‹ Du choix d'une carriere. --Chapitre 11 sur 13 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

II y a quelque temps, dans un interview qui eut du retentissement, un homme d'État russe, M. Witte, raillait l'esprit casanier et routinier du Français : « Ce sont des rentiers, disait-il, de petits rentiers ; ils se contentent de détacher leurs coupons; ils n'ont pas l'esprit d'entreprise; ils ne sortent pas de chez eux; ils ne font pas de grands travaux publics. » Voilà donc l'opinion qui s'est accréditée au sujet de la France des Lesseps, des Pasteur et des Marchand! Le jugement est sévère. Que, du moins, la leçon nous profite.

Faisons un retour sur nous-même. Avouons-le, on emploie mal l'activité de la jeunesse française. Un double mal , legs du passé , l'entrave : le préjugé scolaire, le préjugé bourgeois. Chez les parents et chez les enfants, la crainte des responsabilités prolonge inutilement les études; la

vanité et la pusillanimité encombrent dangereusement les professions parasitaires.

L'agriculture, le commerce, l'industrie, les colonies sont délaissées ou dédaignées. Les forces de la nation, — ou d'une certaine classe de la nation, — se perdent dans une canalisation compliquée ou se heurtent à des barrages qui font une eau croupissante de ce qui devrait être un impétueux torrent.

C'est cet état de stagnation de la jeunesse française — stagnation dont elle n'est pas responsable — qui a été ma préoccupation dominante tandis que j'écrivais les pages qui, peu à peu, ont fait ce volume. J'ai pris à partie le double préjugé; j'ai marché sur les taupinières; j'ai mis, après tant d'autres, la pioche dans le barrage antique, — le baccalauréat.

Je me suis placé au point de vue « pratique » comme on dit, et j'ai montré dans l'application journalière, le mal que d'autres avaient signalé dans les principes. Les professions bureaucratiques, les métiers de robe sont encombrés; ils regorgent de candidats à la médiocrité, à la gêne, à la misère vaniteuse; les autres carrières sont abandonnées, tandis qu'elles rémunéreraient largement les initiatives et les bonnes volontés.

Avant tout, il fallait obtenir la réforme scolaire. On vient de l'entreprendre sous nos yeux. L'œuvre n'est pas parfaite, tant s'en faut, mais c'est un commencement. Une bonne partie de la

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