’une émission de billets tend à réduire la valeur de l’argent, conséquemment le taux de l’intérêt, sur toutes les valeurs négociables, et par suite, détermine une augmentation du prix des mar-
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chandises. Une circulation métallique abondante tend à élever la valeur des marchandises, ce qui attire les importations.
On a cependant été jusqu’à nier qu’elle eût aucune influence. Selon MM. Rothschild et John Loyd, le prix des marchandises est la dernière chose qui puisse être affectée par les fluctuations de la monnaie. M. Rothschild émettait même cette singulière idée, que tout ce qui ne servait pas aux échanges était employé en vaisselle pour le service de table. Il ne paraissait pas comprendre le rôle des métaux précieux servant de moyen d’échange dans le monde entier.
Pour les affaires au comptant, la somme de monnaie en circulation, or, argent ou papier, doit varier avec les prix ; mais, encore ici, tout dépend de la rapidité des échanges, et aux époques prospères, malgré la hausse des prix, la même somme de monnaie en circulant plus rapidement peut rendre les mômes services qu’une somme double animée d’un mouvement moitié moindre.
Pour apprécier sainement les services que les espèces ou le papier peuvent rendre, il faut toujours tenir grand compte de leur quantité, et surtout de la rapidité de leur circulation.
Et ici, comme nous l’avons déjà observé en étudiant le crédit, il y a deux espèces de promesses de payer qui remplissent le rôle de la monnaie :
1° Les billets de banque;
2° Les effets de commerce, lettres de change, chèijues, etc.
Quelle sera l’action de chacun de ces instruments de crédit sur les prix?
Leur utilité ne saurait être contestée. On sent combien il est nécessaire que le crédit vienne largement en aide au capital pour activer les aflaires. La plus grande pai lie des transactions s’elTcctue au moyen des capitaux empruntés. En général la production et la demande règlent les prix, excepté quand intervient la spéculation ou le contraire de la spéculation, le discrédit ; quand les marchandises sont offertes à crédit en échange d’uric simple promesse de payer, ou quand une banque sur les garanties que vous lui offrez, avant même que l’opération ne soit engagée, vous avance en billets la somme nécessaire pour la conclure, il est bien certain, que ces facilités, en augmentant la demande, tendent à produire la hausse. Les transactions sont beaucoup plus nombreuses aux époques de hausse qu’aux époques de baisse; précisément, parce que les offres et les demandes de marchandises à crédit se succèdent et augmentent en raison même des bénéfices réalisés. Dans ces cas, on ne s’aperçoit pas que la circulation des banques augmente; les négociants jouissant d’un large crédit, les transactions s’opèrent sans que l’on ait recours à lu bank-note. Cependant, la circulation fiduciaire se trouve augmentée de tous les effets de commerce et lettres de change créés par chaque transfert des produits
au moment où ils passent d’une main dans une autre. Cet accroissement des émissions est proportionné au crédit que le commerce s’accorde, et les banques n’y entrent que pour une faible part. Dans ce cas, les crédits accordés sont la cause première de l’accroissement de la circulation fiduciaire; elle n’est donc qu’une cause secondaire de la hausse des prix, qu’il faut chercher dans les facilités données aux transactions commerciales.
Toute création de capital additionnel réel ou fictif favorise l’achat des produits et tend à hausser les prix. La spéculation se trouve ainsi entretenue par l’avance d’un capital dont chaque déplacement donne naissance à un nouvel effet de commerce, il est vrai, mais cet effet est toujours la conséquence de la transaction; dans aucun cas il n’en est l’origine : cette spéculation est favorisée par des avances du capital et non par des émissions de billets.
En refusant de comprendre dans la circulation fiduciaire tout le papier créé et émis par le commerce luimême dans les affaires (effets de commerce , lettres de change, etc.), on a répandu dans les esprits une confusion qui règne encore aujourd'hui quand on cherche à se rendre compte de son inlluence sur les prix. Les promoteurs de l’acte de 1844 étaient convaincus que la circulation seule des billets émis par les banques gouvernait les prix, et que les prix à leur tour réagissaient sur les changes : la question ainsi limitée et comprise, il devait suffire à la Banque d’Angleterre de restreindre ou d’étendre la circulation pour rétablir l’équilibre rompu.
