‹ Du chantChapitre 9 sur 41 · RUE · texte numérisé non relu

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a malheureux 2 à te dans leur paresse et leur Dauer Passons.

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Naturellement, je ne vais pas vous faire

ici un cours de physiologie. Je ne le pourrais

pas, d’ailleurs, sans l’aide de planches anato-

miques, — et, en passant, je m'étonne que les professeurs n’emploient pas pour leurs leçons un modèle simple et bien fait de l’'appa-

reil respiratoire et vocal, sur lequel ils pourraient indiquer avec précision bien des choses qu'il est fort difficile de faire comprendre à

qui n’a aucune idée de la forme des organes

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qui servent à chanter, ni de leur fonctionnement. J'ajoute que parmi les grands chanteurs, 1l s'en est trouvé qui ignoraient absolument comment ils chantaient. M Lilli Lehmann, qui est la cantatrice la plus savante de notre époque, dit, dans son traité, après avoir minutieuse-

ment et magistralement décrit certains phéno-

mènes de mécanisme vocal

« Adelina Patti fut la plus grande. chanteuse italienne de mon temps. Tout, chez elle,

était absolument beau, impeccable et pur ; sa

voix résonnait comme une cloche qu'on avait l'impression d’entendre longtemps après la fin de ses dernières vibrations. Cependant, elle ne pouvait donner aucune explication sur son art

et réphquait quand on la questionnait à ce sujet : « Je ne sais pas du tout comment je

fais, » (1).

C’est que chez elle l'instinct vocal était

(x) Lilli Lehmann : Mon art du chant.

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a qu’il hi tenait et de tout. Où ne, saurait. exiger des chanteurs qu'ils possédassent tous ce don au même degré que M Patti ; mais, quand on ne possède à aucun degré l’instinct vocal, on n'arrive jamais à bien chanter, — travaillât-on sans relâche. On est doué pour le chant comme on l’est pour les mathématiques 4 ou pour la peinture. Le jour où l'on se pèr- 4 suadera de cela, on évitera bien des dé ceptions cruelles. Le don vocal est indépendant de la voix, comme |” éloquence est indépendante de la prononciation et le génie chorégraphique indépendant de la beauté du corps. La volonté " peut presque tout en matière de chant, si elle est guidée par l'instinct vocal; sinon, elle dé- À meure inutile. La voix a de l'importance, mais 4 une importance secondaire. Une belle voix n est. ‘1 pas forcément compatible avec l'instinct vocal. "= Une belle voix, cela pousse n importe où et Fe tort qu'on a est de croire que là où ilyaune belle voix on trouve forcément un chanteur.

C'est comme si l'on disait qu’une femme qui a de jolies jambes dût forcément devenir une grande danseuse. Le don vocal peut, à lac :

sueur, se passer de voix, du moins s’il ne s’agit . que de faire plaisir à dés connaisseurs, tandis ei k que la voix ne peut pas Se passer du don vocal. où, du moins, pour charmer les gens de goût.

y Le premier moteur vocal, le principe absolu … du chant, c’est la respiration. Les auteurs dé - méthodes, les professèurs, ont raison d’accotder

à la respiration une grande importance ; seule-. ment, ils ont tort, ce me semble, de vouloir im-

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poser, eu selon sa éénrérma tion propre,

une manière invariable de respirer. Les traités de chant devraient tous contenir üne liste com- plète et soigneusement établie des différentes façons de respirer. L'élève, en admettant qu’il fût sérieux, appliqué, devrait choisir lui-même

après de longs et nombreux essais, la façon qui

convient le mieux non seulement à la forme de ses poumons, de ses côtes, de son larynx, mais aussi aux mouvements instinctifs de ses muscles, à ses nerfs, à son maintien général, à -toute sa personnalité physique. En eétet 1 s’agit moins d'apprendre à respirer d’une certaine manière que de contrôler la façon dont on respire naturellement et de l’employer consciemment, méthodiquement, d’après les circonstances vocales où l’on 8e trouve.

x La respiration, c’est le chant même. Mais enténdons-nous. Il y a deux gentes de respiration : la respiration physiologique (la respiration

proprement dite, cellé qui fait le fond, la base du chant), et la respiration expressive. Occu-

pons-nous d'abord, de là respiration propre-

ment dite.

