‹ Du chantChapitre 29 sur 41 · RAT ST A OTPE ES · texte numérisé non relu

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Permettez-moi de vous dire une histoire.

Dans un grand restaurant dont le propriétaire est un gourmet célèbre, des messieurs » . pressés et riches avaient commandé une cer taine fine-champagne de marque et fort an- . cienne. Ils se mettaient à la boire hâtivement, tout en causant de leurs affaires, ae le patron s’approcha d’eux et leur dit : « Mes- …. sieurs, que faites-vous ? Ce n’est pas ainsi qu'on … boit cette fine-champagne. Se | — Et comment donc la boit-on ? demandèrent les consommateurs. Fe — D'abord, répondit-il, on chauffe le verre dans sa main, on fait tourner la liqueur, puis - on la hume, ensüite on la goûte. Et, ensuite. Ensuite ?

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— Ensuite, messieurs, 0% en parle. »

Il en va de même de la musique et du chant.

Si la peinture a besoin de lumière pour être appréciée, la musique a besoin de silence et de loisir. Il faut, tout d’abord, l'écouter. Le chant est un mystère qui s’évanouit dès qu'il se manifeste. Si l’on ne prête pas à son enchantement une attention scrupuleuse et passionnée, les plus grandes beautés en échappent.

Après avoir écouté, après avoir recueilli la beauté du chant, il faut encore se la remémorer, tâcher de ressusciter par le souvenir ce qui est évaporé dans l’éther, de revivre les impressions éveillées par le chant. Il faut, en un mot, y songer. C’est de ce recueillement intime, de cette attention, que naît, dans une salle de spectacle, le fluide qui entretient et stimule le talent du chanteur.

Or, ce fluide, et l'ambiance qu’il crée, sont absents des théâtres d'aujourd'hui. Pourquoi ?

Parce que la jeunesse d’à présent, si intelligente, si vaillante, si riche d’espoirs et si capable de magnifiques élans, est attentive à des choses fort étrangères à la musique et surtout au chant. Elle ne l’aime plus, elle ne l’observe pas ; comme elle ne l’observe pas, elle ne s’y connaît point, et, comme elle ne s'y connait point, elle lui prête une oreille indifférente qui se laisse aisément contenter ou rebuter. Le chant, alors, s’étiole et, peu à peu, se meurt. Mais pourquoi la jeunesse d'aujourd'hui n’aime-t-elle pas le chant ? Parce qu’elle aime beaucoup d’autres choses ; parce que notre époque est celle de la mécanique et des sports. Est-ce un mal ? Non, certainement, puisque beaucoup de

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ion du rule professée avec tant da.

deur par la génération actuelle et puis- … price l’industrie est une scurce de prospérité … nationale. Mais il est rare que ce qui fait la É … richesse et la force d’une nation soit en même … temps favorable à sa grandeur artistique et -. ceux qui chérissent le chant ne peuvent s ’empé- … cher de déplorer que les préoccupations et …. l’activité de la jeunesse soient orientées présen- “ee … tement d’une manière si contraire aux intérêts de cet art délicieux.

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Donc, le jeune chanteur ou la jeune chan-

teuse débute. Souvent, ses qualités, encore indé- | cises et accompagnées naturellement de beau- | coup de défauts, mais qu’un public connais- seur distinguerait et encouragerait, pe - inaperçues ; l’accueil est froid, hostile; le. - débutant, déçu et négligé, n'a ni le désir ni l'occasion. de se perfectionner, il reste chanteur | | LANTA faute d’avoir été soutenu et éclairé. :. Mais, ce qui arrive plus souvent encore, c'est . que, grâce à quelques dons agréables, brillants, un chanteur ou une chanteuse de la plus parre ignorance s'impose du premier jour à ce E- public ignorant. Un bon physique, quelques - notes éclatantes, et une vingtaine d'amis, cela suffit, dans bien des cas — (cela n'eût pas 2. suffi, - autrefois). Bientôt, dans les Courriers RE des Théâtres, le nom du débutant apparaît,

suivi de mentions telles que 1” « admirable Carmen », la «. merveilleuse Manon », le ic” délicieux Roméo », Que de fois, naïvement,

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“ je me suis laissé ter. ainsi par ce:

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cours de la soirée, ne ee une note et ne disaient un mot de la façon qu’il eût fallu. Re. Parfois, l'effet est heureux, l’impression agréa- à - ble, toutes les apparences du chant y sont, : : mais un connaisseur ne s’y laisse pas prendre, 1 et, jadis, les deux tiers de la salle étaient | composés de connaisseurs, qui savaient, dès les premières notes, à quoi s'en tenir sur la valeur d’une éducation vocale... :

Nous n'avons parlé que de la voix et: de 134 technique ; — 1l nous reste à examiner tout ce 4 qui concerne le style, la diction, le sentiment : à 4 cela fera l’objet de nos prochaines séances.

Mais, si vous le voulez bien, nous ne ed 4 ee de la décadence du chant ; tâchons de É.

- l'oublier, et 1l sera temps, quand nous aurons traité des différentes questions qui nous restent | à examiner, de nous demander en secret si br esthétique actuelle des chanteurs est onto 4 à celle que nous aimons. 4] - Aujourd’hui, je vous le répète, E compétence du public en général, et — j’insiste là-M ‘a À dessus, — de la jeunesseen particulier, s'exerce D sur de tout autres questions.

Vous trouverez bien peu d’ adolescéhie quine soient capables de se prononcer en connaissance … de cause sur l’origine, la date de Fabrication < et les mérites d’une voiture automobile, de dis- |

courir avec éloquence sur un moteur d’ aéroplane ; ou sur un match de boxe : là-dessus on ne peits à pas les « coller », pas de supercherie possible en. ces matières. Mais conduisez-les à l'Opéra ot

à l’Opéra-Comique : vous les verrez scceplr |

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1t les ‘adolescents sé Ent repoussée avec dédain. Aussi, :

urquoi se gênerait-on pour la leur offrir ?

Croyez-moi, le mal, en grande partie, vient

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