‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 104 sur 210 · Bahrdt, Das HeligionsedUit..., op. cit., p · texte numérisé non relu

Bahrdt, Das HeligionsedUit..., op. cit., p

l'étatisme, ou la discipline en face de la vérité 223

avoir à cœur de maintenir le peuple dans la bêtise. Car, si nous permettons qu'on éclaire le peuple, il perdra la croyance aveugle, indispensable pour les prêtres et les souverains... » — Un Etatiste, déterminant « les limites des lumières », écrivait en effet : « Eésumons-nous : plus de religiou »... dès lors l'enfant « est élevé dans la mollesse, n'est accoutumé ni à l'obéissance ponctuelle, ni à l'endurance et à la peine... Quels hommes aurons-nous dans l'avenir pour gouverner l'Etat, protéger l'Etat, obéir à l'Etat ? Où irons-nous prendre des hommes qui se laissent employer aux plus dégoûtantes et aux plus basses besognes, qui ponrtant nous sont si indispensables i Et enfin, quels soldats sortiront de cette école? » 133 — Le sj'stème utilitaire de l'Etatisme se trouvait donc dûment confirmé ^^^, vers le temps même oii s'éveillait la Eévolution française.

Mais l'auteur d'un « Fragment » sur les « lumières » accusait nettement le clergé protestant d'être acquis à un système d'imposture i^. Un certain Henri Wûrtzer, la même année, signalait le danger d'une « Inquisition protestante » ; a Prussiens, osezvous encore lever les yeux vers le ciel, et prononcer sans rougir le nom de liberté de conscience? » '^'^

133. Ueber die GrdnzUnien der Aufhlûrung. Berlin, 1788. Im Verlag der Euchhandiung der Konigliclien Realschule, p. 60-61.

134. L'Edit de religion reçut encore entre autres approbations celle de W. H. Seel. membre du consistoire supérieur de la principauté dOrange- Nassau et premier prédicateur à Dillenburg. Ses « Lettres sur l'édit... » (17S9) soumettent l'enseignement religieux à l'autorité de l'Etat et ne veulent pas que - notre peuple », comme il dit. soit habitué à ne chercher que le nouveau, à légal du peuple athénien. — Dans le même sens Etatiste, l'écrit du « surintendant •> D. LCderwald [Gedauhen iiber das Konigl- Preuss. Religions-Edlht... Helmstàdt, 1789)...

135. Ueber Aufklaiun(i. Berlin, in der Konigl. Akademischen Kunst. und Buchhaiidlu/tfj, 178.S, 1. Fragment. — Voir Seiler, Ueber das Konigl..., op. cit., p. 45-46.

136. Heinrich Wlrtzer. Betuerhungen iiber das preussische ReUgionsediht vom 9. Julius. Berlin, 1788, p. 66-67.

22i DU CHRISTIANISME AU GERMANISME

Fonder « la prospérité des peuples sur l'imposture », sur « l'erreur utile à l'Etat » , misérable système ! ^^t, « Infâmes hypocrites », disait Balirdt i^s.

Conscience de fonctionnaire.

Le philosophe Kant justifiait ce principe du mensonge officiel, en définissant la conscience du fonctionnaire : « Comme savant », l'homme est libre dans l'exercice de sa raison ; mais en tant qu'il occupe « un certain poste social ou fonction, qui lui a été confié », il n'en va plus de même ^^9^ Le prêtre dans l'exercice de ses fonctions ne s'arroge pas le « libre pouvoir d'enseigner selon son bon plaisir ». (( En tant que prêtre, il n'est pas libre, parce qu'il exécute une mission pour autrui ». « Il dira : notre Eglise enseigne ceci ou cela; et tels sont les arguments dont elle se sert. » D'ailleurs, insinue Kant, « il tire ensuite, pour sa communauté, tout l'avantage pratique de préceptes auxquels il ne souscrirait pas lui-même avec une pleine conviction i"^*^... » Dans maintes affaires d'intérêt public, « un certain mécanisme est nécessaire », et quelques membres de la société ont à se comporter d'une façon « simplement passive ». « Ici, certes, il n'est pas permis de raisonner : mais l'on doit obéir l'^i. »

Le maître qui enseigne est un fonctionnaire en service commandé. Le fait « qu'on ne les laisse pas plus longtemps dans leurs fonctions », ceux qui se permettraient d'instruire le peuple selon leur libre

Page 1