‹ Du chantChapitre 14 sur 41 · Ÿ ; A # "27 LÉ · texte numérisé non relu

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72 es | DU CHANT

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Comment dire en chantant

MESDAMES, MESDEMOISELLES, MESSIEURS

Avez-vous vu des ventriloques? Un monsieur | tient sur ses genoux une poupée articulée hé avec laquelle il s’entretient gaîment, Il pose des questions, la poupée répond, et c’est tou | ER le Sas a Par < car il a deux voix :

ee | fection de ces artistes de music-hall elle aussi, exige un travail persévérant), beaucoup de chanteurs apportent à leur performance vocale certains procédés qui devraient appar- - tenir exclusivement aux ventriloques. Ces chan- … teurs-là ont une voix parlée et une voix chantée. Me Rien de plus absurde.

Une personne que l’on a priée de chanter s'ex- … cuse, refuse, puis finit par consentir et, avant de Ke commencer vous donne des explications sur Sa 3203 Voix, sur son chant, tout cela le plus natu- . rellement du monde. Soudain, on entend un son J LÉ l’on se demande d’où il part; on ne recon-. … naît plus la voix qui vient de parler. Instinc- tivement, on cherche sous les meubles. Mais bon! C’ est bien la même personne qui chante. 44 se produit alors deux phénomènes à la fois : d'abord, il semble que la voix vienne d'ail-

peu comme si . du a un se mate. Cet accent essaie > d être Vrai, mais il n

. habileté ; “ n’émeut jamais, si n'existe en de Û contact direct entre son verbe et notre oreille a ne 2 tout en « disant » comme 1l le fait, tout e

: ie tout ni do son chant pour : devenir émouvant, impressionnant ; mais | substance qui S ou entre, sa pe et re

pression. C'est, comme Re Fa vi Michel-Ange, la petite distance — Pre on sépare le doigt de Dieu du doigt de l’homme que Dieu vient de créer. Cette petite distan ei on est rien, et c'est ue | |

Il y a, dans le a des Goncourt, | | jolie histoire que voici.

EX

Le ”

Lt

Le”

Te Pl tionneur Bart se | promenant | LE jour sur les quais, trouva un dessin signé :

D et qui était fort beau. Il l’acheta et se

rendit chez Ingres. « Voyez, maître, ce que je

viens d’ acheter. » Ingres regarda le dessin et

s’écria : « Comment, vous avez pu croire que

cè Rs était de moi? Ce dessin n’est pas mal; mais croyez-vous que j'aurais dessiné ce bras comme ça? »

Il prit un crayon

« Ce genou, comme ça? Cette épaule, ainsi? »

Et, à mesure qu’il parlait, 1l rectifiait imsen- ee

siblement de quelques millimètres à peine, —que dis-je ! d’un soupçon de ligne les contours

qu’il désignait. À mesure qu’il opérait ces modifications, — une sorte de calque qui ne différait guère du dessin lui-même, — le dessin

prenait une vie, une vérité extraordinaires.

Eh bien ! c’est cette petite différence-là qui existe entre le chant chanté et le même chant avec les mêmes intentions et le même

style, mais assimilé à ce que j’appellerai, après M. Jean de Reszké, la « voix parlée. »

So Il y a des fragments lyriques qui ne s’accommodent pas de la voix parlée Mais, la

plupart du temps, elle est préférable à l'autre, et, dans un opéra, dès qu’un chanteur l’em-

ploie, il est immédiatement distingué de ses

partenaires ; l'attention s’attache à lui, parce

qu’il donne une impression de xafurel que les

autres ne donnent pas. Le naturel du timbre

est la première condition de la diction.

