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mill. £.
Le rétablissement de la valeur du papier eut ainsi lieu en 181G, d’une manière toute naturelle, sans aucune intervention législative, par le fait seul de la disparition de toute la partie qui se trouvait en excès. Les directeurs en mesure de répondre aux demandes du public commencèrent une reprise partielle des payements, que la crise de 181 8 vint bientôt interrompre.
Le pair du change sur Paris fut môme dépassé, puisque le cours de 26 fr. 1 0 cent, fut coté. La reprise des transactions du continentavec l’Angleterre, les nombreux emprunts émis sur les diverses places, et dont une partie devait lui faire retour rétablirent la balance, et le change qui jusqu’ici lui était défavorable tourna en sa faveur.
Il ne faut donc pas seulement redouter les excès d’é-
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mission du papier mis en circulation par la Banque d’Angleterre, mais encore ceux des banques de province; la crise de 1816 nous en donne la preuve, et ce ne sont pas les seuls à redouter : les crises qui ont éclaté depuis l’acte de 1 844 nous indiquent qu’en dehors même de l’émission du papier par les banques tout papier fiduciaire, quelle que soit son origine, du moment qu’il circule peut produire et apporter le même trouble dans le cours des changes. Que ce soit une bank-note, un effet de commerce, une lettre de change, toute promesse de payer en un mot, même avec le maintien des payements à vue, produira le même effet, aussitôt que la hausse des prix qui en sera la conséquence aura rendu les échanges moins faciles avec les pays étrangers dont la marche dans la voie du crédit a été moins rapide.
Les cours des changes servent surtout d’une manière directe ou indirecte à conserver ou à faciliter les compensations entre les différents pays. Les affaires s’engagent sur une telle échelle que les perturbations seraient inévitables si le change n’était pas là pour rectifier tous les écarts. Là vente des marchandises en hausse ou en baisse qui se produit sous son influence, tend toujours à rétablir l’équilibre qui a été rompu.
Toute demande d’un produit en dehors des conditions ordinaires du marché doit tendre à rendre les changes défavorables. Les disettes, les emprunts contractés par les États étrangers, les dépenses de guerre sont des causes de trouble, parce qu’ils détournent les courants du com-
raerce en les dirigeant vers d’autres contrées et sur d’autres produits.
Pour les emprunts, M. de Rothschild assure que la plus grosse part se paye à l’aide de traites provenant des opérations commerciales qui sont la conséquence de ce grand mouvement de fonds ; les lingots y entrent aussi pour une part notable, et enfin la plupart des capitalistes qui se livrent à ces opérations conservent en portefeuille des titres des divers États, et lorsqu’ils souscrivent un nouvel emprunt, ils changent , en général, les valeurs qu’ils po*ssèdent et tout se réduit à un changement de placement.
Pour les disettes, dans les cas d’une importation de blé, chaque marchand écrit à l’étranger et demande que l’expédition soit aussi prompte que possible; immédiatement on fait traite sur lui, et un grand nombre de lettres de change arrivent en même temps. Néanmoins, même dans ce cas, les premiers payements seuls ont lieu en espèces ; aussitôt que, par ce drainage, l’argent a pris une plus grande valeur, les importations diminuent, sauf celles qui ont pour objet les produits alimentaires : d’un autre côté, les exportations s’accroissent, et on pave les céréales sans laisser sortir les métaux précieux.
