DEUXIÈME PARTIE
Nous n’entrerons pas dans des discussions théoriques , nous ne ferons pas l’histoire du choléra-morbus et de ses causes, parce que nous ne pourrions que reproduire des données plus qu’incertaines. Nous indiquerons seulement ce qu’il y a de positif dans l’invasion et la propagation du fléau , abordant sans délai ce qui touche à la méthode préservatrice et curative la plus ratio nelle à opposer au mal. Nous devons à un médecin français, le docteur Lemaire, exerçant à Saint- Pétersbourg, et spécialement chargé de l’organisation et de la surveillance des soins à donner dans un des principaux quartiers de cette ville, où règne le choléra, quelques indications que nous ferons connaître ; mais nous avons remarqué que la plupart des moyens qui , en Russie , peuvent être suivis d'un salutaire elfet, 11e pourraient être administrés dans nos climats avec les mêmes avantages, et peut-être sans inconvéuiens.
Les Russes contractent de bonne heure l’habitude do prendre des liqueurs fortes ; les stimulans ordinaires ne suffiraient pas pour émouvoir chez eux la sensibilité des organes ; en France nous ne pouvons nous guider avec les memes erremens, le vin doit y remplacer l'alcool, les aromatiques végétaux, les anti-spasmodiques diffusibles, les préparations cordiales, etc.
Pour arriver au but que nous nous proposons, nous ferons la distinction des causes prédisposantes des causes efficientes du choiera , de celles inhérentes aux individus , de celles qui leur sont étrangères ou accidentelles , et le simple bon sens fera apprécier tout d’abord notre manière de procéder, car pour qu’il fût loisible d’agir autrement, il faùdrait que la maladie fut toujours la meme, qu’elle se manifestât constamment avec les memes symptômes, et qu’elle ne permît jamais ces classifications par types (i), qui ne prouvent rien autre chose que la préoccupation de l’observateur qui a décrit la même maladie , modifiée naturellement comme elle devait l’être , selon la sensibilité relative et la constitution générale et particulière des divers sujets sur lesquels elle a été observée. Cette critique subsiste
(1) Ainsi que cela a eu lieu dans le Journal des Ddba'.s .
pour toutes les observations qui n’ont pas eu pour base l’appréciation sévère des faits et des symptômes qui les éclairaient.
Les causes prédisposantes du cboléra sont de plusieurs sortes; les principales tiennent à 1 absence de l’énergie morale ; à la crainte qui paralyse l'action cérébrale et rend les organes moins aptes à éliminer les agens délétères qui ont pu être introduits dans l’économie.
Il en est d’autres qui résultent de l’habitude de vivre des individus; les uns manquent du nécessaire, les autres font excès de tout. Rien n’est plus propice à l’invasion des maladies que les écarts dans le régime, soit qu’il y ait surabondance , soit qu’il y ait défaut ou seulement irrégularité des soins qui doivent présider à la nutrition et à l’exercice des fonctions en général.
Parmi les causes prédisposantes , il faut en outre compter l’habitation ou le séjour prolongé dans des lieux malsains, peu aérés, où un grand nombre d'individus se rassemblent pendant un certain temps : encore les tempéramens nerveux et bilieux.
11 faut mettre au premier rang des causes efficientes du choléra-morbus la présence des vents qui ont traversé les contrées où règne l’épidémie, le séjour dans les lieux contaminés ; l’intlucnce de la température atmosphérique , son passage
subit du cliaud au froid , et toutes ses variations lorsqu’elles ne coïncident pas avec un changement de saison , et qu’elles sont brusques et vivement marquées. La malpropreté, les abus dans le régime, et toutes les causes prédisposantes cidessus détaillées, deviennent déterminantes de la maladie lorsqu’elles sont exaltées ou multipliées.
11 y a des causes qui sont inhérentes aux individus , c’est-à-dire que ces dernières sont dans des circonstances particulières qui favorisent l’invasion de la maladie; telle est la faiblesse de la constitution , le sexe féminin, l'enfance, la vieillesse.
Les causes accidentelles sont celles qui viennent spontanément faciliter le développement du choléra en affaiblissant les organes ou en occasionnant le trouble dans leurs fonctions. De ce nombre sont toutes les maladies auxquelles l’homme est en proie, et qui se manifestent pendant la présence de l’épidémie.
Après avoir classé et énuméré les principales causes du choléra , il nous reste à décrire cette terrible affection et à en indiquer les symptômes précurseurs et caractéristiques. Nous passerons ensuite à l’examen des moyens propres à s’en préserver, et à en procurer la guérison. Toutefois nous n’entreprendrons pas de récapituler tous
les phénomènes qui se sont présentés à l'imagination des médecins qui nous ont transmis des observations sur le choléra , nous résumerons seulement les accidens qui se montrent le plus constamment, et qui caractérisent la maladie.
Les signes précurseurs du choléra - morbus sont : une agitation insolite et spasmodique des membres et des traits de la face ; ceux-ci sont fortement contractés comme dans la frayeur -, le regard est fixe et inquiet ; le visage , les mains et les pieds se refroidissent. Lorsque de tels accidens se manifestent, il faut sans retard commencer le traitement du premier degré de la maladie. {Voyez plus bas.)
Le choléra-morbus est caractérisé par des douleurs violentes à la tète, des nausées , le hoquet, avec sentiment d'ardeur à l’estomac et de sécheresse à la gorge. Prostration générale, respiration convulsive et renversement de la tête en arrière. Soif vive ou nulle , vomissemens abondans de matières floconeuses ou liquides, rougeâtres, jaunâtres ou vertes : évacuations alvines de même nature. Contraction forte des muscles de l’abdomen qui est très sensible à la plus légère pression , douleurs d’entrailles continuelles et déchirantes. Bientôt le ventre se rétracte en arrière ou se ballone : spasme général , stupeur, refroidissement de la peau , qui est couverte d’une
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excrétion glutineuse. Le trouble de la circulation est considérable; le pouls est alternativement fort , fréquent , irrégulier , insensible et rare ; il se manifeste des palpitations, quelquefois suivies de syncope. Si ces accidens ne sont pas promptement combattus, la mort est imminente; Cependant l’on a vu quelques sujets revenir à la vie par les seuls efforts de la pâture, au moment où leur état semblait le plus désespéré , et avait fait renoncer à suivre un traitement qu’on croyait devoir être impuissant.
Tous les individus atteints du choléra ne le sont pas à un degré aussi violent , et il ne faudrait pas attendre pour mettre en usage le traitement du second degré que la plupart des symptômes indiqués ci-dessus se manifestassent.