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Marquis dr Maiiléoii

SIXIÈME CAUSERIE. 29b

lops et lavoir montée en courses, sur sa facilité de conduite et la finesse de sa bouche ; nous restâmes rêveur et nous eûmes pour lui un sentiment d'admiration. C'est plustardseiilementquenous comprimes, en obtenantpersonnellement le môme résultat avec tous les chevaux, que la difficulté de conduite, attribuée par nous à ce bon animal, devait être imputée à nous seul; nous ne savions pas nous servir de cet outil affiné.

Nous sommes même arrivé, ayant un cheval très chaud à monter en course, à nos débuts, croyant le tenir enfin, ^i l'empêcher de marcher de telle sorte que ce cheval qui, avec sa qualité, devait galoper en tête du lot et arriver facilement, n'a jamais été dans la course; à l'obstacle, lui n'osant pas se livrer, nous, sentant qu'il ne se livrait pas, nous avions perdu toute confiance et nous finies une course déplorable.

Que n'avons-nous su alors ce que nous disons plus haut et ce que nous avons appris à nos dépens?

Avez-vous un cheval chaud, partant comme une flèche pour se mettre en tête au départ, ne l'arrêtez pas, laissez-le faire, ou bien vous allez tout enrayer; quand il aura fourni sa pointe, vous le reprendrez, vous le dirigerez comme vous voudrez.

« Ces chevaux », me disait un de nos inaitres en courses, le capitaine de Vésian, avec lequel je me suis rencontré plus tard dans le même régiment, « sont assommants à monter à l'exercice où l'on veut, où l'on doit régler le train, ils vous arrachent les bras et vous fatiguent horriblement, mais, en course, c'est là où on se rattrape. « Ah! tu veux marcher, eh bien! marche maintenant, »

Et cela vaut cent fois mieux que d'user leur énergie en les faisant lutter contre la main et en voulant, quand même, rester derrière ou dans le lot; une fois la pointe, qui a permis de prendre la tête, fournie, o?i règle son train devant, voilà tout.

Et c'est par application de cette tactique que nous gagnâmes une course de haies le 5 mai 1895, à Angoulême, avec Nora — Nougat et Féroza — à notre ami r.elbert, très facilement.

Saisir la tête et, sans la lâcher jamais, permettre à l'impulsion de se produire avec le maximum d'intensité, la main servant seulement d'appui et d'agent de translation indicateur et régulateur, tout est là.

Quel apprentissage à faire avant d'en arriver là, si on n'a pas un conseiller expérimenté pour vous éclairer!

Nous avons commis de grosses erreurs autrefois que nous signalons sans vergogne.

Craignant de ne pouvoir tenir, en course, un cheval très chaud qui nous appartenait, nous essayâmes de la bride et... nous osons à peine le dire, une fois même, de la martingale.

Quelle folie, ou plutôt quelle ignorance! Mais, ne vous moquez pas, nous avons été bien puni; nous avons pris, à Vichy, eu 1888, avec la martingale, une tape de premier ordre, et nous avons fait, avec la bride, la course déplorable que nous signalions tout à l'heure.

Inutile de vous dire que nous n'avons pas tenté de nouveaux essais avec des engins du même genre.

Les occasions de prendre part aux courses sont très rares maintenant, hélas! depuis que le règlement nous impose l'objet d'art et de telles conditions qu'il semblerait que l'autorité veut nous arrêter dans cette voie '.

La pratique seule, cependant, permet de résoudre ces problèmes difficiles entraînant, en quelques instants, l'emploi le plus raffiné des aides et mettant à l'épreuve les qualités maitresses qui doivent prédominer chez

I. La circulaire du 2 juin et l'instruction du 12 novembre 1903 ont déjà apporté des modifications très heureuses, mais il y a encore beaucoup à faire pour encourager les jeunes officiers à monter (>n courses, nous le répétons.

l'officier : le sang-froid, la hardiesse, riiabileté de conduite.

Et c'est ainsi que, après avoir appris à nos dépens, nous avons pu courir et gagner plusieurs fois avec le même cheval que nous ne pouvions tenir en l)ride, le montant en filet et le conduisant alors à notre guise, et avec bien d'autres.