En temps de guerre, quand les ressources du crédit sont déjà épuisées, la suspension des payements et l’usage du papier-monnaie donnent à l’État, au détriment de la communauté tout entière, des facilités pour solder des dépenses. Si, au contraire, on épuise les espèces, et que
Digilize
do nouveaux emprunts deviennent nécessaires, on éprouvera une baisse générale de tous les produits qui ne permettra pas d’obtenir des secours de l’étranger. La hausse des prix artificiellement entretenue par les émissions de papier excite la spéculation et engage des affaires au moment où le crédit normal d’une nation devient impuissant, c’est-à-dire quand le défaut de confiance l’empêche de circuler. Cette hausse des prix, très-sensible sur le marché intérieur, se trouve complètement et souvent plus que corrigée par la baisse des changes et excite les autres pays à continuer, à étendre même leurs opérations. Il suffit que l’élévation des prix soit compensée largement par la baisse du change pour que l’on trouve une excitation nouvelle dans ces opérations aléatoires qui plaisent tant à la spéculation. La guerre d’Amérique a fourni un exemple récent de l’usage que l’on peut faire du papier-monnaie et des billets qui, mis ainsi en circulation pour faire face aux dépenses du Trésor, ont permis au Gouvernement de mettre sur pied et d’entretenir le plus formidable armement qu’on ait jamais vu. Cette émission entraînait, il est vrai, la suspension des payements en espèces et amenait dans les cours du change une perturbation qui n’a pas encore disparu et ne disparaîtra que quand l’excédant de la circulation en papier aura été retirée par le Trésor public.
En dehors de ces grandes causes de perturbation, il y a encore lieu d’observer l’influence du taux de l’intérêt et de certaines conditions particulières dans lesquelles
le numéraire s’écoule, quoique les changes soient aux environs du pair.
Dans la pratique l'immense majorité des effets sont payables à des époques diverses, il y a là un nouvel élément qui affecte le taux du change.
L’acheteur doit tenir compte :
1° Du taux de l’intérêt à déduire à partir du moment où il achète comptant la lettre de change jusqu’au moment où elle sera payée.
2° Du risque qu’il court jusqu’à l’échéance, à savoir si le tireur et l’accepteur continueront à être solvables.
Pour les effets au comptant l’état du marché financier dans le pays d’où l’effet est tiré affecte les changes parce que, selon les circonstances, le vendeur peut être plus pressé et l’acheteur plus hésitant ; il faut que ce soit l’un ou l’autre, du vendeur ou de l’acheteur, qui perde l’intérêt jusqu’au moment où le produit des effets reviendra dans leurs mains : cette perte d’intérêt doit être calculée au taux courant chez eux sur leur propre marché.
Quand, au contraire, les effets ne sont pas payables à vue, l’acheteur doit considérer quel est le taux de l’intérêt dans le pays sur lequel les effets sont tirés, et foire entrer cette différence dans son compte.
Si l’intérêt à l’étranger est en hausse, il devra insister pour payer moins cher l’effet à soixante jours, tandis que, si l’intérêt est en baisse, il pourra offrir de payer plus cher.
Les fluctuations du prix des effets à vue sont limitées par ce que nous avons appelé le pair des espèces. L’écart, dans tous les cas, ne peut être considérable que dans des pays placés à une grande distance l’un de l’autre. Les fluctuations dans le prix des effets à long terme n’ont, au contraire, aucune limite, parce qu’elles correspondent aux fluctuations de la valeur de l’argent dans le pays qui accepte, et aux craintes à concevoir sur la solidité des signataires des effets. L’influence, sur les changes étrangers, de la valeur de l’argent et de toutes les variations dans le taux de l’escompte, est de la plus grande importance.
Pour indiquer la situation générale des affaires, la valeur des effets courts donnera les résultats les plus précis, tandis que le prix du papier long comparé à celui des effets à vue indique en général le taux de l’intérêt, et en particulier l’état de solidité du crédit.
Les variations des changes peuvent donc dépendre du taux de l’intérêt dans divers pays. Ce taux affecte, non-seulement les effets à long terme, dont le prix est réglé par la valeur de l’argent et par l’état du créîlit, mais il affecte les effets à vue eux-mêmes, parce que la hausse ou la baisse de l’intérêt entraîne des mouvements de capitaux.
