‹ Du chantChapitre 38 sur 41 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

à à propos de Chopin :

cisément, il faut. qu’elles soient conscientes, #

le prolongement d’une impression d'art.

difficile de « composer » une vision inspirée d r É

Eee + Éhers de chante —— Fe sur= tout des chanteuses, s'empresssent, une. fois la * à * dernière note chantée, de détruire par légèreté, Le par insouciance, et j’oserai dire par manque de déférence envers l’auteur, l'effet poétique où. sentimental qu'ils ont produit. Pendant la ritournelle finale, ils plient la musique qu’ 218: tiennent à la main, ils souriént, ils parlent bas à l’accompagnateur pour prendre une conte nance, que sais-je encore ? George Sand Éerit, + 0

« Parfois, après avoir plongé Son auditoiré dans un recucilléement profond ou dans une.

triste douleur (car Sa musique Vous mettait, parfois, dans l'âme, des découragements atroces, Surtout guand il inprovisait), fout. ‘à COUP, 00 comme pour enlever l'impression et lé souvenir de sa douleur aux autres et à lui-même, il Se \ tournait vérs une glace, à à dérobée, arret È geait ses cheveux et sa Cravate, êf Se montrait éransformé en Américain fleomatique, en vieil lard impertinent, en Anglaise sentimentale, en. Juif polonais. » %s

Ces fantaisies sont permises, parfois, dsl “ l’intimité, celles-là et bien d’autres ; maïs, pré

aber intentionnelles, justifiées par l’es-.

prit ou l’autorité du talent. On ne saurait re ni admettre en principe, le sansgêne qui consiste à amputer ainsi, brusquetients 4 |

Reveñons à nos évocations. Il. n est pas

la Marine, de Lalo ; les mots et la musique D Li

be":

dr. +:

ici, RE rement descriptifs. I] suffit ‘de s’y conformer. Pourtant, il faut que le chant et la respiration rappellent. constamment, durant

ce morceau, qu'on est au milieu des vents et

des brises ; une émission trop stricte, une diction trop nette, trop correcte, affaiblirait cette impression de large, empêcherait qu'on sentit. flotter autour de soi les ambruns et que l’on devinât dans le ciel le vol éperdu et neigeux des mouettes. Il n’est, d’ailleurs, question ni d'écume ni de mouettes dans ces vers ; c’est moi qui les y mets, et Je m'en excuse. Mais que

voulez-vous ! Quand on prend l'habitude dé l’hallucinatiôn, on ne sait plus où s’arrêter.

. PT e e L e LI e ® . L ® ° e # L

Dans Ze Cimetière, de Fauré, 1l est question

aussi de la mer, mais incidemment, vers le

milieu du morceau seulement, et par contraste avec le cimetière paisible où il est si doux de reposer. Et, pourtant, Je ne sais pourquoi, je la sens présente dans tout le morceau et sans

que rien l'indique ; c’est près de la mer que

je situe ce cimetière rustique. Il me semble qu’elle fait un fond, et peut-être est-ce pour cela que je mimagine ce tableau en Bretagne et que la nature environnante ne m’y apparaît

pas florissante et touffue. Ceux qui assistent

à ce convoi sont des paysans graves et pieux. Tout cela compose un ensemble qui m’oblige à chanter ce morceau d’une voix dénuée de vibrations, d’une voix comme résignée,

de couleur uniforme, d’une voix en teintes

plates, par laquelle j'aimerais exprimer le rêve à la fois candide, désabusé et sérieux

d’un paysan breton.

204 2 CSN CAES

ea

e s . , e . ‘ e e CL e e + . . °

Vous avez vu, tout à l’heure, dans Vemse, de Gounod, un aspect de Venise, la Venise furtive et nocturne, avec ses petits canaux sombres, pleins de murmures, avec ses toits éclairés par les reflets de la lune, son mystère, et son étrange parfum. Dans la Barcarolle, de Fauré, vous verrez une autre Venise, une Venise plus aérée, plus joyeuse, plus vivante, celle du quai des Esclavons, celle du Rialto. Il faut en donner l'impression par la couleur de la voix comme par le martèlement des consonnes, par la lar-. geur des nuances, la franchise du son, la robuste indolence de l’allure. — Et ainsi de suite. |

MESDAMES, MESDEMOISELLES, MESSIEURS

Æa: première fois que nous nous sommes :

3 retrouvés ici, après trois mois, j'ai déclaré que ne nobserverais pas, dans ces quatre conférén- 2 2 ces, un plan défini ; que je ne m'en tiendrais pas ne aux titres annoncés ; que nous ferions, au gré

du caprice, des haltes ou des explorations dans AE

le domaine du chant ; qu'il fallait me suivre

‘avec confiance, sans me demander : «Où

= llons- nous ? » ; qu'il me fallait ma liberté Te

que j'étais décidé à traiter les sujets annoncés,

à mon heure, à ma convenance, et non dans ;

l’ordre annoncé. Or, qu’ai-je fait, en définitive ?

Je me suis, tout simplement, conformé au pro-. : “gramme, Ma première conférence a traité de la à décadence du chant. Dans la deuxième, nous avons parlé de l’expression ; la troisième a été consacrée à es formes du chant évocateur * et descriptif ; aujourd’hui, après avoir 2 Ph nnoncé que Je FA res de ceci et de cela, jé me prépare à vous parler tout bonnement du Dsor, ainsi que le décrétait l’affche.