Et c'est ainsi ((ue, à l'entraînement dont nous nous occupons toujours, tous les chevaux que nous avons entrepris— et condjien ! — prennent leurs galops avec fruit et sans aucune peine pour nous, quand, autrefois, par manque d'habileté, nous en prenions tous les deux, faisant ainsi un mauvais travail.

Voyez comme les chevaux à l'entraînement sont calmes, voyez-les passant au travers des voitures pour se rendre à l'hippodrome, montés par un lad de quinze ans, ou attendant leur embarquement en wagon pendant que les locomotives sifflent, soufflent, et que les trains vont et viennent auprès d'eux. Pas un ne bouge.

C'est que l'entraînement est le meilleur travail d'assouplissement; le système musculaire, étiré parles galops, ne s'emploie qu'à bon escient et les réflexes ne sont plus impressionnés par tous ces agents extérieurs. Ces bons animaux réservent leurs forces pour le moment de l'épreuve et la préparation les a mis à même de ne pas les employer inutilement.

Quand un cheval dérobe à l'obstacle, à l'exercice, il est à remarquer encore que les moyens employés pour le ramener ou l'empêcher de dérober sont faux, en général, et favorisent même son incartade.

En effet, il y a lieu d'obseivcr que le cheval dérobe toujours ou presque toujours, du même côté. Pourquoi? Sans doute parce qu'il dérobe du côté où il est le plus souple, puis, parce que, en faisant effort sur les rênes pour le ramener, ù gauche s'il dérobe àdroile.

VOUS lui donnez un point d'appui avec la rêne d'opposition, qui est alors la rêne droite, et il se sert de ce surcroît d'appui pour emmener davantage.

Et d'abord, assouplissez le côté gauche que le cheval contracte, raidit, pour refuser d'aller à gauche, puis, quand, en vue de l'obstacle, il commence à dérober, redressez brusquement la machine, la tête en particulier dans l'autre direction, la gauche, et cela, au moyen d'un effet rapide des rênes et en augmentant l'impulsion ; le cheval sera alors entraîné comme malgré lui par la disposition et l'action, dans la direction contraire à celle qu'il veut prendre. Et si ce premier efiet ne Ta pas ramené complètement sur l'obstacle, vers la gauche, recommencez-le, dans le but, si vous ne pouvez du premier coup lui faire passer l'obstacle, de le faire dérober à gauche. Ce sera déjà un résultat, une victoire, et, en limitant l'écart, vous le ramènerez fatalement, sinon aujourd'hui, demain. Emmenez-le donc à gauche et, s'il veut dérober à droite encore, sa dérobade à droite lui fera passer l'obstacle.

Mais, à l'obstacle, ce dont il faut se persuader, c'est que toutes les fautes proviennent d'un manque d'impulsion, de ce que le cheval, en se retenant, au lieu de faire venir et d'engager l'arrière-main, marque un temps d'arrêt qui décompose le saut, diminue l'effort et est cause de la chute de la masse.

Il y a donc lieu de faire le contraire de ce que l'appréhension nous suggère souvent, marcher, marcher et solliciter l'arrière-main en employant surtout la jambe d'action, jambe du galop, et rester en communication avec la pointe, la tête, pour la relever, et redresser ainsi la masse en cas de faute.

Et il faut remarquer encore queplus l'obstacle est gros, moins la chute, si elle venait cependant à se produire, peut occasionner de casse, car le mouvement ascensionnel nécessité diminue la force de projection sur le sol.

iropos Ile la Le jockey Tod Sloaii a mis en pratique le premier, en oute ji rame- prance, la monte à l'américaine gui a donné et donne

:alne. ^

tous les jours des résultats tels qu'il a eu de nombreux imitateurs.

11 y a lieu de considérer deux choses dans cette façon de mouler : la tactique et la position.

La tactique consiste à utiliser Teffort du cheval dès le commencement de la course; le cheval, monté ainsi, prend la tête, gagne une grande distance sur ses concurrents qui se mettent à sa poursuite, usent leurs forces prématurément et sont à bout de souffle et de jambes pour lutter à la fin, quand ils arrivent à rejoindre le « leader » .