Elle se compose de deux mouvements: l’aspi-

ration et l'expiration. Ce qu’il y a de plus dif- ‘

ficile, ce n’est pas d’aspirér, d'emmagasiner une …. certaine quantité d'air; c’est d’expirer, La diffih cuité de l'expiration consiste en ce qu'il faut … nc laisser échapper de souffle que la quantité nécessaire à alimenter le son. La voix, vous le savez, n’est autre chose que du souffle qui sort des poumons et que le larynx transforme en son par la vibration des cordes vocales,

Les cordes vocales sont des cartilages assez

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doutes les Le vocales prises ! » 5 deux :

Mais contentons-nous, si vous le voulez bien,

la respiration thoracique, qui S effectue par

aboli ou à peu près), leur ait, pendant des an- CE nées, rendu impossible toute dilatation di

Mais, en définitive, et si l’on veut simplifier les choses, il y a deux cordes vocales, contrat x rement à ce que croient la plupart des gens qui semblent attribuer au larynx la forme d’une. Le. harpe ou d’une guitare. Une chanteuse m’a dit . un jour : « Je suis affreusement grippée, A 3

Les ‘cordes vocales, en vibrant, chargent de son le souffle qui passe entre “elles deux. Ce 2 z souffle n’existerait pas sans Îa respiration. : Donc, encore une fois, la respiration est à la 4 base même du chant. Il y a plusieurs façons < de respirer. Rossini aurait dit quil y en avait. k: la bonne et la mauvaise. Maïs ce serait là faire de l'esprit, et nous sommes trop sé rieux, n’est-ce pas, mesdemoiselles ? pour faire … de l'esprit. Il y a donc plusieurs façons de respirer; il y en a même d’ A

d’en reconnaitre trois. ee

Il y a ce qu’on appelle désagréablement. 4 ne respiration abdominale ; elle s’effectue par. l’abaissement du diaphragme et qui fait pénétrer l’air jusqu'à la base des poumons ; il y a :

l’écartement des côtes ; et, enfin, la respiration & par le sommet des poumons. Mais cette respiration- là, une respiration « d’oiseau blessé », est à éviter. Beaucoup de femmes l'emploient soit par paresse, soit que le corset (aujourd’hui

thorax et qu aies se int is abris AT | respirer en soulevant simplement la me es Pc même un peu les épaules, ce qui est forts 7 laid et en outre extrêmement fatigant. FRE La respiration abdominale est excellente,

- surtout au théâtre. La respiration des côtes ci . paraît aussi avoir des avantages. J'irai plus

loin : je crois même que la respiration d’«oi- . seau blessé » peut parfois servir utilement et que nous devons savoir respirer de toutes les manières, en employant chacun de ces modes de respiration selon les circonstances. ce Le

Avant tout, la respiration doit être aisée ou du moins le sembler et ne doit pas plus atti- | rer l’attention qu elle ne le fait dans le-dis + cours parlé. | Quand nous parlons, nous respirons, Car, Si eh nous ne respirions pas, nous mourrions ; seule- ALES ment, nous ne songeons pas à respirer. Quand s nous prononçons un discours, quand nous som- mes dans la fougue d’une discussion, ce qui nous fait prononcer une quantité considérable Mebde mots à la suite e uns des autres, nous ne Mat nous-disons pas : t. Attention, il faut que Je 00 …__ respire ou je vais couter » On dit rarement, se “. par exemple : À SA ARRSE bec « Monsieur, j'ai été désolé d'apprendre que 3 … Mile votre fille était souffrante, mais je sais …. qu'elle va mieux et j'espère (respiration) qu’elle - pourrra bientôt sortir. » Fe à Pourtant, on respire. Quand ? Où ? On n’en A M sartrien. Il faut qu’il en soit de même en chan- 704 tant, 1l faut que l'auditeur le croie, Certaines A, PE personnes respirent très peu ên. chantant; 4 Me crois quelles nofñt pas tort : les :res- … … pirations trop fréquentes ne facilitent point

