‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 67 sur 105 · au maximum · texte numérisé non relu

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Lord Overstone en 1 85T ne s’écartait pas beaucoup de cette appréciation en présentant le chiffre de liv.

70.000. 000 comme très-probable. — Quant à la circulation fiduciaire, personne n’a jamais essayé d’en déterminer le chiffre même approximatif. Or, tant que ce papier circule et tant que constamment renouvelé dans le cours des opérations commerciales, la plus grande partie se compense régulièrement à l’échéance avec la plus faible intervention possible d’espèces métalliques et de billets de banque, on comprend que les métaux précieux ne peuvent venir que des pays producteurs ou de ceux qui n’ont pas d’autres moyens d’échange, puisqu’ils ne sont pas indispensables au règlement des comptes. Il y a cependant des conditions qui les attirent plus spécialement dans un pays que dans un autre. Ceux dans lesquels le commerce et l’industrie jouent le plus grand rôle deviennent ainsi le centre du règlement des comptes du monde entier. En outre, les remises sont beaucoup plus

fortes que les déboursés; si vous recevez pour liv. 1,000 de fer brut, le produit manufacturé et exporté en représentera liv. 1 0,000. Il en est de mémo du coton, de sorte que dans le cours naturel des choses , le change de ce centre d’affaires avec tous les pays, doit toujours être favorable, à moins que les importations des matières premières ne l’emportent sur les exportations. Plus l’Angleterre tendra à devenir l’entrepôt du monde entier, plus elle obtiendra de bénéfice. En France et en Angleterre les neuf dixièmes des affaires se font au moyen d’effets sur la capitale. Paris et Londres sont réellement les centres de la circulation fiduciaire et métallique. C’est à Londres qu’aboutit la plus grande partie des opérations de change avec l’étranger; ces règlements s’opèrent au moyen des lettres de change, et voici comment M. de Rothschild rendait compte de ce mécanisme dans l’enquête de 1 832.

« Ce que je reçois en sommes considérables, d’autres le reçoivent en sommes moins importantes. J’achète à la Bourse des lettres de change tirées de Liverpool, Manchester et autres lieux qui arrivent aux banquiers et aux marchands de Londres. J’achète chaque semaine pour liv. 7,000, quelquefois liv. 1 0,000 de ces lettres de change et je les envoie à mes maisons du continent; contre ces lettres mes maisons achètent des lettres de change sur ce pays, qui sont tirées par suite d’envois de vins, de laines ou d’autres marchandises ; mais s’il n’y a pas à l’étranger une quantité de lettres de change suffisante sur

ce pays, nous sommes obligés de faire venir de l’or de Paris, de Hambourg ou d’autres lieux, ce qui prouve qu’outre les lettres de change tirées sur le Royal-Exchange, il faut encore que ces pays envoient de l’or. »

Selon M. Rothschild (enquête 1S32), en mettant de côté les emprunts étrangers, et les importations de blé, l’exportation est tellement supérieure à l’importation que le inonde entier fait régulièrement des payements en or à l’Angleterre.

Avec un change presque toujours favorable, les métaux précieux s’y dirigent tout d’abord, mais bientôt inutiles à la circulation intérieure, en dehors même des exportations par suite des disettes et des emprunts étrangers, on s’empresse de les exporter et de les distribuer dans les pays qui en ont besoin, en donnant ainsi et un moyen d’échange et un nouveau débouché aux produits britanniques.

Ces déplacements des métaux précieux, qui ont toujours existé, sont devenus plus appréciables dans ces derniers temps, quand, au lieu de puiser dans la circulation répandue dans les mains du public, on s’est adressé aux réservoirs métalliques des banques, au risque de compromettre la circulation tout entière, si on n’avait pris des mesures pour la protéger.

L'attention du public, dont les intérêts étaient blessés par l’élévation du taux de l’escompte, se trouva attirée sur les moyens de crédit et la réorganisation du système des banques. Depuis lors, on a cherché par les combinaisons

les plus diverses la solution de celle question, en négligeant presque toujours, ou du moins en reléguant au second plan, une influence capitale, qui gouverne et domine tous les mouvements des affaires, nous voulons parler des changes étrangers.