Mais, une fois cette tactique connue, elle ne devait pas tarder à perdre une grande partie de sa valeur, par le fait que les concurrenis ont procédé par imitation.

Il n'en est pas moins vrai que les courses, prises d'une façon générale, doivent y gagner, car la vitesse en sera augmentée — dans la préparation, en effet, l'entraineur est amené à exiger des sujets une mise sur jambes plus rapide et une plus grande puissance de souffle — et le système musculaire sera mieux utilisé, puisque tout soneffort, dont une partie était employée à lutter contre le jockey qui voulait le tenir en arrière ou dans le lot, sera destiné entièrement, après avoir élé réglé à l'exercice, à fournir du mouvement en avant.

C'est ainsi sans doute que les Américains ont obtenu, dans les courses de leur pays, des vitesses supérieures aux nôtres.

La position est le deuxième point à considérer. Le cavalier, juché sur le pommeau, avec des étriers très courts et les genoux très remontés, se couche sur l'encolure et va prendre les rênes très en avant, tout près des mors.

Cette position du corps est évidemment des plus favorables au mouvement en avant, le centre de gravite' de l'homme, au lieu d'être maintenu en arrière ou sur

la même verticale que celui du cheval, étant en avance, contribue à entraîner la masse en avant, et l'arrièremain, complètement déchargé, est libre de s'employer avec toute sa puissance.

Tous les muscles de l'avant-main, tendus en avant, prédisposent la masse à s'étendre sur le terrain par le fait que le cheval, sentant l'instabilité de son équilibre, est amené à précipiter la manœuvre de ses membres, — avec des chevaux énergiques comme ceux utilisés pour les courses, la chose est toujours possible — pour que la ligne de gravitation ne sorte pas de la base de sustentation, de la partie antérieure en particulier, car le centre de gravité du cheval est amené alors à la limite extrême en avant, et les mouvements d'élévation et d'abaissement de la masse sont réduits au strict minimum ; les muscles de l'encolure en particulier, prenant tous la direction en avant, on voit la masse de l'encolure venir sur les mors, cherchant encore à les gagner à chaque foulée : à l'arrivée surtout, tout l'agencement s'emploie pour le mouvement en avant, tandis que, avec le rouler employé précédemment, il y avait une sorte de retard apporté au déplacement du centre de gravité en avant au moment où le jockey, suivant la foulée, s'asseyait et produisait un refoulement avec les bras et l'assiette.

Il n'est pas douteux que cette position du corps, très grotesque pour le moment, ne donnant aucune garantie de solidité et séparant les deux centres de gravité, se rectifiera tout en conservant sa situation avantageuse dans le déplacement du centre de gravité, et on a pu voir déjà, on voit tous les jours, les résultats que cette monte donne, puisque tous les jockeys qui, même sansFavoir pratiquée en Amérique, l'ontadoptée, avec leur facilité d'assimilation, gagnent des courses comme les professionnels d'outre mer ^

1. Le résultat du grand prix, eu 1902, a été le suivant : premier, Kizil-

L'influence exercée sur le centre de gravité est la base de l'équitation.

L'équitation, poui' utiliser la masse préparée au moyen d'assouplissements, est donc basée sur l'influence à exercer, par le cavalier, sur le centre de gravité.

Celui-ci étant encadré par les jambes et les rênes, de façon que le cheval ne puisse Finflueucer lui-même que pour se conformer à la volonté de celui qui est appelé à l'utiliser comme monture, le cavalier se comporte comme sur une bicyclette. L'impulsion *, sollicitée par les jambes, vient à la main qui influence la partie avant, la tête, comme il influencerait le guidon en pressant du côté où il veut aller et en déplaçant son buste en conséquence.