Mais, pour donner l'impression du naturel,

En

je ne connais qu "un moyen : c'est d’être naturel

er

“os te ne pas orne teur Hour So bitude d’une certaine position, toujours la.

même et qui a le double inconvénient d’amener de la contraction et de donner à tout ce à qu’on chante un caractère uniforme. D’abord, 1l faut, en mafière de chant, redouter et com" battre toutes les « habitudes ». Le chant doit = être un instrument se prêtant à l'expression « de tous les sentiments, de toutes les idées ; 11 faut donc qu'il ‘demeure, avant tout, neutre, + souple, passif, soumis à tous les caprices de 74 la fantaisie intérieure. Et pourtant, au lieu de chercher à lui donner cette mobilité docile, certains professeurs s'appliquent à 15 rentre impossible en imposant à tous leurs élèves indifféremment, des règles arbitraires, imva- … riables, souvent d’une excnt oi qui ‘offense ÿ et dégrade les lois de la nature.

Ÿ Que dire, par exemple, de ce fragment que. | J'extrais d’une méthode dont j'aime mieux ne | pas révéler l’auteur : À UE:

« La IerIIeute position pour un chanteur est celle-ci : le buste à peine penché en avant, la : pointe des épaules éneérgiquement tirée vers | le sol, la partie postérieure rejetée en arrière (un peu chez les hommes et beaucoup chez les femmes), les jambes légèrement écartées afin que le bas de l'abdomen, bien dégagé ne remonte pas sous la pression des cuisses. Le . chanteur évitera absolument de se cambrer, cela est désastreux pour les reins, rend la taille aa 0 surtout. par: devant) et resserre les Fe contenus dans la région stomachique. » a : Mesdemoiselles, quand vous n'aurez rien à. 4 ne faire, essayez de prendre la position ne

| biver une attitude agréable. Moi, je dois vous avouer que j'ai échoué (, | Pourtant, j'ai quelques scrupules à lien cette méthode, car l’éminent professeur déclare # que « les mouvements qu’elle a indiqués, exécu- tés, avec précision, font prospérer la poitrine, Dre abaissent les épaules les plus dé:

vées, rétrécissent le dos, amincissent la taille, | effacent le ventre, si proéminent qu’il soit, embel- lissent femmes, jeunes filles, en donnant à leur 1 ‘4 corps des proportions harmonieuses et obligent ; Por les élèves — tous les élèves sans exception, dit-elle — à faire élargir le haut de leurs vé- tements de quinze à dix-sept centimètres, à

- rétrécir le dos, à allonger le devant, à amincir Ja ceinture. Cas améliorations, dit-elle, ces &s | anges se produisent en tiois ou quatre

“ mois ; je les ai obtenus même chez des mères Ne . Des de quarante ans.»

Nous ne savons, après cette lecture, si ‘ie

É moyens indiqués sont bons pour chanter : mais :

. nous savons, du moins, qu ils sont bons à pour donner de la beauté corporelle à celtes | qui en sont dénuées. Aussi, me paraïitrait- ue 4 Fa qui joe la ApESEue des Instituts de ee.

S e, 3 Beauté | | FM Le. Se

‘4 Beaucoup de professeurs emploient des

opportun de reléguer cet ouvrage parmi ceux

| moyens que J'appellerai athlétiques, pour faire + ‘

chanter leurs élèves. Je ne nie pas qu’il soit

utile d'indiquer par une légère pression du É

G) En. ce qui concerne les lèvres, cette dame conseille

de leur donner la forme d'égouttoir…. ,

de la face la position < 5 tel cas ; mais que dire d’un professeur - — - mort. aujourd sue e l'ai connu, c'était un très galant

| terre, Fi Miethast sur Pate plusieurs LE . tomes du Larousse et s'asseyait violemment 3 - dessus, occasionnant par là, chez la victime, un. hurlement de douleur après lequel if se levait et san triomphalement : LEE RS ; « Vous voyez bien que vous avez un si.

ie benoit Il ne s’agit que de le faire sortir. » Une artiste délicieuse et regrettée, M Sibyl | Sanderson, m'a raconté elle-même ce que je.

viens de vous dire et beaucoup d’autres per- | sonnes me l’ont confirmé. ”