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a | DU CHANT. à

le chant et peuvent même lui nuire Mais des maîtres (comme, par exemple, M. Faure, dans son livre si intéressant, La Voix et Le Chan” conseillent de respirer souvent et de prendre peu d’air à la fois. Je ne doute pas que M. Faure ait raison. Et, pourtant, il me semble qu'un chant constamment entrecoupé par des respirations ne peut véritablement ressembler à la parole (et rappelons-nous que nous voulons avant tout, que le chant ne soit qu’une parole plus belle, qu’il s'inspire toujours du langage parlé).

Si je respire rarement (je ne prétends pas me.

poser en modèle, mais simplement citer un exemple), si je respire rarement, je garde long-

temps le souffle, ou, du moins, je le laisse

échapper en quantité minime, D’ ailleurs, je ne

respire pas que d’une seule manière. Parfois,

après avoir contracté le diaphragme et aspiré à fond, je me cale — pour employer l’expression de M® Lehmann —— sur mes côtes supérieures comme sur deux supports, et j'expire lentement ; je sens alors mon diaphragme reprendre lentement sa place normale, mais avec l'impression que l’air sort en très petite quantité et que mon diaphragme agit avec une grande prudence.

D' autres fois, Je me rends très bien compte qu’ après avoir aspiré toujours de la même manière, je laisse, ensuite, tout à fait libres les muscles de mon diaphragme et que l’air s’échappe d’une façon beaucoup plus libre.

D'autres fois encore, je respire sans rentrer le moins du monde l'estomac, et il se trouve, je ne sais comment, que je possède uñe quantité suffisante d’air pour alimenter mon chant pen-

nt peu arr pour soutenir un son. Le … Voyez, je fais à peine osciller la Ban LR d’une allumette où d’une bougie tandis que

j'expire en chantant...

ë Pr est certain que si Je prononçais des con- 4 …sonnes telles que le 3, l’#, l’#, ls, le c, le 3 ou le d, la flamme bougerait, mais ce serait à | cause de la poussée d’air causée par les con- sonnes et non à cause de mon souffle chantant. Si je dis : « Quand la fleur du soleil, la rose - de Lahor », la flamme remuera à cause de - quand, à cause de fleur, à cause de soleil, etc. r Mais si je chante la même phrase en suppri- - mant les consonnes et si Je dis : « And a eur … oeil », au lieu de : « Quand la fleur du soleil », la flamme ne boue pas. .

Ce n’est pas seulement en chantant un son isolé que je pourrai laisser la flamme immo- - bile : voici un petit passage de Hændel, où le même résultat est obtenu malgré l’arabesque | sinueuse de la ligne mélodique :

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| respirer devant une bougie allumée sans que la me osC

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Il est donc bien acquis que l'indispensable, en matière de respiration cest de ne. point laisser échapper plus de souffle qu'il n’en faut pour alimenter le son, et je trouve que les professeurs s'occupent trop de l'inspiration du souffle et pas assez de l'expiration. Non seulement l’expiration lente et parcimonieuse permet de phraser sans secousses et sans saccades, mais encore de nuancer le son à l'infini, de l’enfler depuis un Zéanissimo presque inaudible jus-

qu'à un forlissimo éclatant, de choisir dans la palette innombrable des nuances celle qui convient à la note et au mot, de modeler l’inten-

sité du son sans difficulté et avec une grande

délicatesse, ce que l’on ne peut absolument pas

- faire quand on laisse sortir du souffle en abon-

… dance, et surtout quand on n'en à pas en pro- | vision.