Vous voulez aller en avant, penchez le corps en avant, et plus vous voudrez d'accélération de vitesse, plus vous devrez accuser ce déplacement de votre corps en avant; vous voulez aller à droite, à gauche, penchez le corps de ce côté; vous désirez ralentir, exercez votre influence sur le centre de gravité en penchant le corps en arrière ; vous voulez arrêter,

Koui'fjan, à 51. de Saiut-AIary ; dead beat pour la deiixiomo place, Betz, à il. Camille Blanc et Ma.rimum, à i\I. de Brémond. W. Pratt, qui montait Kiz-il Kourgan, est de la vieille école, mais G. Stern, qui pilotait Retz, et W. Laiie, qui dirigeait Maximum, ont franchement adopté la nouvelle méthode. En 1003, trois chevaux à M. Ed. Blanc, Quo vadis, Caïus et Vinicius ont gagné le grand prix dans cet ordre, et c'est encore W. Pratt qui pilotait le gagnant.

En 1904, y4jaa;, à M. Ed. Blanc, est arrivé premier, battant Turenne, le premier monté par G. Stern, le deuxième par Ransch, affirmant ainsi l'etTicacité de la monte américaine.

En 1905, !'"■ Finasseur, à M. M. Eplirussi, monté par N. Turner; 2» Clyde, à M. Veil-Picard, pilotée par Cormack: 3" Strozzi, au comte II. de Pourtalès, monté par O'Connor.

1. Les jambes, se comportant comme celles du bicycliste, pédalent tour à tour, s'adressantà leur postérieur, et cette action intermittente, devenant instinctive, n'entraîne pas plus do difficulté pour le cavalier, qu'elle n'en compoi'tepour le bicj'cliste.

arrêtez -VOUS vous-même ; vous voulez que votre cheval entre dans un coin, au manège en particulier, entrezy vous-même; vous-voulez sauter un obstacle, sautezle vous-même, d'esprit bien entendu, autrement dit, ayez la ferme volonté de sauter. Et de la sorte, l'impulsion s'écoule là seulement où elle trouve une issue, comme l'électricité dans un circuit ou sur une ligne télég-rapbique.

Et Téquitalion, comprise et pratiquée ainsi, devient d'une facilité extrême et est mise à la portée de tous; et tous les problèmes, quels qu'ils soient, peuvent êlre résolus.

Quand le cavalier, pour obtenir un résultat, emploie ses aides, cet emploi résidte, soit d'une combinaison instinctive, soit d'une combinaison raisonnée, mais on peut être certain, si le résultat est acquis, que la combinaison, instinctive ou raisonnée, a influencé dans de bonnes conditions le centre de gravité. Si la combinaison est raisonnée, c'est que la pratique et l'expérience vous ont donné la preuve, précédemment, que, pour o])tenir le résultat désiré, l'emploi de vos aides devait être tel que a'ous l'exercez; si la combinaison est instinctive, recherchez les raisons pour lesquelles votre tact vous engage à agir ainsi et vous les trouverez encore dans une heureuse influence exercée sur le centre de gravité; et, une autre fois, pour acquérir le même résultat, votre combinaison, qui était instinctive jusqu'alors, deviendra raisonnée. Et, par l'habitude, elle deviendra de nouveau instinctive, en ce sens que nous l'emploierons spontanément, d'une façon réflexe^ au moment voulu et en connaissance de cause.

Il y a quelques années, dans mon régiment précédent, je fus amené, sur le désir de mon colonel, à dresser un peloton de chevaux k se coucher comme le font ceux des cavaliers cosaques.

.l'écrivis à Loyal et à Franconi afin de connaître les

procédés pratiques qu'ils employaient en pareille circonstance.

J'opérais sur un fort lit de paille; la jambe droite du cheval, repliée sur elle-même, était attachée au moyen d'une étrivière; le cheval était muni d'un surfaix auquel j'avais fait fixer nn anneau dans lequel glissait une corde qui venait s'attacher à une entrave placée au paturon de la jambe gauche. Je faisais cabrer le cheval en donnant des petits coups de cravache sur la jambe gauche et, au moment où il s'enlevait, je tirais sur la corde de façon à replier également la jambe gauche et je faisais tomber ainsi le cheval à genoux. La pratique me fit découvrir bientôt un moyen plus simple et, supprimant l'étrivière qui maintenait la jambe droite repliée sur elle-même et qui était un procédé un peu barbare, je mis une entrave à chaque pied et une corde passant dans des anneaux fixés au surfaix de chaque côté; je faisais cabrer le cheval et, sur l'enlever, tirant les cordes pour replier les membres, je faisais reprendre terre sur un, puis sur les deux genoux. Je prenais alors la rêne gauche et, relevant légèrement la tète en l'attirant vers la gauche pendant que, appuyé en arrière de son épaule, je poussais la masse vers la droite, je le versais. J'avais agi ainsi sur son centre de gravité que j'amenais, en rompant l'équilibre, à venir toucher terre. Une fois le cheval couché, je le maintenais avec la rêne en relevant légèrement le bout du nez en l'air et vers la gauche, car le cheval a besoin encore d'étendre son encolure et sa tête en avant pour se lever; la rêne venait ainsi relever la tête à gauche, empêchant l'encolure de se redresser, pendant que, en appuyant légèrement sur son épaule, je maintenais le centre de gravité à terre et la masse étendue à mes pieds.