On est surpris, après avoir lu les critiques sur la Banque et l’organisation du crédit en France, d’être forcé de constater cette lacune. L’argumentation est habile, souvent soutenue à l’aide des principes économiques; on repousse la suspension des payements, comme la pire des solutions; on propose la disponibilité du capital de la Banque de France, comme le seul et unique moyen de la prévenir, mais on passe complètement sous silence les causes puissantes, inhérentes aux mouvements des échanges, qui pompent et absorbent peu à peu la réserve métallique, et amèneraient inévitablement au cours forcé des billets, si on ne prenait pas des mesures sévères qui peuvent léser quelques intérêts privés, mais préservent d’une perturbation générale bien autrement grave la communauté tout entière.

En négligeant l’étude des changes étrangers, on passe sous silence la véritable cause de tous les accidents contre lesquels on cherche en vain des remèdes. Dans tous les cas, si on ne leur attribuait pas toute l’importance qu’ils méritent, nous le démontrerons plus loin, au moins étaient-ils dignes d’être signalés, et devait-on leur consacrer quelques lignes pour les réduire à un rôle dont il était inutile do se préoccuper.

Cette lacune rend ainsi l’argumentation très-spécieuse aux yeux du public. 11 est certain qu’en laissant dans l’ombre le nœud de la question, et en s’appliquant à dénouer les extrémités des fils qui s’y rattachent, on obtient des succès faciles qui tournent autour de la difficulté sans la résoudre.

Depuis l’institution de la Banque en 1G9G, l’Angleterre a subi successivement et périodiquement, au milieu d’un développement de prospérité sans égale, de nombreuses crises commerciales semblables par les résultats, sinon par les causes, à celles que nous éprouvons aujourd’hui. Après chacun de ces ébranlements du commerce, on a cherché à découvrir les remèdes en remontant à la source. Le document le plus complet, sinon le plus ancien, que nous possédons sur ce sujet, remonte à 1 81 0, et est connu sous le nom de Bullion-Report.

L’acte de 1819, pour la reprise des payements en espèces, fut aussi précédé d’un rapport. Enfin les enquêtes de 1832, de 1840, 1841, et surtout les deux dernières ouvertes au lendemain des crises de 1848 et 1857, ont jeté un grand jour sur toutes les questions qui agitent l’opinion publique. Il est regrettable que ces consciencieux interrogatoires où toutes les opinions des principaux économistes, banquiers, négociants, ont pu se faire entendre publiquement, soient ignorés du public. Nonseulement toutes les critiques, toutes les objections que l’on renouvelle aujourd’hui, s’y trouvent longuement exposées, mais rien n’échappe aux investigations des co-

mités, et la question des changes que l’on néglige en France, a été une des premières approfondie, débattue et résolue dans le fameux Bullion report de 1810.

Au milieu de ce conflit de toutes les opinions les plus diverses, et souvent les plus opposées, on rencontre avec étonnement une unanimité pour ainsi dire complète quant à l’importance de la question des changes, et comme seul moyen de les rectifier l 'élévation du taux de l'escompte. Chacun, il est vrai, propose un mécanisme spécial, un système particulier, le but à atteindre est toujours le même.

Nous nous rappelons à ce sujet, dans une visite que nous eûmes l’honneur de faire au directeur de la Banque d’Angleterre, l’attention qu’il donnait à un grand tableau placé sur son bureau, où s’étalaient les cours des changes du monde entier. Il voulut bien nous montrer les améliorations qui, se produisant sur cet article dans certains pays, lui faisaient bien augurer de leur avenir. Pour lui, c’était là le grand régulateur de la Banque d’Angleterre.

Le titre seul de Royal-Exchange, donné à la Bourse de Londres, indique bien l’importance de la matière qui nous occupe. Les transactions sur les consolidés et autres valeurs n’ont pu supprimer et faire disparaître la première dénomination que nous rencontrons encore dans plusieurs villes de France qui ont conservé l’ancien nom à la place du change.

Nous possédons donc un document précieux que l’on peut regarder comme un instrument d’une sensibilité

extrême pour nous rendre compte de la situation des affaires, et nous assurer que la compensation des engagements du commerce marche convenablement : ce sont les cours des changes étrangers. Aussitôt que nous les voyons dans un sens ou dans un autre s’écarter du pair, nous avons la preuve que le papier du commerce sur une des deux places fait défaut pour correspondre à l’autre où il est en excès. Comme dans ces derniers temps on a peu insisté sur l’importance de ce puissant moyen pour régler les prix sur les divers marchés du monde, peut-être ne sera-t-il pas inutile d’en dire un mot ici.

Qu’est-ce que le change? Qu’entend-on par cours des changes?