à Encore une fois, le chant, c’est du souffle

imprégné de son, C’est par la force qu’on donne au souffle, par le diamètre qu’on lui impose au moyen du larynx, du voile du palais, de la langué, des lèvres par les modifications sans - nombre qu'on lui fait subir, c’est par tout cela qu’on chante bien ou qu'on chante mal. Il ne faut pas croire qu’on puisse bien chanter et mal respirer ; c’est là une chose impossible, illogique et que peuvent seuls croire les gens qui n’ont jamais chanté (vous n'ignorez pas qu’il s'en trouve beaucoup parmi les professeurs.)

Je vous l’ai déjà dit, la respiration n’est pas

seulement une nécessité matérielle ; non seulement elle nourrit le son et le gradue, mais encore elle offre aux chanteurs un moyen

d’ expression très important. | Je n’ai plus besoin de vous répéter que lors-

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ï ble et avec toutes ie Re de durée et d'espace ; que les: choses, les milieux. qu'ils évoquent, les pensées qu ils traduisent, doivent leur suggérer une couleur et un accent $ spéciaux. Mais il faut encore que, par des in- terruptions sensibles: ou à peine indiquées, par - a des temps presque imperceptibles ou au con- …

traire prolongés, leur groupe varie, s’harmonise,

. s’équilibre, forme des masses diverses qui per- #0 mettent au sentiment de se manifester, à la $ description. d’agir de façon complète et eff HCdCe Cest M respiration qui. détermine tout cela. Telle phrase devra être dite d’une même coulée, sans la moindre interruption ; telle au- … tre coupée s ystématiquement ou irrégulièrement, diversifiée par des séparations de longueurs différentes. Il faudra que tel mot soit en lu- mière, monté, présenté isolément ; que tel auetre, au ‘contraire, se dérobe, s ’efface, se voile. % dans la brume du souffle. Telle respiration ne. devra pas être perçue par l’auditeur ; telle au :tre devra s'imposer, être marquée, presque hote d'après les nécessités de l'expres- > sion. C’est le goût et la personnalité de chacun 6 Qui déterminent tout cela. Ce qu’il faut obteon, c'est que l'auditeur ne s 'aperçoive jamais … qu'on respire parce qu'on n'a plus de souffle. Quand le besoin matériel de respirer s'impose, il faut toujours justifier, excuser cette respira tion, il faut qu'elle semble exigée par les se des paroles où par le sentiment. + LISE La routine, l'habitude font que les personne % qui entendent hotes ne S ’étonnent pas, en & £.

L les surprendraient dues L Bnase Dee Fe Y'a Jà une convention établie depuis des siècles, ee - dont les chanteurs profitent. Je trouvé: qu'on 71% doit, le plus souvent possible, éviter d’en pro fiter ; on renouvelle, on rajeunit bien des mor- Enee ceaux fatigués par un usage long et médiocre, on redonne à la musique une nouvelle vie, en rétablissant une respiration conforme au ‘bon Fe sens. RER Dans la musique du XVII° et du XVIII° dite Ce où, souvent, 1l y a de longues vocalises, — vous l’avez vu par ce fragment de Hændel, que 477 je vous ai chanté tout à l'heure, — on Auot ne qu'il $oit permis de prendre des respirations très arbitraires, soit dans le courant d’une pro- | position, soit avant un mot essentiel, parfois même au milieu d’un mot, si ce mot est placé sur une longue vocalise, Je crois qu’on PES presque toujours l’éviter. | 6 Dans un petit air de Hændel, que Je vais vue vous chanter et qui, je m’empresse d'ajouter, n'est pas parmi les plus difficiles, il y a ainsi deux ou trois cas où la respiration est assez longue et où je m'arrange pourtant de façon a ne pas l’exécuter contrairement au bon sens. Exemple : Ant.

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