Plus de quarante chevaux passèrent ainsi entre mes mains sans que la plus petite égratignure ne soit sur-

venue ; quand le cheval était à terre, je lui faisais donner de l'avoine. Bientôt je pus supprimer les entraves, que je faisais remettre du reste quand le besoin s'en faisait sentir de nouveau, et je versais le cheval ^^ar le seul effet de la rêne opérant pour le versement pendant que, placé en arrière de l'épaule, je poussais la masse jusqu'à ce qu'elle versât.

Je procédai de même le cheval étant monté, prescrivant alors au cavalier, muni d'une bag-uette, d'en donner des petits coups sur l'épaule droite, en disant : « Couche-toi », pendant que je versais le cheval. Au bout de peu de temps, le cheval se couchait tout seul sous le cavalier à l'indication de « couche-toi » coïncidant avec de légers coups de baguette portés sur l'épaule.

J'eus bientôt trente chevaux se couchant ainsi à l'indication de leurs cavaliers, auxquels j'appris à les maintenir à terre en s'appuyant sur le cheval et en maintenant légèrement relevé en l'air le bout chi nez.

C'est encore par l'influence exercée sur le centre de gravité que ce résultat était obtenu ; l'homme, par son poids, le maintenant à terre, et empêchant le cheval, avec la rêne, de l'influencer en allongeant l'encolure pour le relèvement.

A la fête du régiment, nous imaginâmes une petite pantomime. Un chef de Peaux-Rouges arrivait, faisait coucher son cheval, et écoutait, l'oreille collée sur le sol. D'autres sauvages arrivaient à leur tour, et tenaient conseil en fumant le calumet; bientôt, un bruit de grelots se faisait entendre, une diligence, — la diligence classique, — approchait; les Peaux-Rouges la prenaient d'assaut. Le peloton de chevaux dressés à se coucher et montés par nos chasseurs en tenue arrivait alors et les cavaliers, après avoir fait coucher leurs chevaux à la manière des Cosaques, tiraient des coups de fusil abrités derrière.

Je dois dire, pour rester dans la vérité, que celte fête ayant lieu le li octobre, anniversaire d'Iéna, et la pluie s'en étant mêlée, un certain nombre de ces chevaux, n'éprouvant pas de goût, même avec de l'avoine en perspective, à s'étendre dans la boue, firent des difficultés pour se coucher.

Nul doute que, en poursuivant ce dressage, on ne fût arrivé .à forcer ces chevau.x à se coucher dans tous les terrains, pierreux ou mouillés, mais je m'en serais bien gardé, étant donné que le résultat ne pouvait avoir, en campagne, aucune application pratique.

Ce qui est intéressant à constater et à retenir, c'est que, pour obtenir le renversement de la masse aussi bien que pour empêcher le relèvement avant le moment voulu, on s'est ailressé encore au centre de gravité.

Avec de la sagesse, du calme et de la patience, on peut donc entreprendre tous les dressages et, avec de la méthode et du raisonnement dans l'emploi des aides ou des moyens, arriver toujours à un bon résultat.

Dressage Xortoa-Smilli.

Je veux dire un mot des procédés de dressage employés par l'Américain Norton-Smith, du cirque Barnum, non pas pour en conseiller l'emploi, mais pour eu raisonner les résultats.