Logiquement, il m’eût été impossible, étant | donné ce que je vous ai dit jusqu'ici, de ne pas aboutir à la nécessité et à l’importance du

L ë ie A LE Wa FA ra 4 so e ô Ru) 20 Us Miles 5, à EP 2 F ne Li + : û Do var oi En effet, je n’ai cessé We répéter,

ces séances, qu’un chanteur habile devait — >. der et employer, selon les cas, tous les procédés | de son art, les faisant servir tantôt à l'expression des sentiments. tantôt à l'évocation des D. milieux et des objets, appliquant ces procédés avec opportunité, avec discernement, avec goût Je devrais me borner à dire : avec gogf; car, lorsque le chant n’est pas régi par le cœur.

(et, vous savez, on ne dérange pas le cœur. D | Comme ca, pour rien), que le chant n’est pas 5 ” guidé par le sentiment, par le pathétique, par More l’effusion directe du cœur, c'est le goût. qui oo discerne, qui décrète, qui préside à tout. Il faut qu'il soit partout et agisse de cent facons à la fois. Songez donc ! Pas un seul détail. du : sacrifice vocal qui ne soit soumis à son bon plaisir Mais, d'abord, précisons.

re Par goaf, nous n’entendons pas, ici, “cette RE toenlté supérieure, transcendante de concevoi ii le beau et qui engendre l'esthétique. Nous n pouvons demander à tous les chanteurs d'être, # à proprement parler, des gens de goût, car cette … exigence réduirait encore le nombre si restreint. des chanteurs possibles. Par got, nous enten- dons un instinct ête de plusieuss instincts) +

no. “rgictle spontanément ce qui doit faire tache

aller : à ne ie ce que ne se propose. ï vous le répète : il entre beaucoup. d’esprit dan

a Pb To

ce genre de goût, et, aussi, le sentiment et la crainte du ridicule, C'est sans doute pour cela qu’en matière de chant les femmes ont plus de goût que les hommes. Je ne veux pas dire que . les femmes, en général, chantent mieux, mais” elles pèchent moins souvent que les hommes par manque de goût. L’habitude de veiller à d’innombrables détails de leur personne visible, l’obligation instinctive, impérieuse et naturelle où elles sont de se montrer sous l'aspect le plus favorable, maintiennent perpétuellement en travail chez elles cet instinct si prompt et si sûr qui veille à tout ; les femmes ont presque toutes un mouvement habituel, irréfléchi, qui est . de se regarder dans la glace et ce perpétuel contrôle n’est pas sans utilité. Or, 1l faut que. - le chanteur stimule continuellement l' activité de son goût en se regardant sans cesse dans un miroir imaginaire et se surveille scrupuleusement, afin de rectifier, d'améliorer tel ou tel détail de toilette vocale.

Observons un peu les façons diverses dont peut se manifester l’action du goût.

Se

Et, d'abord, comment, sans l'aide du goût, choisir ce qu’on doit, ce qu’on peut chanter ? 11 y a là une question délicate et qui ne saurait être résolue par la logique. Vous avez une voix de grand soprano ; donc, il vous faut chanter les grands sopranos lyriques. Et si vous n’en avez pas le physique ? Si la voix répond seule en vous au caractère d’un grand soprano lyri que ? Je cite ce cas, précisément, parce qu’il s’est présenté à moi.

ae Je RS auver une petite. rson petite, mince, guillerette, avec un canot L orné d’un ruban écossais, et disant :

Niy

'« AhIice que ’ai le trac ! Oh ! là là !

mais ce que } rai le Le !

Bas L’air de Die à. Carthage. 5 de fr = à ;

don Carthage ! Quels mots formidables ! … Cette petite créature n’en était pas épouvantée 0 Elle chanta ; sa voix était belle,” ample, di proportionnée à sa minuscule personne ; cet voix était le trésor de cette PANIERS Mais, lin

EME tri tb

à “are toute sérieuse pour - he 3 ae | mettait autant d'âme qu’elle pouvait. Que :

dire? Que toute son âme, multipliée par mille me ne ferait jamais une parcelle de l’âme de Di-. don ? Pourquoi désoler cette jeune femme 1e si se D'ASOR sa belle voix

: A tte petite ne avec sôn at. re. A petit canotier? Je ne l’ai plus revue ; Ras se) je devine tout ce qu'a pu lu valoir +.

- déconvenues cette disproportion de sa to de son po surtout Île contraste de

“voix : et “de son re. — car “ 'est BR où Je veux en venir.

La nature peut se de des libertés et

des fautes que nous ne devons pas imiter Ne chantez pas ce que vous ne pouvez sentir, . même si votre voix semble s'y préter. Je suis

moins choqué par les contradictions que je.

remarque souvent entre les morceaux et les voix, qui les chantent que par l’incompatibilité

absolue qui sépare souvent les morceaux de la

personnalité des chanteurs. Que voulez-vous ! Je

ne puis me faire à ce dédain des paroles que pratiquent tant de professeurs. Pour eux, le.

sens d’un morceau importe peu. Qu'est-ce que cela fait que ce jeune baryton soit rougeaud, inculte et vulgaire ? Il chantera l'air d'Henri IT, du ko; malgré lu, s’il a les notes qu'il faut.

Cette jeune élève est monumentale et timide.

N'importe ! Elle chantera l'air de CAérubin, car, dans cet air de Chérubin, on a introduit

un-$52 bémol, pianissimo, que Mozart n’y avait

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