So Mais revenons à la diction, et, puisque Fe *ai1°.38 le bonheur de pouvoir citer à son propos dei #4 ques lignes de Gounod, je cède la parole à ce maitre qui, vous ne l'ignorez pas, chantait fort - bien : ; SEC un Luis est la forme extérieure ”.

sensible du mot ; la prononciation en est la:

forme intérieure et inteligible. C'est l’oreill qui perçoit le mot articulé ; c est Rte dus.

perçoit le mot prononcé. di

nn 11 est face par 6 de comprendre tou . ce que la négligence en matière de pronon de ciation enlève d'expression ét, par conséquent - d'intérêt à une phrase musicale. RAS » En un mot, l'articulation est le. squelett et le corps et la parole,-c'est la RITES qui en est l’âme et la vie »

Rd. ton est, pour ainsi Paie l'esthétique nr l'articulation. C’est le degré supérieur, c'est . le contrôle suprême qui régit, équilibre, embel- + les divers organismes de l’élocution. C’est 4 par la diction que l’on confère au discours a variété, l'expression. | ; La diction consiste en bien des choses, dont. je ne vous énumère que les principales :-— elle consiste dans la rapidité plus ou moins grande, dem la juste distribution du temps entre chaque mot, entre chaque membre de phrase, entre chaque phrase ; c’est elle qui ponctue, qui imprime à la voix ie nuances de force ou de douceur, is …—. au son et au mouvement des gradations imper- 2 piles ou violentes. La diction est à la parole.

| ie. au nous elle met dans Pointe du ; Aube la circulation de l’idée, qu sentiment. ne

| bien ou ne chantent pas oi Leur voix est en place, ils prononcent bien, ils articulent bien, o maïs ils ne disent pas, et alors... ils « ne disent À ra ‘rien ». Fe 5 FA D'ailleurs, j'ai eu tort à. vous dire qu es RS RS chantaient bien ; ils chantent bien, à D … strictement ; leur chant est correct au point de Mblvue. vocal, — mais ils ne chantent pas bien en | ce que leur voix n'accomplit pas une fonction artistique. Elle est détachée de la parole, elle | fait « bande à pes », elle agit po

Méolfabore pas avec he mots et ] ajoute que, par. n mystère très curieux et très beau, ce chant

il est rase même el tes ou

sombre, bulante ou terne, mais il ne passe pas

par ces colorations, multiples, successives et. D. harmonieuses, sans lesquelles un chant est une. chose morte, et qui, lorsqu'elles interviennent, font ressembler le chant à un ruisseau diverse ment teinté à mesure qu’il passe sous différents endroits du ciel : son cours est régulier, il n’est accidenté que d'une façon douce, équilibrée, M par un caillou, une inclinaison du sol, quelques Kerbes Aottantés ou des roseaux ; 1l va, indo-. lent et régulier, mais sa couleur prend les as- ‘4 pects les plus divers, reflétant successivement w des nuages roses, gris ou blancs et des grandes nappes d'azur. C'est ainsi que le chant, dans sa. course où dans sa marche, doit refléter toutes les colorations de l’âme. ù Quand nous prononçons une phrase où une 3 succession de phrases, nous pouvons être dans n le même état d’Âme ; nous y sommes presqu en général, car l’ état d'A âme ne varie pas avec une rapidité extrême; mais les harmoniques, — si je puis m'éxprimer ainsi, — les harmoniques de cet état d'âme sont infinies, frémissantes, et, si c’est le fait d’un mauvais acteur que de. changer de physionomie à chaque mot d'une | même ee on est encore un pie mauvais.

de él pe a A 1e fluctuations du sentiment et de la pensée.

ce, une diction vraiment ir Soient ee

. du chanteur. Mais, on l’a déjà observé, il n’en est pas en art comme en morale, où l’ intention . compte pour le fait. Les intentions de diction ee les plus intelligentes demeurent vaines si elles … ne sont pas réalisées par l'appareil vocal. Or, je vous l'ai dit, on commet une grave erreur quand ons imagine que la diction est indépennon du chant même Quand vous entendez dire d’un chanteur : &« [1 chante si bien ! Quel dommage qu’on ne comprenne pas ce qu’il D | » soyez sûrs que loin de chanter « si » bien », ce chanteur chante fort mal. Le chant … et la diction sont inséparables, et c’est ce que + je vais tâcher de vous démontrer aujourd’hui. Quand nous chantons, quels que soient le na- - turel et l’aisance avec lesquels nous chantons, nos organes vocaux ne demeurent pas dans une … même position comme quand nous parlons.