Quiconque a fait des affaires avec l’étranger sait parfaitement ce que c’est que le change, mais il n’en est pas de môme de ceux qui s’occupent du commerce intérieur et ne se rendent pas toujours compte de son influence. Cependant rien de plus ancien ; le change remonte à l’origine même des relations entre les divers pays, et même entre les villes d’un même pays, quand le papier de commerce circulait moins facilement qu’aujourd’hui.

Pour prendre un exemple en dehors du commerce, supposons un voyageur, pour son plaisir ou pour ses affaires, se disposant à quitter son pays : il ne peut emporter en or ou en argent la somme nécessaire à ses dépenses, à cause du volume, du poids et des chances de pertes, de vol, auxquelles il pourrait être exposé ; il se

munit donc d’une lettre de crédit d’un banquier de Paris pour les banquiers des pays qu’il doit visiter : cette lettre indique en francs jusqu’à concurrence de quelle somme on peut lui faire des avances. Il part avec cette promesse d’être payé et, lorsqu’il se présente pour toucher le montant en pays étrangers, on comprend que la monnaie française n’ayant pas un cours normal et régulier, il ne pourra pas être payé avec cette monnaie. Il faudra donc transformer par le calcul les franos en monnaie étrangère : rien de plus simple que cette opération qui consiste à se rendre compte de la quantité réelle de métal fin et d’alliage qui existe dans les pièces des deux pays. Ce rapport est fixe : mais ici intervient enfin l’opération du change, qui, au contraire, est très-variable, et voici pourquoi : le banquier qui a reçu de Paris l’ordre de vous payer, pour se rembourser à son tour de la somme avancée, pourra recevoir de son correspondant ou la somme en espèces ou en lettres de change. Le premier moyen est le plus coûteux, et, dans ce cas, les frais seront assez considérables, puisqu’ils devront dédommager des frais de transport, des risques ou de la prime d’assurance, de la perte d’intérêt, etc.; c’est dans ce cas que l’on peut dire que le change est le plus défavorable.

Le second moyen est le plus simple, le plus commode et le plus généralement employé. Il peut, comme le premier, être désavantageux, mais il peut aussi être favorable, tout dépend du nombre des lettres de change qui sont offertes ou demandées. Quand la somme des achats

et des ventes entre Paris et la ville où l’on se trouve se balancent, tout transport d’argent étant inutile et la compensation se faisant en papier, le change est au pair : c’est-à-dire que l’on vous donne exactement en monnaie du pays la somme indiquée en monnaie française sur la lettre de crédit. Si, au contraire, les achats dépassent les ventes et qu’il y ait beaucoup à payer à Paris, que l’on soit obligé d’y envoyer du numéraire , alors le change devient défavorable pour l’étranger et favorable pour le Français. Ce dernier bénéficie de toute l’économie des frais de transport, puisqu’il évite ce déplacement. Quand les ventes dépassent les achats et que l’on attend de fortes remises de Paris, en numéraire, le change devient défavorable pour le F rançais et favorable pour l’étranger. Ce sont ces variations cotées chaque jour dans les bourses de commerce qui serviront à déterminer la quantité de monnaie étrangère à délivrer en échange de la somme fixe de monnaie française indiquée sur la lettre de crédit.

Le change est favorable ou défavorable selon qu’une plus ou moins grande quantité de valeurs sont réclamées pour décharger une dette à l’étranger. Les banquiers étudient le change, non-seulement sur deux places, mais sur toutes les places du monde pour acheter ou vendre des lettres de change et établir ainsi les compensations des affaires : c’est ce que l’on appelle arbitrage.

Les cours du change sont essentiellement variables, on les trouve chaque jour indiqués sur la cote de la Bourse ;

tout dépend de l’offre et de la demande des lettres de change qui se présentent sur le marché pour la compensation. Car il faut toujours bien se rappeler, comme nous l’avons vu, que les produits se payent avec des produits. Les lettres de change ne font que les représenter, et la monnaie n’intervient jamais que comme appoint, c’est-à-dire pour solder des différences très-minimes.

Ces compensations, on le sent bien, ne peuvent avoir lieu par l’intermédiaire des négociants, mais par celui de banquiers qui font le commerce du papier et dont toute l’industrie, très-délicate, consiste à chercher pour toutes les affaires du monde des compensations directes ou indirectes.

