‹ Du choléraChapitre 3 sur 5 · TRAITEMENT PRÉSERVATIF · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PRÉSERVATIF

C’est en combinant les précautions hygiéniques avec des moyens prophylactiques plus püissans, que l’on arrivera à des résultats satisfaisans; dans tous les cas, leur emploi aura cela d’avantageux que le mal sera combattu par anticipation; et s’il se manifeste malgré leur usage , nul doute que son action ne soit considérablement moins funeste.

Le traitement préservatif général consiste a habiter des lieux sains, élevés et aérés; à entretenir constamment la propreté la plus minutieuse dans les habitations et les vêtemens; a faire usage d’une nourriture saine, suffisante à l’alimentation, en évitant l’usage trop abondant des fruits crus, particulièrement du raisin.

Les boissons seront rafraîchissantes et toniques, jamais stimulantes. L’usage du vin mêlé avec de l’eau de rivière bien dépurée, celui de la bière est fort bon. Il faut s’abstenir des boissons alcooliques. Le café ne convient qu’aux personnes qui en ont contracté l’habitude : on le prescrit en Russie, ainsi que le vin de Madère et le rhum, comme moyen préservatif; mais nous avons déjà fait remarquer que la sensibilité des organes est soumise aux habitudes des sujets et à l’influence du climat. La nourriture se composera d’un mélange à peu près égal de viandes rôties et bouillies et de légumes non farineux.

Il faut se vêtir suffisamment pour ne pas être trop impressionnable aux cbangemens subits de la température atmosphérique. Encore il faut se fortifier le moral par la réflexion qui nous apprend que la crainte, au lieu de nous soustraire au mal, nous rend plus aptes à le contracter : au contraire, la résignation , si l’on en

est atteint , favorise l’action des remèdes en laissant les organes dans un calme nécessaire.

L emploi des fumigations et des arrosemens, pour purifier les habitations, est certainement utile; mais il n’est pas indispensable, lorsqu’il n’y a pas d’infection manifeste; jusque-là, l’extrême propreté est un très sûr moyen de purification.

Voici néanmoins les procédés de désinfection qu’il convient d’employer.

Il faut avoir un flacon de chlorure d’oxide de sodium dont le prix est fort peu élevé; on en versera dans des assiettes placées dans les appartemens, à peu près deux cuillerées pour chaque assiette, on y ajoutera un verre d’eau de fontaine : l’évaporation de deux doses pour une chambre ordinaire, est suffisante pour en purifier l’air.

Les personnes qui approchent les malades devront se laver les mains, le visage, et se rincer la bouche avec de l’eau chlorurée ; il sera bon aussi qu’elles en imbibent un mouchoir et qu’elles en respirent les émanations.

Dans les cas graves, on arrosera, plusieurs fois par jour, les planchers, le devant des portes et les escaliers des maisons avec de l’eau contenant un quarantième en poids de chlorure; on placera des rideaux de toile aux croisées et aux lits

des malades, et on les aspergera d’eau chlorurée. C’est une des meilleures manières de neutraliser les miasmes délétères.

Il ne faut faire aucun traitement actif sans indications réelles j mais les remèdes préservatifs que l’on peut mettre en usage avec succès et sans inconvéniens, sont les suivans :

Prendre des bains tièdes, d’une demi-heure, dans lesquels on mettra une once d’alcool camphré par seau d’eau.

Au sortir du bain on se fera pratiquer des Irictions sèches par tout le corps, avec un morceau de flanelle.

Les personnes qui n’auraient pas le moyen de prendre les bains que nous conseillons, pourront les remplacer en se lavant, une fois par jour, avec une éponge imbibée d’eau chaude, dans laquelle on mettra une cuillerée d’eau-de-vie camphrée par pinte. On se frictionnera après les lotions, comme il a été indiqué de le faire après les bains.

Tous les matins, à jeun , on prendra quelques lasses d’infusion d’écorce d’orange dans chacune desquelles on mettra une petite cuillerée de sirop de quinine.

Le soir, en se couchant , on prendra , dans du

pain à chanter, six à dix grains de poudre de racine de valériane.

L’action de ces médicamens ne peut, dans aucun cas, être nuisible; et personne ne pourrait, sans malveillance, en contester l'efficacité. H y a au contraire de grandes probabilités que ceux qui feront usage des moyens que nous venons d’indiquer, seront, pour la plupart, à l’abri de l’action de l’épidémie qui nous menace.

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