On accuse souvent les spéculateurs d’être la cause du drainage des métaux en disposant des opérations de change qui leur permettent de profiter des différences sur les effets étrangers, en les achetant quand ils sont
bon marché et alors en expédiant du numéraire, et en les revendant quand ils sont chers. Cependant il y a un fait certain, c’est que l’or ne s’écoulera pas au dehors si on peut se procurer des effets courts, c’est-à-dire tant qu’il existera un découvert qu’on pourra négocier. L’exportation de l’or prouve donc, quelle que soit la qualité de l’exporteur, que la quantité des effets courts sur les pays étrangers, est sur le point d’être épuisée, et que pour répondre aux demandes il faut expédier du numéraire, la balance des engagements étant contraire en ce moment.
Néanmoins, les changes peuvent rester au pair des espèces pendant longtemps, sans offrir aucune chance de profit aux cambistes, et pendant ce temps, il peut y avoir un écoulement incessant du numéraire pour liquider des engagements.
Dans les opérations de change, la limite des profits est très-restreinte, et lors même que les changes sont au pair, il peut y avoir un bénéfice réalisable, quoique sur une échelle très-limitée, par ceux qui ont sur les places étrangères des succursales de leurs maisons, et qui ont organisé un service spécial à cet effet : ils peuvent, par l’économie de la commission et par la réduction des charges, expédier du numéraire à meilleur marché.
En réalité, quand les changes sont voisins du pair pour faire de grands bénéfices sur les expéditions d’espèces, il faut les diriger vers des pays lointains. Les banquiers
assez prévoyants pour acheter des effets au-dessous du pair en échange du numéraire peuvent ensuite faire leurs conditions quand s’accomplissent les événements en vue desquels l’opération a été entreprise.
En résumé, de tous les éléments de la valeur du change, il faut chercher le plus fondamental dans la situation des engagements internationaux réciproques ; les oscillations, quoique très-limitées, sont très-variables, mais toujours suffisantes pour épuiser les réserves métalliques des banques aussi longtemps que la cause qui les détermine se fait sentir. Enfin, il y a un état particulier des cours du change qui indique une différence dans la valeur des monnaies : ce qui prouve la dépréciation des billets de banque.
Variations des cours du change en Angleterre, en l'raucc et aux Ktats-L’nis.
Après avoir exposé la théorie des changes étrangers, il faut arriver à la démonstration pratique de tout ce qui précède : nous la trouverons dans les trois grands pays que nous avons pris pour exemple.
Si nous examinons la cote du change de Londres sur Paris depuis 1 800, nous remarquons que les oscillations ont été très-variables ; selon l’époque que l’on étudie, on observe successivement l’effet des influences que nous avons signalées : dépréciation de la circulation fiduciaire
des bauques pendant la suspension dos payements, différence des deux étalons or et argent en Angleterre et en France, défaut de balance des engagements du commerce pendant les crises commerciales.
En présence de chacune de ces causes de perturbation, les cours du change présenteront des écarts divers qui se divisent naturellement en trois périodes 1 :
1° Pendant la suspension des payements de 1800 à 1821 ;
2° De 1821 à 1850, au moment où les importations d’or ont commencé à le répandre en France et dans le monde entier;
3“ De 1 850 à 1 8G5, pendant les arrivages d’or.
Durant la suspension des payements, les cours du change variaient de 2G fr. 10 cent. (181 G) à 17 fr. 60 c. (181 1), selon l’abondance du papier-monnaie en Angleterre, selon la dépréciation et les besoins du commerce dont les règlements et les compensations, par les entraves qu’on lui imposait, étaient devenues très-difficiles.
Depuis la reprise des payements en espèces, les variations sont encore très-considérables, de 25 fr. 95 cent, à 25 fr. 1 5 cent.
Depuis 1 850, au contraire, quand l’or répandu partout en abondance est venu ainsi faciliter les échanges, les écarts des cours sont devenus très-limités, de 25 cent, environ au-dessus et au-dessous du pair.