Au moyen d'une bride dite d'entraînement, faite en tissu de coton extrêmement souple et comportant trois parties, l'une, en corde, formant mors, une deuxième, passant par-dessus l'encolure à la manière de l'enrènement imaginé parle capitaine de Colbert, la troisième formant longe et passant dans trois anneaux, la mâchoire est ramenée contre l'encolure dont les contractions sont brisées par le rapprochement de ces deux parties l'une

306 DU CHEVAL BIEN MÛ ET BIEiN MIS.

vers Taiitre, toutes les fois que Ton tire sur rextrémité" de la longe; le cheval se trouve ainsi pris de telle façon qu'il est paralysé dans ses mouvements de résistance de la mâclioire et de l'encolure dès qu'il fait un mouvement en arrière, tandis que le mouvement en avant amène le desserrement du système et la liberté, comme réchappe ment à la contrainte.

Dès que le cheval a éprouvé ces différentes sensations, dont les unes lui causent de la souffrance et les autres un soulagement, il recherche celles-ci en se portant en avant et, même, par suite de la décontraction succédant à la contraction, il se précipite en avant en s'élança nt.

On le soumet alors à des épreuves qui vont agir sur son système nerveux de telle façon — casseroles s'entrechoquant, jet de vapeur lui arrivant dans le nez etc. — qu'il en conservera le souvenir pendant toute son existence, à. l'instar de ce qui se passe pour un enfant qui ne touchera plus à un objet qui l'aura brûlé.

Il se familiarise en outre avec ces bruits et, en raison de leur exagération même, il ne s'effraiera plus de ceux moindres qui viendraient à se produire ensuite dans le courant de la vie journalière. Enfin, s'il cherche à s'échapper par la fuite, ou bien il est contenu ou, mieux, le bruit continuant ou un nouveau plus épouvantable encore peut-être se produisant quand il se jetie d'un coté pour échapper, il se forme en lui de nouveaux réflexes n'entraînant plus les mêmes conséquences.

C'est ainsi que, à l'apparition des bicyclistes, les chevaux ont été effrayés à la vue de ce nouvel objet et, bientôt, n'y ont plus fait attention; et il en est de même pour les automobiles. En province, l'animal, en rencontrant un par hasard, fait un écart tandis que, à Paris, au bout de très peu de temps, chaque cheval, appelé à vivre dans ce milieu d'enfer, se familiarise rapidement avec tous les épouvantails rencontrés et navigue au

milieu d'eux sans mrnie s'en préoccuper. Et en efiet, s'il voulait s'en garer, il aurait fort à faire et, pour échapper à un teuf-tenf, il tomberait sans doute sur un jet de vapeur, sur un auto ou sur un plot électrique.

A propos des raids courus récemment.

La mode est aux raids et elle est à encourager ; c'est une des meilleures façons en effet, avec la participalion aux courses, de susciter et d'entretenir les qualités qui doivent être mises en jeu à la guerre : le sang-froid, l'énergie, l'endurance, l'entrainement, la volonté de vaincre, en y ajoutant toutes les connaissances de conservation du cheval. Mais, en raison même des efforts extraordinaires demandés aux chevaux et aux cavaliers, les conditions de ces épreuves doivent être minutieusement étudiées si l'on ne veut pas aller à l'encontre du but.

Dans la course Bruxelles-Ostende, qui eut lieu le 27 août 1902, le lieutenant Madamet, montant Courageux — Border-Minstrel et Hypothèse — a parcouru les 132 kil. en 7 heures (6''5'i-'"51') et a été classé premier; le second, lieutenant Deremetz, montant Vulcain demi-sang, a fait le parcours en 7^22'"16'; le troisième, lieutenant Haentjens, montant Balynuna, irlandais, a employé 7''33"16'; le quatrième, lieutenant Romieux, montant La Cale d'Or, pur sang, a mis 7''35'". Les quatre premiers étant officiers français, c'est une belle victoire pour notre cavalerie; mais, sur soixante-et-un chevaux ayant pris part à la course, dix-sept sont morts, dix-sept n'ont fait que 100 kil. et quatorze n'en ont fait que 59.

Il aurait fallu, pour éviter ce déchet, fixer un minimum et un maximum de temps.