Cette théorie, défendue par lord Overstone, a été constamment combattue par Tooke en s’appuyant sur les bilans de la Banque d’Angleterre.
On lui demandait s’il y avait un rapport entre la hausse et la baisse des prix, et l'augmentation ou la restriction des émissions des billets par les banques, et voici la réponse :
J’ai comparé, dit-il, dans mes recherches sur les llucluations des prix, les dates précises des augmentations d’émissions avec les dates de la hausse des prix, ainsi que l’époque de la réduction des billets avec l’époque de la baisse des prix, et j’ai été frappé de surprise quand j’ai vu que les résultats ne répondaient pas à mon attente, et que les exemples les plus remarquables de hausse ou de baisse dans les prix, avaient été à l’origine complètement indépendants des émissions de la Banque d’Angleterre, c’est-à-dire que la baisse ou la hausse des prix avait tour à tour précédé ou suivi une émission considérable des billets de la Banque; dans quelques circonstances la hausse et la baisse des prix ont eu lieu simultanément avec une émission de billets très-développée.
Un regard jeté sur le tableau de la circulation en Angleterre depuis 1 800, prouve, en effet, que, sauf en 181 0 et en 1825, le maximum de la circulation n’a jamais coïncidé avec les crises , quoique les maxima des prix aient toujours été observés dans les deux ans qui précèdent les crises, et les rninima pendant les liquidations. Il est vrai que si on ne trouve pas trace des ox-
cès d’émission dans les comptes rendus de la Banque d’Angleterre, on accuse la circulation des banques de province d’avoir été la cause de tout le mal.
Cependant, quand on y réfléchit, il semble que la hausse des prix résulte plutôt de l’accroissement des transactions que de celui des billets, de sorte que le grand nombre de ces derniers est la conséquence et non la cause de la hausse; or, à moins d’admettre que toutes les opérations du commerce se font par l’intermédiaire des banques de France et d’Angleterre, il faut reconnaître que l’immense majorité des transactions s’opérant sans réclamer leur concours, on ne peut trouver, dans les comptes rendus officiels, aucune trace de cette circulation complètement en dehors de leur contrôle. Les billets créés dans ces conditions ne sont que l’effet des transactions et non la cause de ces transactions ; ils varient selon leur nature et leur nombre plutôt que selon les cours des prix.
Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix c’est le crédit : ce crédit c’est le commerce lui-même qui en est le premier dispensateur, les banques ne peuvent que l’aider à circuler, en substituant leurs promesses de payer à celles du public; dans tous les cas l’émission du papier est toujours secondaire et résulte de la conclusion de l’affaire bien loin de lui donner naissance.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que chaque échange d’un produit va donner lieu à une nouvelle promesse
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de payer, qui permet à chacun des vendeurs de renouveler de suite l’opération : ce sont ces effets de commerce qui, se multipliant en raison même du nombre des trans* ferts, vont accroître la circulation fiduciaire, et donner à tous une puissance d’acheter qui doit inévitablement réagir sur les prix. Car chacun d’eux, après s’èlre dessaisi d’un produit qui ne lui a rien coûté qu’une simple promesse de payer, se trouve en possession d’une promesse de même valeur qu’il pourra négocier quand il voudra, et le môme phénomène se reproduira jusqu’à ce que la marchandise tombe dans la consommation.
Ce qui trompe, c’est que l’on s’imagine toujours qu’une banque sur une simple garantie personnelle, ou sur une garantie de valeurs mobilières, doit et peut faire des avances pour entreprendre des affaires. Émettre dans ces. conditions pour 1,000 fr. en bank-notes, c’est donner un nouveau pouvoir d’acheter.
Tooke a essayé de nier le fait en disant que ce serait aux dépens d’une autre source, sans pouvoir indiquer laquelle. D’ailleurs, dit-il, est-ce une preuve que cette émission augmente la circulation, si une quantité d’or correspondante a été exportée : ce qui est loin d’être le cas tant que les billets s’échangent. Il avoue toutefois que si ces 1 ,000 fr. augmentent le chiffre de la circulation on ne peut douter qu’ils produisent une hausse de prix.
