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Le chant expressif dans la musique ancienne

MESDAMES, MESDEMOISELLES, MESSIEURS

Nous allons continuer d’éxaminer successivement différents points sur lesquels on peut trouver certaines choses à dire ; c’est ainsi que nous procéderons désormais. Nous avons établi succinctement les grandes règles du chant ; 1l s’agit, maintenant, de nous attarder à telle ou telle question et de revoir en détail ce que nous avons déjà considéré dans son ensemble. Mais permettez-moi de vous rappeler un principe que j'ai tenu à établir dès notre première séance, et qui se résume ‘en ceci: l'expression est inséparable du mécanisme, la diction ét le chant sont indissolublement unis, l'accent et la sonorité dépendent l’un de l’autre ; on ne peut, à la fois, bien dire et mal chanter. Le son emprunte son caractère ou sa beauté aux mots par lesquels 1l est engendré ; les plus infimes variantes de l'accent expressif ou significatif modifient le son ; et, de même, le son, par sa qualité ou son volume, altère la signification ou l'expression du mot. J'ai eu, dernièrement, l’occasion de le constater et de le vérifier par

‘deux fois dans la même journée.

en vous le se connaît le larynx comme s’il.

en était l’inventeur. Nous parlions physiologie,

première du personnage et jusqu’à sa vision

M. Jean de Reszké, Nous étions seuls et en

ie re ébe ne. +. “obtes Ë

mécanisme vocal et il me décrivait la façon dont se comportent les cordes vocales dans un.

certain cas particulier. Je répondis. IL répondit à ma réponse et nous fûmes rapidement amenés à traiter et à approfondir des questions compliquées de psychologie et d'expression. En effet, 1l nous fut impossible de spécifier tel procédé. mécanique amenant telle sonorité sans remarquer que, dans un certain mouvement expres-.

sif, cette sonorité serait inopportune ; et il. nous apparut clairement que, si on voulait conserver la position vocale que nous discu- … tions, il faudrait adopter un compromis entre un son et un mot opposés l’un à l’autre Or, nu pour justifier cette opposition du son et du. mot quil devait traduire, 1l était nécessaire de modifier le sentiment qui inspirait l’expres- « sion. Pous excuser cette altération du senti- … ment, il était nécessaire de monter plus haut encore et de travestir, en quelque sorte, la signi- fication primitive des mots dans lesquels résidait le principe psychologique de tout le passage. Pour pouvoir se permettre ce traves tissement, il fallait modifier la conception …

plastique : partis d’un phénomène vibratoire : d’une particularité purement matérielle, no étions parvenus insensiblement aux régio:

abstraites de la psychologie et presque de métaphysique !

Le soir même, je dînai avec mon illustre al

vinmes tout naturellement à parler de théâtre.

Lt ce fut, pour ‘ainsi ne une Ve letions par le contraire Il s’agissait des façons diffé- 34 rentes dont on pouvait comprendre psycholo-

| giquement et interprêter certains passages d’un

à ne de l’attitude, du ton, de la diction, du son

S qui convenaient et la conversation, peu à peu

E et par une évolution contraire à celle que 1e:

É - vous indiquais tout à l'heure, devint entière- . ment technique. Nous avions commenté par is des sentiments et nous finissions par décrire des coups de glotte. Es

“A Il est donc entendu que, chaque fois que

= nous parlons ici d'interprétation, de diction, que nous désignons une inflexion, une into.

1 à nation sentimentale, nous sous-entendons dn ne travail mécanique ; : Je rappelle cela pour éviter. 11 qu'on s’imagine qu’il aura suffi de « dire » avec és

: justesse, pour avoir bien. chanté ;:1l faut qu'on ”. © 4 ait présent à la mémoire que le moindre détail

4 D vraiment bien exécuté est un petit

tour de force physiologique. :

Le sentiment et l’intelligence sont toujours, :

dans une proportion quelconque, a da-base de 2

tout travail d’art. La première condition du 2

chant est qu'il soit régi par un sentiment,

par une vision justes. Si nous voulons com-

muniquer une émotion, il faut, d'abord,

que nous la ressentions ou que nous nous ima-

É gimions la ressentir avec justesse. Si nous pré - tendons suggérer une image, il faut que, Hate

3 d’abord, nous l’ayons dans l'esprit et qu’elle

soit fidèlement imitée de celle que l’auteur a

eue devant les yeux en créant ce que nous vou- me

lons traduire.

Parlons, aujourd’hui, de sentiment.

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