Il est en effet impossible de trouver une place où la somme de la valeur importée égale exactement la somme de la valeur exportée, mais en combinant le débit et le crédit des diverses places, on arrive en temps ordinaire à des règlements faciles, pour ainsi dire sans le transport d’un simple écu.

Si, au contraire, les lettres de change ou le crédit font défaut, les changes deviennent défavorables ; comment les rectifier? En créant de nouvelles lettres de change à l’aide du crédit des banquiers ; mais si les produits n’ont pas été vendus à l’échéance, il faudra renouveler ou se liquider soit en livrant les marchandises ou quelque chose d’équivalent partout recherché et accepté, exposé à de moins grandes variations dans les prix; les métaux

précieux seuls présertent ces avantages; on les fera donc intervenir.

Leur répartition sur les divers marchés du monde dépend des besoins de la circulation dans chaque pays, et des moyens plus ou moins perfectionnés que l’on met en usage pour les remplacer. Pourvu que ces utiles intermédiaires, monnaie divisionnaire de cuivre ou d’argent même au-dessous du titre, billets émis par les banques, ne dépassent pas la somme nécessaire aux échanges, l’équilibre qui les maintient en proportions très-variables dans chaque pays ne sera pas rompu. Ainsi, il est bien démontré que la valeur de l’or et de l’argent ne dépend pas de la rareté relative ou de l’abondance que l’on observe dans un pays, mais bien du prix courant sur le marché général ,où chacun peut puiser en raison de ses besoins, comme l’indiquent les cours du change.

Tant que les transactions s’opèrent avec des espèces métalliques, et qu’il n’y a pas d’émission de billets par l’État ou par les banques avec suspension des remboursements à vue, les variations extrêmes du cours des changes se trouvent réglées par le prix des frais de transport, prime d’assurance, perte d’intérêt, déduites de la somme expédiée en numéraire.

Les métaux précieux sont les vrais régulateurs de la valeur d’un médium de circulation locale et du taux des changes avec l’étranger; de plus, la libre convertibilité du papier circulant en métaux précieux, et la libre expor-

tation de ces métaux imposent une limite à la dépréciation du change.

Dans ces cas encore, les variations du change, résultant de l’état du commerce, se trouvent réglées par le prix des frais de transport, prime d’assurance, perte d’intérêt déduites de la somme expédiée en numéraire.

Et d’abord qu’entend-on par le pair du change? Il n’y a pas à proprement parler de pair du change, la question dépend de la valeur de l’or sur les marchés étrangers. On trouve le pair du change en calculant comparativement le prix des espèces dans un pays, et en y ajoutant la prime que l’on paye pour l’or.

Pour trouver la confirmation de ce qui précède, observons les cours du change de Londres sur Paris dont nous possédons les relevés depuis 1 790. La quantité d’or contenue dans une livre sterling est évaluée en monnaie française à 25 fr. 20 c. ; quand le cours s’élève à 25 fr. 25 c., le change est défavorable pour la France, puisque l’on paye la livre sterling 0,05 cent, de plus que sa valeur; mais aussi quand le cours baisse à 25 fr. 15 cent., le change devien t favorable à la F rance, puisqu’on l’obtient 0,05 c. moins cher que sa valeur réelle. Nous venons d’indiquer le plus faible écart du change; il peut s’élever jusqu’à égaler, sans pouvoir toutefois la dépasser, la somme des frais de transport des espèces, et cependant en jetant les yeux sur les tableaux des cours du change, on remarque avec certains pays des différences beaucoup plus considérables dont il faut se rendre compte; comme

nulle part l’analyse des causes de ces écarts n’a été mieux faite que dans le Bullion-Report de 1810 en Angleterre, nous résumerons ici les conclusions de ce fameux rapport qui a établi les véritables principes sur la matière.

Depuis la suspension des payements en 1 797, l’Angleterre avait éprouvé de grandes variations dans les prix, des alternatives de hausse et de baisse beaucoup plus grandes que par le passé. Le prix de l’or avait subi les mêmes oscillations et une commission fut nommée en 1810 pour rechercher les causes de ces perturbations.

D’après les dépositions des témoins, il fut établi tout d’abord que le prix de l’or en lingots fixé d’après les règlements de la Monnaie à liv. 3, 1 7 sh. 1 0 d. 1 /2 par once s’était élevé à liv. 4, 1 0 sh. en 1 790, soit de 1 G 0/0.

Au même moment les changes sur Hambourg et Amsterdam étaient descendus de la même quantité, soit de 1 6 à 20 0/0 au-dessous du pair.

