‹ Du chantChapitre 7 sur 41 · CRUE · texte numérisé non relu

CRUE

l'amour sont autant d’inspirateurs pour l’âme,.

qui, alors, éprouve la nécessité absolue de s’épancher ; et comme les mots sont très secs, et Surtout trop peu nombreux chez les hommes et les femmes de culture simple, d'éducation

bornée, qui, en général, sont les auteurs des

chansons populaires (et qui, par cela même qu’ils ont une âme simple, sont plus aptes à res-

sentir fortement et plus portés à manifester-

leurs sensations), comme les mots ne leur suffisent pas, ils chantent ces mots pour leur donner plus de force et plus de sentiment.

Mona (1), l'une des plus poétiques parmi les chansons de la -Basse-Bretagne, évoque une

jeuné fille plongée dans la douleur pär Paban-.

don de celui qu’elle aime et qui l’oublie. Il s'agit d’une jeune paysanne. Nous sommes, ici, tout près de la nature. Ne nous avisons pas, si nous savons chanter, de laisser voir que nous savons chanter. Ayons l’air de chanter parce que nous ne pouvons pas faire autrement,

(r) Bouroault-Ducoudray : Chansons de la Basse-Pte-

lagne: | D CS

pandions le trop- E de notre CŒUT. Vous me direz que ce n’est pas Mona Ë elle-même qui chante, mais une personne qui la - dépeint pleurant « près des saules de la riparie » C'est vrai. an ue Rue di ra

Et comme, je de Fébète, nous sommes ici en .

ne pp Bretagne, il faut que ce récitant, cet humble rapsode qui est censé chanter, soit imprégné de Bretagne, de cette tristesse de la ande, de tous ces effluves du large aux relents doux et amers. Et, surtout, il faut une voix É un peu plate, point du tout ronde ni vibrante,

une voix naïve et plaintive, dépourvue de 7ou- 2 blardise, une émanation dolente, saturée de méancolie, aux prolongements un peu traînards,

se reflète l'égalité paisible et morne de l’exisence que mène ce peuple de pêcheurs ét de se

L re ce résignées à la PRESS

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| Cette sorte de platitude de la voix donne # aux mots et à ce qu' ils évoquent une simplicité fruste, équivalente à celle que M. Cottet répand : ir. les personnages de ses tableaux bretons. ans la petite chanson que je vais vous dire.

aintenant : Ma douce Annette (1), il y a un alogue ; il est charmant, naïf, tendre et doux. ais, vous le savez, les paysans sont timides, rtout en amour, et les paysans bretons plus ore que les autres, HR ce petit dialogue,

Chansons de la Barr he

où l'on entend d'abord le jeune Homes puis la | jeune fille, il ne faut pas faire de nuances, fe accentuer avec intention tel où tel mot. Ils sé

parlent tout bas, les yeux baissés. Leur groupe ressemble à un tableau de primitif. Il lui a pris la main et 1lest tout confus lui-même de cette grande audace. Rappelez-vous les marins dés livres de Loti, comme ils sont tremblants, maladroits, dès qu’ils ont à parler à leur fiancée, à celle « que leur cœur aime tant », comme dit une vieille chanson. Il faut s'inspirer de tout, quand on chante ; il faut, pour employer un.

mot de pédant, que le chant soit plein de références, qu’il ne sorte du larynx qu'après avoir fait un Stage dans le cœur, et surtout dans le cérveau, où ilk-s’approvisionne d’idées, de pen

sées, d’intentions dont l’auditéur ne perçoit. ‘qu'un résidu, — mais dont il remarque fort bien

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l’absence dès qu'il n'est ni ému ni charmé.

Je vous disais, tout à l’ heure, qe je ne chañ-

terais pas la chanson des Trois Jeunes Me)

cesses comme la chanterait la bonne femme qui l’a composée. En effet, comment doit-on chanter les chansons poptülaires ? Les gens de la campagne qui les chantent, — et qui.les chantent souvent avec une jolie voix et une.

grande simplicité, — les chantent toujours ma- Chitialément, en accomplissant un devoir, une .

besogne, en berçant un enfant, en filant, en tri. cotant, en se livrant à un travail rustiqué, eñ fauchant, en glanant, en épluchant des us

en faisant la cueillette, en tressant des pa-. o niers, etc Le chant emprunte alors at.

rythme manuel ou corporel une cadence régu-

lière, les mots sont prononcés d'une façon uni-. *F

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