… Cette instabilité de position est motivée par … plusieurs causes: d’abord, la voix chantée obéit à la musique; donc, elle ne reste pas, comme la - voix parlée, dans un registre toujours à peu près le même, elle évolue vers le haut et vers le bas, et il faut que le larynx exécute ces évolutions avec une exactitude et une obéissance absolues. : à En outre, nous avons, en chantant, la préoccupation de faire porter le son plus loin qu’en de parlant de façon normale. Beaucoup d’autres FR raisons encore font que nos organes vocaux à #6 sont placés différemment; mais la plus impor- | tante est celle-ci: en ‘chantant, nous prononcons des paroles ; ces paroles sont composées … de voyelles et de consonnes. Or, les voyelles et Pit consonnes ont une influence très marquée

ed naissance dans le cœur ou dans me. te

| sur ti qualité et. sur de éoulenr du sort. | k prononçons, en chantant, les voyelles exacte | 1 ment comme nous les prononçons en ete notre voix chantée devient heurtée, irrégulière, « le son perd toute homogénéité, telle note est = sonore, telle autre étouffée ; il y en a de gutturales, de nasales, et ainsi de suite. Si nous voulons que notre voix soit égale, unie, et ne subisse que les modifications que nous voulons | à lui imposer par des nuances et des inflexions diverses, nous sommes obligés de faire subir <% aux voyelles (surtout aux voyelles), et aux, consonnes, des transformations qui ones l'effet produit sur le son par les déplacements du larynx. Voici un exemple qui sera cs Je. E CroIs. 4 ve connaissez le délicieux petit air de l « Ombre heureuse », dans l'Orphée, dé 4 Gluck I] y faut une égalité de son, une quié- M tude vocale absolues, qui évoque le paisible . enchantement du séjour élyséen. Or, il y a, 4 la troisième mesure de ce morceau, une diffs M culté assez grande pour la voix de soprano qui, = vous le savez, se prête mal à prononcer des mots dans le registre aigu, notamment, nn “ voyelles LCARERS et lés consonnes fortes.

ne .

le parle bon Leur. est “e te +

- quil

Pere

1 mot kabité sur ces notes hautes est. Ed plus malaisés à dire, surtout dans la douceur.

ee Be souci de es prononcer fait taie.

aux chanteuses | peu habiles des efforts pénibles sur ces deux /a ; l’2 et lé sont purement énoncés, le à et le 4 ‘sont corrects, mais la voix est étranglée, le son grêle et avare. D’autres, préoccupées seulement de la qualité vocale, n’hésitent pas à dire :

ce qui est affreux.

C'est en mêlant à l’2 un peu d’# et à l’é un

«< { . \ , peu d’ez, qu’on peut arriver à donner l’impres-

sion d’une prononciation parfaite tout en sau-

x vegardant la plénitude du son.

Je m'en tiens à des choses presque élémen-

taires afin de me faire mieux comprendre du prenuer coup. Et vous voyez qu ’en parlant diction, nous avons été amenés insensiblement à nous occuper encore du mécanisme vocal et de. l’articulation, tant, en matière de chant, tout se tient et se confond. Le

Sur l'articulation, que de choses n'aurais-je

pas encore à vous dire ? j'avoue même que j'en suis un peu effrayé — et puis sommes-nous ici dans un lieu propio à des études d’ortho-

phonie ? Songez qu'il faudrait examiner l'un après l’autre les divers accents étrangers ou

provinciaux, les vices de prononciation tels que

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