Une élévation si extraordinaire du prix de l’or sur le marché, jointe à un abaissement si sensible du taux des changes avec le continent, fit penser que l’état de la. circulation nationale était la cause de ces deux phénomènes.

Un grand nombre de témoins attribuèrent l’élévation du prix de l’or à une rareté de cet article, conséquence d’une demande exceptionnelle sur le continent européen pour l’entretien des armées. Si cette demande eût été de nature à influencer la valeur vénale de l’or en Angleterre, elle se serait d’abord fait sentir sur les marchés du con-

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tinent, et cependant, alors que le prix de l’or s’élevait sur le marché anglais, il n’y avait aucune hausse correspondante dans le prix de l’or en lingots sur les marchés du continent.

Ce qui fut clairement démontré c’est que le prix de l’or sur les marchés étrangers était précisément audessous du prix du marché anglais, d’une somme égale à la différence du change.

Quant à l’influence de la guerre, sir Francis Baring rappela avec beaucoup de justesse que pendant la guerre de Sept ans et la guerre d’Amérique, aucune hausse du prix des lingots ne s’était fait sentir. De 1793 à 1795 le prix de l’or fin en barre s’était toujours maintenu au taux de liv. 3, 17 sh. 6 d.

Antérieurement à la crise de 1 810, on avait déjà vu le prix de l’or sur le marché dépasser le prix offert par la Monnaie, mais sous l’influence de causes bien connues par suite de l’usure des espèces en circulation.

Le prix de l’or étant lui-même exprimé en or ne peut être élevé ou abaissé par l’accroissement ou la diminution de la demande de ce métal. Une once d’or s’échangera toujours pour une once d’or ayant le même degré de fin; la puissance d’achat par rapport aux autres produits pourra varier, c’est-à-dire que la même quantité d’or pourra procurer une plus ou moins grande quantité d’autres articles : seul le prix de l’or exprimé en monnaie ne subira pas d’altération.

Toutefois, l’or monnayé a un grand avantage sur l’or

en lingots; il porte l’empreinte de sa finesse, et il est divisible en petites sommes, il est donc toujours plus cher que l’or en barre, par la raison que la vente en est plus facile. Le prix de l’or monnayé dépasse le prix de l’or en lingots; la différence dépend des frais du monnayage; en 1810, on les évaluait à 1 0/0 environ; mais ce n’était pas la seule cause des deux prix de l’or monnayé et de l’or en lingots; des dispositions législatives donnaient encore une plus-value à ces derniers.

Il était défendu de mettre au creuset tout autre or que celui qui était devenu trop léger, on prohibait l’exportation de l’or monnayé, et même de toute espèce d’or à moins qu’on ne déclarât sous la foi du serment qu’il ne provenait pas du numéraire du royaume; ce qui établissait entre les deux espèces de lingots celui qu’on pouvait èxporter et celui qu’on ne pouvait pas exporter, une différence de 3 à 4 sh. par once.

Dans ces conditions on trouvait la cause de la dépréciation de la valeur dê l’or monnayé par rapport aux autres produits, dépréciation qui existait déjà avant la suspension des payements à la llanque, et que l’on pouvait estimer à 5 ‘/2 b/0. Par suite de ces restrictions, le numéraire se trouvait placé dans une position désavantageuse dont son prix portait la trace. Dans toutes les périodes antérieures à 1 7 97 la différence entre ce que l’on appelait le prix de l’or à la Monnaie et le prix du marché n’avait jamais excédé cette limite.

On devait donc se demander si, depuis la suspension

des payements à la Banque d’Angleterre, l’or était réellement la mesure des valeurs, et si on ne possédait.pas un type de comparaison des prix autre que ce médium de circulation auquel les émissions de la Banque d’Angleterre et en seconde main des banques provinciales étaient venues s’adjoindre.

Si le numéraire venait à perdre beaucoup de son poids par l’usure, ou si on altérait son degré de fin, il est évident qu’il se produirait une élévation proportionnelle du prix de l’or en lingots sur le marché au-dessus du prix à la Monnaie; la même élévation de prix se fera sentir si le médium local de circulation, cessant d’être convertible en or, vient à être émis avec excès. Cet excédant ne peut être exporté dans les autres pays, et n’étant pas convertible en espèces, il reste dans le canal de la circulation où il est graduellement absorbé par l’augmentation du prix de toutes les denrées, exactement comme un accroissement général des métaux précieux tend, dans une certaine proportion, à élever les prix dans le monde entier.