De tout ce qui précède, il ressort ce fait, c’est que les variations de prix sont sous l’influence directe du crédit
dont la circulation fiduciaire est l'expression la plus exacte, le reflet le plus fidèle. Sans se rendre compte de la diversité de ses origines, on a voulu faire jouer le principal rôle au billet de banque que l’on rencontre sans cesse au comptant, et le papier émis par le commerce, qui par son importance et la variété de ses formes, intervient dans toutes les transactions, a été mis au second rang, souvent même complètement négligé. On a toujours recherché dans les excès d’émission du papier par les banques, la cause des fluctuations des prix : comipe fait historique, cette opinion ne pourrait être défendue ; leur circulation ne s’est pas trouvée en rapport étroit avec les variations de prix. La coïncidence n’est pas telle que l’on puisse voir un effet et une cause. Dans presque tous les cas de variation importante, le changement des prix a précédé celui de la circulation, comment donc les lier l’un à l’autre? d’après ce qui précède, il ne pouvait en être autrement, quoique dans toutes les discussions on ait élargi ou restreint l’étendue des services rendus par les banques. Pour les uns, toute leur puissance réside dans la liberté des émissions et dans la somme des billets qu’elles peuvent maintenir en circulation; pour les autres leur action se borne à une meilleure répartition du capital déjà existant, mais inoccupé, inactif, qu’elles font parvenir dans les mains les plus capables de s’en servir.
Dans les deux cas, les services rendus par les banques sont toujours sous forme d’avance de capital en or ou en billets convertibles, qui ont la même valeur. Mais
celte somme, quand on l’observe dans les pays ou règne la liberté d’émission, ne forme qu’un faible appoint comparé aux opérations d’escompte des banques.
En effet, ce qu’on leur demande n’est ni une avance d’or, ni une avance de billets; mais seulement d’ajouter fi la garantie de l’effet de commerce, la garantie de la banque elle-môme, afin d’en faire du comptant qui va circuler par de simples virements en comptes-courants. Les banques ne donnent donc pas du crédit, elles font seulement circuler celui qui est déjà créé, à la condition expresse que ce crédit se renouvelle sans cesse, et qu'à un moment donné, on ne vienne pas sur une large échelle réclamer de nouveaux secours.
Une banque qui émet des billets pour permettre à ses clients d’entreprendre des affaires sort complètement de son rôle, et ne peut tarder à voir sa circulation suspendue par l’impossibilité où ils seront de remplir leurs engagements à l’échéance : on a vu des banques essayer ce système pendant un certain temps sans pouvoir réussir.
Il y a une grande différence entre une augmentation de capital provenant de l’épargne, des importations des métaux précieux, ou d’une nouvelle émission de billets.
La spéculation qui s’appuie sur une circulation de crédit plutôt que sur une accumulation de capital présente ce danger : la circulation du crédit devra, une fois la spéculation calmée, revenir aux banques, leur causer ainsi des préjudices considérables et entraîner des faillites,
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tandis qu’avec une spéculation ayant pour base le capital, ce capital pourrait être perdu ; mais les banques ne seraient pas exposées au retour soudain de leurs obligations.
Ces différences dans la nature et l’origine de la circulation fiduciaire ont toujours préoccupé l’opinion en Angleterre, à ce point que l’on discutait encore dans les dernières enquêtes, si les billets placés dans les caisses de la Banque et constituant ainsi sa réserve, n’avaient pas sur les prix une action égale à celle des billets placés entre les mains du public; on voulait même que celte influence fût plus sensible et plus puissante. Comme la somme des dépôts en comptes-courants, cette réserve indique une accumulation de capital qui n’a pas d’emploi; c’est la mesure de la puissance d’émission ; mais elle n’exercé pas d’influence sur la circulation active entre les mains du public. Un tableau de la circulation de la banque d’Angleterre et des banques anglaises, écossaises et irlandaises, auquel on ajouterait le numéraire de tout le pays, ne renfermerait pas la totalité de la circulation fiduciaire, comme M. Norman le prétendait; ce serait seulement la circulation officielle relativement faible à côté de la circulation privée créée dans d’autres conditions, et qui, comme nous l’avons vu, représente la généralité des affaires; tandis que l’autre ne représente que le crédit des banques, et ne peut avoir qu’une influence secondaire sur les prix. L’ensemble du crédit et des avances de capital peuvent seuls les enlever en hausse ou les déprimer en baisse.