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Les conditions du raid Paris-Deauville organisé, sous le patronage du Ministre de la guerre, par « les Armes et les Sports », couru les 12 et IV août 1903, ayant été mieux réglées, cette épreuve, dont le lieutenant Bausil. du 28' dragons, montant Midas, clemi-sang, sortit vainqueur, donna de tout autres résultats.

Dans la première partie du parcours, qui avait lieu la nuit, Paris-Rouen (130''), les concurrents ne devaient pas dépasserune vitesse moyenne de 10 kil, à l'heure; minimum 13 heures, maximum 15. La deuxième partie, de Uouen à DeauvilJe, 85 kil. effectuée le surlendemain \h août, était libre comme allure et parcours. Les trente-deux concurrents ont fourni la première étape et deux seulement ont été éhminés.

Le lieutenant Bausil \ classé premier, a fait les 85 kil. de la deuxième étape eu '4-''14'"51'; le lieutenant Jouin, montant /m.srt;'y^ pur sang, classé second, en 4''18'"; le lieutenant Allut, montant Porte, pur sang, en V''18°'2'.

Deux mois auparavant, le 5 juin, le lieutenant Bausil, montant Midas, accompagné du maréchal des logis Peynau, du 28' dragons, avait couvert les 400 kil. qui séparent Sedan de Bruxelles, et retour à Sedan, en 50 heures; la vitesse de marche fut de 10''500 environ à l'heure et les chevaux arrivèrent en très bon état.

Dans le premier raid Vichy, couru en 1903, des détachements, composés d'officiers et de sous-officiers, devaient parcourir des distances variant entre 160 et 240 kil. : temps minimum, 30 heures, maximum, 36 heures. Les plus rapprochés firent une moyenne de 4^900 à l'heure; les plus éloignés ne dépassèrent pas 6^700. Chevaux et cavaliers arrivèrent en 1res bon état. Les départs avaient eu lieu le 4 juillet et avaient été

1. Dans lin ouvrage intitulô Paris-Rouen-Deaaville, le lieutenant Bausil a relaté des observations, a3'ant trait aux soins à donner au cheval pour lui faire imrcourir do longuivs distances, qui sont intéressantes pour tous.

SIXIEiVlE CAUSERIE. 309

combinés de façon que l'arrivée eût lieu le 5 entre 9 heures et midi. Le lendemain, eut lieu un concours de sauts d'obstacles dont le classement a été le suivant

Cavaliers ayant parcouru plus de 200 kil. — Officiers premier, capitaine Francolini, 1"" hussards; deuxième lieutenant Trochu, 20' dragons. — Sous-officiers premier, Hugonneau, 20'' dragons; deuxième, Zon, 1" hussards.

Cavaliers ayant parcouru moins de 200 kil. — Officiers : premier, lieutenantde Montmorin, 10° chasseurs; deuxième lieutenant Chaurand. — Sous-officiers : Poirier, 16" chasseurs; deuxième, Lernat.

Dans le raid Tien-Tsin-Pékiu, les 12G kil. ont été parcourus en 7''33 par M. Sommier, civil allemand, classé 1''', et en T'^SV 1/2 par M. Morling, civil anglais.

Le deuxième raid Lyon-Vichy, couru du 2 au 5 juillet 190i, devait se faire en quatre étapes :

2 juillet, de Lyon à Saint-Étienne 58''500;

3 juillet matin, de Saint-Étienne à Montbrison, 33 kil. 3 juillet soir, de Montbrison à Noirétable, \\ kil.

i juillet, de Noirétable à Vichy, 62^500.

Les trois premières étapes devaient se faire à une vitesse minimade 11 kil. à l'heure et maxima de 13 kil. La dernière étape, de iNoirétable à Vichy, était à allure libre.

Sur les vingt-cinq chevaux qui y prirent part, trois seulement furent éliminés en cours de route et un succomba à l'arrivée '.

La moyenne de vitesse soutenue pendant les trois premières étapes a été de 13 kil. à l'heure, mais elle a été portée à 23 et 22 par les premiers arrivés dans la dernière.

Le classement définitif a été le suivant :

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