Par suite de cet excès d’émission, la valeur d’une portion donnée de ce médium de circulation en échange d’autres produits se trouve abaissée; en d’autres termes, le prix de tous les autres produits s’élevant, le prix des lingots s’élève avec le reste.

II est non moins évident que dans les cas où les prix des produits ont haussé dans un pays par suite d’une augmentation de son médium de circulation, tandis que

dans une autre localité la même cause et le même résultat ne’ se manifestent pas, la monnaie des deux pays naura pas la même valeur, l’une par rapport à l’autre : le change sera donc défavorable au premier.

S’il y a excès d’émission de papier en province pendant que la circulation à Londres n’excède pas sa proportion normale, il y aura élévation locale des prix, mais les prix de Londres varieront moins. On préférera acheter à Londres où les choses seront moins chères et retourner le papier de province au banquier qui l’aura émis : on limitera jusqu’à un certain point l’émission de ce papier. Ainsi :

1° Hausse générale de tous les prix;

2 Hausse dans le prix de l’or sur le marché ;

3 Dépréciation du taux des changes avec l’étranger: tels seront les effets d’une surabondance du médium de circulation dans un pays qui a adopté une monnaie ni convertible ni exportable.

Le pair du change entre deux pays, avons-nous dit, est la somme de monnaie qui, en valeur intrinsèque, est précisément égale à une somme donnée de monnaie de l’autre pays, c’est-à-dire qui contient exactement un poids égal d’or ou d’argent de la même pureté.

Cependant si un pays a adopté l’or comme sa principale mesure de valeur, et un autre pays l’argent, le pair entre ces deux pays ne peut être évalué pour aucune période sans tenir compte de la valeur relative de l’or et de l’argent.

Quand la circulation se fait en or dans deux pays, le calcul est comparativement aisé; si, au contraire, l’un a l’or et l’autre l’argent pour agent de circulation, la comparaison devient plus compliquée; enfin si dans l’un des deux pays il existe une circulation de papier illimitée ou inconvertible, il est difficile d’arriver à des appréciations exactes.

Dans le cas d’un pays ayant un étalon unique d’argent comme Hambourg, on étudiera le métal qui fait prime et on en tiendra compte dans la fixation du change, en même temps que du taux de l’intérêt, de l’état du crédit et des engagements réciproques.

A Hambourg, pour éviter toute discussion sur la monnaie, les payements se font en monnaie de banque, qui consiste en argent à un degré de fin déterminé. Ce procédé peut être bon pour l’intérieur, mais pour l’extérieur dans les rapports avec l’Angleterre il faut tenir compte de la différence du prix de l’argent sur les deux marchés pour établir le cours du change soumis d'ailleurs à toutes les influences ordinaires.

S’il y a un double étalon connue en France, par rapport à l’Angleterre, les variations seront plus sensibles que dans les pays où il n’y en a qu’un seul; elles dépendront de celui des agents de la circulation qui est commun aux deux pays.

Toutefois, même dans un pays dont la circulation est dépréciée par suite de la suspension des payements, la transmission du numéraire devenant impossible, la perte

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du change ne pourrait provenir de ce chef et se trouver limitée aux frais de déplacement; mais si la prime sur l’or est régulièrement établie et n’est pas restreinte par des moyens artificiels, il faudra encore y ajouter les dépenses occasionnées par les expéditions pour se rendre compte de la perte à subir. Celte cause de baisse des changes agit avec une plus grande puissance que toutes les autres. L’intérêt de l’argent, un excès de dettes comparées aux créances, une panique, la distance, font varier les changes dans une proportion insignifiante pour cent ; une variation de dix pour cent, due à toutes ces circonstances combinées, se rencontre rarement; mais quand la dépréciation de la circulation intervient comme * un nouvel élément, on arrive à des différences de 25, 30 et 50 0/0. Pour éviter de supporter de pareilles pertes il n’y a qu’un moyen pour le débiteur, acheter des marchandises et les exporter lui-même pour se libérer.

La plus grande différence des cours du change résultant de l’état du commerce et des payements entre deux pays, doit donc être limitée à la dépense du transport, à la perte d’intérêt et de l’assurance des métaux précieux d’un pays à l’autre.

