‹ Du choix d'une carriere. --Chapitre 10 sur 13 · OC · texte numérisé non relu

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de latin chez le curé ou le maître d'école, et qui en avaient gardé des notions précieuses? "

Je connais un vieillard de quatre-vi^igts ans qui est dans ce cas; il n'était pas bachelier. Quand la retraite l'a frappé, il s'est remis au latin, et il lit Horace avec plaisir. Nous pourrions citer de nombreux cas analogues dans la bour geoisie française élevée par les anciennes métho des. Dans l'enseignement classique actuel, beau coup de jeunes gens n'en savent pas plus long C'est à peu près aux anciennes classes de gram; maire que s'arrête la culture, pour beaucoup ; l partir de la troisième, la préparation technique les absorbe; ce qu'ils savent de latin, ils l'ont si dès la quatrième. Ceux qui ont vraiment des apti P' tudes continueront; à ceux qui n'en ont pas c'est le moment de dire : cela suffit ! Sat prak biberunt!

M. LE Président. — Vous considérez que l'en seignement secondaire peut être achevé ven quinze ans, qu'ensuite on fait, en réalité, de.' '^' études professionnelles.

M. Hanotaux. — Nous n'avons pas le courage de comprendre qu'à quinze ans un jeune homm(|^i est un petit hommC;, et qu'il doit prendre soi parti dans la vie. Pourtant, nous avons toui connu des hommes que les nécessités de l'exis tence ont obligés à prendre une profession i quinze ans et à qui le fonds d'instruction qu'il: avaient à cet âge a suffi. Nous traînons, dans de

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lasses où l'on est en appétit de baccalauréat, des 1 apacités irréductibles. Celui qui est incapable

quinze ans le sera à dix-huit ans, mais l'échec t la piqûre d'amour-propre seront alors plus finsibles.

! M. LE Président. — H y a une objection qui laît de notre état social. Beaucoup d'enfants ne [euvent pas entrer en huitième pour faire des jtudes latines, parce qu'ils restent à l'école prinaire beaucoup plus tard.

M. Hanotaux. — J'admets l'ordre social; je l'ai pas la prétention de le supprimer, de changer m pays dans lequel il y a une partie de la nation [ni ne saura jamais le latin et le grec. Pour ceux [ui ont des aptitudes particulières, il y a l'interention de l'État.

M. LE PRÉsmENT. — Peutou, à huit ans, diserner les vocations.^

M. Hanotaux. — On le fait actuellement. Je ne licrche pas à innover; je ne suis pas un sociaisle ni un intégral, je prends les choses comme lies sont.

M. LE Président. — Sans être socialistes, ceraines personnes désirent retarder l'étude du atin pour permettre des sélections successives.

M. Hanotaux. — Je ne suis pas de cet avis. H aut apprendre le latin à l'âge où l'on apprend de inémoire, parce que, quand l'enfant comprend, il le veut plus apprendre.

J'ai appris, dans mon village, le Pater sans

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savoir ce que c'était; je le savais admirablement. Je suis entré en huitième au lycée, j'avais neuf ans, j'avais ma petite instruction primaire. Nous avons répété rosa, la rose, et les racines grecques sans difficultés. S'il avait fallu les apprendre en quatrième, nous nous serions plaints. Or, comme il faut bien savoir ces éléments, il vaut mieux les faire apprendre à l'âge où l'enfant subit les impressions sans raisonner et la masse ne doit pas attendre les bien rares exceptions auxquelles vous faites allusion.

Bien entendu, j'adhère fortement au système des bourses qui draine tout ce qui est capable. Mais celui qui aime réellement ceux qui travaillent ne les pousse pas à faire, de leurs enfants, des fruits secs et des déclassés. Puisqu'il y a une certaine partie de la nation qui peut faire certains sacrifices, apprenez, le plus tôt possible, à ses enfants ce qu'il faut qu'ils sachent, et jetez-les ensuite, comme les autres, le plus tôt possible^ dans la vie pratique.

M. LE Président. — Vous voulez faire com mencer de bonne heure l'enseignement secondaire et le faire achever plus tôt ?

M. Hanotaux. — Je dis que la vie moderne impose des exigences nouvelles; il faut qu'on soit prêt de bonne heure. Il faut préparer aux enfants un bon et solide esprit, des qualités ded raisonnement, une âme forte; ensuite on peut^ les lancer dans la technicité, dans la profession- ^

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nalité. A partir de quinze ans, il faut que l'enfant soit capable d'entrer dans la vie. D'ailleurs, dans les écoles professionnelles, l'instruction générale ne sera pas négligée ; on n'y apprendra pas seulement à manier le marteau ou le rabot, ou à tenir des livres, La culture générale trouvera encore ici sa place.

M. LE Président. — Le caractère professionnel y dominera.

M. Hanotaux. — C'est cela.

M. LE Président. — Que devient l'enseignement moderne?

M. Hanotaux. — L'enseignement moderne actuel disparaît ou plutôt il a sa place naturelle dans les écoles professionnelles.

Ce que je voudrais, c'est une forte constitution de l'enseignement professionnel.

M. LE Président. — On pourrait arriver aux écoles professionnelles en passant par l'enseignement primaire supérieur?

M. Hanotaux. — Je l'ai dit; c'est là que se fait cette jonction de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire dont j'ai parlé. C'est dans les écoles professionnelles que se réuniront les jeunes gens sortant, soit des écoles primaires, soit des lycées, et ils y seront sur le pied d'égalité. C'est là qu'il y aura cette heureuse confusion des capacités que la démocratie est en droit de réclamer. 9

J'ai indiqué que, pour entrer dans les écoles

supérieures et les administrations de l'État, le diplôme de l'école professionnelle pouvait servir; actuellement, pour entrer, par exemple, au Ministère des Affaires étrangères, le diplôme de l'École des hautes études commerciales suffit, comme la licence en droit. Il n'y a qu'à élargir ce système.

M. LE Président. — Le baccalauréat devient le premier grade de la licence es lettres ou es sciences, et non une sorte de passe-partout...

M. Hanotaux. — Qui ouvre la porte, mais qui trouve, le plus souvent, la chambre vide.

M. LE Président. — Vous maintiendriez la liberté d'enseignement?

M. Hanotaux. — Je considérerais comme un mal la suppreasion de la liberté d'enseignement.

Il faut que, pour la formation de l'esprit et du cœur de ses enfants, chacun puisse choisir les maîtres qui lui conviennent.

M. LE Président. — Il faut qu'il y ait des Jésuites... (Sourires.)

M. Hanotaux. — Vous rappelez le mot du cardinal de Richelieu ; il ne s'agit pas seulement des Jésuites. L'enseignement libre, sous toutes les formes, doit avoir sa place dans la société. Mais Je laisse à l'État la collation des grades.

M. GouYBA. — Dans votre système, le baccalauréat est le premier degré de l'enseignement supérieur et conduit aux facultés des lettres ou des sciences. L'exigerez-vous pour entrer dans les facultés de droit?

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M. Hanotaux. — On pourra se présenter à un examen de droit sans baccalauréat. Le baccalauréat sera un élément d'appréciation, comme le diplômeMes écoles professionnelles. Il y aura un examen d'entrée à l'École de droit et à l'École de médecine. Si vous le passez, vous pourrez continuer les études.

M. LE PRÉsmENT. — Pcrsonnc n'a plus de question à poser?... Monsieur Hanotaux, nous vous remercions de votre déposition.

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