CONTRACTIONS UTÉRINES
Cette question a été bien étudiée par Winckel, de Dresde, par Kurowicz, Lusk, Pinard, et je vais énumérer succinctement les résultats qu'ils ont obtenus. Naturellement ces auteurs n’ont pu expérimenter que sur des femmes en travail normal, car les constatations eussent été impossibles sur des éclamptiques ; mais leurs conclusions n’en peuvent être infirmées. Winckel constate que les intervalles des contractions sont allongés. Dans sa première observation, les intervalles qui n'étaient que de 1”4” en moyenne avant qu'on n’eût donné le chloroforme, atteignaient pendant son administration une durée de 2’ 10”. Dans la deuxième observation ils passèrent de 4’ 25” à 442”.
La contraction elle-même était influencée non pas dans ses périodes d'augmentation et de décroissance qui restèrent à peu près les mêmes, mais dans celle d'acmé qui tomba de 42” à 26” seulement.
Kurowicz arrive à des résultats analogues; les intervalles qui étaient de 2’ 52” atteignirent pendant l’anesthésie une durée de 4° 30”; la période d’acmé ne durait plus que 32” au lieu de 52.
Nevins avait déjà constaté que dans le tiers des cas les contractions sont plus rares et plus faibles; bien plus, Rigby les a vues deux fois totalement suspendues.
Le docteur Lusk, de New-York, dans un mémoire sur ce sujet, affirme que le chloroforme peut suspendre la contractilité utérine
et conclut en particulier que pendant l’anesthésie chirurgicale, le
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chloroforme diminue la fréquence et la durée des contractions, la diminution portant presque exclusivement sur la période d’acmé et que, poussée jusqu'au coma, l’anesthésie fait disparaitre les contractions.
Les observations de M. Pinard l'ont amené aux mêmes conclusions et Tarnier partage cet avis.
Enfin, dit M. Pinard dans sa thèse d’agrégation, la commission désignée par le Royal medical and chirurgical Society ayant posé aux accoucheurs anglais la question suivante : « Lorsque le chloroforme est donné de façon à produire l’anesthésie profonde, paralyse-t-il, d'après votre expérience soit les contractions utérines, soit les forces adjuvantes de la parturition? » L'analyse des 28 réponses à cette question donna les résultats suivants :
Dans 8, il est dit qu'il paralyse ou diminue les contractions utérines ;
Dans 3, qu'il paralyse ou diminue les forces adjuvantes.
Dans 14, qu'il paralyse ou diminue les deux.
Dans 3, qu'il n'influence ni les unes ni les autres.
Et le Comité lui-même formule ainsi sa conclusion : « Un anesthésique donné de façon à produire une insensibilité profonde suspend dans beaucoup de cas les contractions utérines et les forces adjuvantes de la parturition, ce qui peut obliger à avoir recours à la version et à la délivrance instrumentale ».
Dans une observation dont j'aurai lieu de parler encore, le docteur Spire, dit : « On donne du chloroforme ; le travail est entravé et l’on est obligé de recourir au forceps. »
Ce résultat n’a pas lieu de nous étonner après ce que nous savons de l’action du chloroforme sur tous les tissus de l’économie et en particulier de son effet coagulant sur la fibre musculaire. Celle-ci perd momentanément son activité physiologique et l’accouchement en est forcément retardé.
Quelques auteurs ont avancé que ce désavantage était compensé 4 M
par la dilation plus rapide du col. C'est possible, mais il faut se rappeler que l’éclampsie elle-même produit une dilatation des plus rapides, tellement que des primares ont accouché en quelques instants ). D'autre part, s’il est admis que la dilatation se produit tout mécaniquement sous la poussée du fœtus, la contraction des fibres longitudinales de l'utérus ne lui est pas non plus étrangère. Or cette action est diminuée. En pratique, la théorie que nous venons de citer n’est pas justifiée par les faits et dans nombre d'observations (Triaire, arch. de Tocologie, observation ne II, etc.), la dilatation du col sous le chloroforme s’est fait longtemps attendre et a même dû être provoquée par l'emploi des
moyens artificiels.
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