En temps de guerre la prime d’assurance peut se trouver plus élevée ; en 1 81 0 elle ne dépassait pas 1 */2 à 2 0/0. Le risque moyen du transport de Londres à Hambourg, tous frais compris, ne dépassait pas 5 */2 0/0; mais dans aucun cas ne pouvait expliquer la baisse du change qui s’élevait à 16 ou 20 O 'O. En admettant même

que la balance des payements, résultant de l’état du commerce, soit de 4 à 5 0/0 au désavantage de l’Angleterre, il restait toujours une dépréciation qui devait provenir du changement survenu dans la valeur de l’agent de la circulation, c’est-à-dire des bank-notes.

L’histoire nous offre de nombreux exemples dans lesquels la dépréciation a été produite par l’excès seul du papier, ou par un manque de confiance dans la solvabilité des institutions qui le mettent en circulation.

En Écosse, à la fin de la guerre de Sept ans, les opérations de banque avaient pris un développement excessif, et par l’usage d’insérer dans les billets la clause de payer à vue ou à six'mois avec intérêt, la convertibilité en espèces était suspendue : par suite ils subirent une dépréciation.

Au moment de la fondation delà Banque d’Angleterre, la dépréciation de la monnaie par l’usure et la rognure fut accompagnée d’une émission excessive de papier. La Banque, croyant ses ressources inépuisables, faisait des avances non-seulement par l’escompte, mais encore sur des garanties matérielles, sur hypothèques, et en outre répondait à toutes les demandes du Gouvernement : comme conséquence de cette conduite le change sur Hambourg tomba de 25 0/0 au-dessous du pair.

Le prix de l’or en lingots, et le cours des changes avec les pays étrangers considéré pendant une longue période de temps, doivent donc être le meilleur critérium qui per-

mette déjuger de la suffisance ou de la surabondance do la monnaie de papier en circulation.

Ces conclusions furent l'objet des plus vives controverses, et la proposition de reprendre dans un délai in déterminé, dont on laissait la Banque seule juge, les payements en espèces, sans indiquer un seul moyen d’ar river à ce but, fut rejetée par le Parlement.

Le comité de 1810, tout en signalant la véritable cause des changes défavorables et en proposant comme seul remède la reprise des payements, ne se préoccupait pas assez des immenses besoins du Gouvernement pour continuer la guerre, et, par conséquent, des demandes d’or qui, au milieu de l’interruption des relations internationales, eussent bientôt épuisé les réserves métalliques de la Banque, puisque la législation ne permettait pas alors de les défendre par la hausse de l’escompte.

11 fallait payer les armées du continent, non-seulement les armées anglaises, mais encore les armées étrangères: de là une dépense extérieure considérable, complètement en dehors des habitudes ordinaires du commerce. Il était donc nécessaire de forcer l’exportation d’un plus grand nombre de produits anglais : on y arrivait d’um manière indirecte par l’émission du papier.

La hausse des prix intérieurs, contrebalancée par la baisse des changes étrangers, entretenait un mouvement d’affaires où l’aléa occupait une grande place; dans ces conditions, la spéculation ne connut bientôt plus de

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bornes. Les nombreuses banques d’émission de création récente vinrent ajouter une nouvelle impulsion au mouvement, qui éprouva une terrible secousse pendant la crise de 1810, mais se continua néanmoins jusqu’en 181 G. Alors la guerre terminée, la source des dépenses extérieures étant tarie, cette immense production, animée d’une rapide circulation par l’émission des bank-notes de la Banque d’Angleterre et des banques privées, dut cesser et entraîna la ruine et la disparition de la plus grande partie du papier qui servait à sa distribution.

Ce fut sous l’impression de ces besoins pressants, qu’il fallait satisfaire à tout prix et dont le comité d’enquête ne paraissait pas se préoccuper, que ses conclusions ne furent pas adoptées. Mais au lieu d’invoquer la nécessité, rien de plus triste que de voir les pauvres raisons mises en avant par M. Bosanquet. Il niait que la circulation eût été accrue par les émissions successives de la Banque et qu’elle eût baissé de valeur par rapport aux denrées; le prix de l’or seul, selon lui, faisait exception, ce qui ne pouvait se soutenir. Ce qui était vrai, c’est que l’or, étant demandé, était devenu plus rare, et par conséquent plus cher; tant que cette situation devait se prolonger il ne suffisait pas seulement de conseiller la reprise des payements en espèces sans en donner les moyens. Or, le seul moyen de mettre le papier au même prix eût été de hausser le taux de l’escompte, mais inutilement encore, car si cette mesure est souveraine pour arrêter la spéculation privée dans ses de-

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mandes d’avances , elle devient complètement inefficace quand c’est l’État lui -môme qui en réclame pour un service public aussi impérieux que la guerre ; les prix ne sauraient l’arrêter, puisqu’ils se traduisent par une simple augmentation d’emprunts. De 1 800 à 1815, comme on l’a déjà vu à propos de la circulation (page 108), les avances faites par la Banque à l’État sont, pour ainsi dire, représentées par l’émission des bank-notes.

Avances. Circulation.

Cette nouvelle puissance d’acheter, mise entre les mains de l’État, a donné une impulsion sans pareille aux affaires et produisit une perturbation considérable dans les prix par la hausse qui en fut la conséquence. On répartissait indirectement, sur tous les citoyens, un impôt qui, augmenté encore par la spéculation, se percevait peu à peu, dissimulé dans les dépenses de chaque jour et qu’on n’aurait pu obtenir autrement. Ce fut même là une des causes du grand mouvement industriel et commercial qui aboutit aux crises de 1 81 0 et de 181 6.

Les conclusions si sages du comité de 1810 ne donnaient pas au Gouvernement le moyen de continuer la guerre, en ayant toujours recours à l’émission du papier : ce fut là une des causes de l’échec qu’elles éprouvèrent. Mais même en 1819, quand elfes furent adoptées

après une vive discussion dans l’enquête sur la reprise les payements, l’influence des changes fut méconnue par ■an grand nombre des plus notables déposants. On objectait que depuis 1810 le chiffre de la circulation de la Banque d’Angleterre n’avait pas été en rapport avec le prix de l’or.

Ainsi en 1816, en présence d’une circulation qui, comme celle de l’année précédente, variait de 27 à 26,000,000 fr.,le prix de l’or avait baissé de liv. 4, f 6 sh. à 3,18 sh. et les changes étaient remontés au pair. Dans l’observation de ce fait, on ne tenait pas compte de la circulation des banques de province, toujours très-difficile à apprécier en l’absence de toute publication officielle.Un fait certain, c’est que, de 1 7 90 à 1 8 1 0, le nombre des banques s’était élevé de 290 à 721 et même à 948 en 1813.

Le comité de 1810 avait déjà essayé d’estimer leur émission d’après les relevés du timbre, et était arrivé à ce résultat que, dans la seule année 1809, l’augmentation avait été de liv. 3,000,000 pendant que celle de la Banque d’Angleterre n’avait pas dépassé liv. 1 ,500,000.

De 1 796 à 1 81 0 la circulation de la Banque d’Angleterre s’élevait seulement de 1 1 à 24,000,000 fr. ; au même moment celle des banques de province était évaluée à liv. 30,000,000 par les hommes les plus compétents.

La crise de 1810 et sa liquidation ralentit jusqu'en 1813 le développement delà circulation; selon Tooke,

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elle paraît avoir doublé à cette époque, si on lient compte du prix de l’or dont la valeur en papier s'éleva à liv. 5,1 0 sh.

En présence de cette dépréciation la hausse des prix est générale. La terre triple de valeur, d’immenses spéculations sur les biens ruraux s’organisent; les banques locales se multiplient, leur nombre, de 721 en 1810, s’élève à 948, en 1 8 1 3 : les embarras commencèrent à l’automne, continuèrent en 1815, et enfin, en 1816, la crise fut complète. Quatre-vingt-dix-neuf banques tombèrent en déconfiture, ce qui entraîna une diminution considérable des billets des banques de province : Tooke ne l’évalue pas à moins de liv. 20,000,000. Quel que soit le chiffre de cette diminution, elle n’a pu être compensée par l’augmentation de la circulation de la Banque d’Angleterre, qui resta presque . stationnaire, variant de liv. 26,000,000 à liv. 27,000,000. Ce fut donc la suppression de la circulation des banques de province qui produisit ce fait si remarquable, du rétablissement au pair, du prix des lingots et du cours des changes.

Le tableau ci-joint donne la démonstration complète des variations du prix de l’or, des cours des changes et de la valeur de la bank-note en rapport avec les variations de la circulation et le nombre des banques de province.

TABLEAU DES VARIATIONS DU TRIX DE L’OR , DES COURS DU CHANGE ET DE LA VALEUR DES BILLETS DE LA BANQUE D’AN- GLETERRE.

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