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prétation des Mystères initiatiques de l'antiquité. Et ils en voient dans toute religion. Christophe Arnold, traducteur d'Abraham Roger, l'explorateur des Indes, assure que la religion des païens fut loin d'être dépourvue de lumières, mais que la connaissance des vérités était gardée par les maîtres, qui ne la livraient pas au peuple. Dom Martin parle de même au sujet des Gaulois : ils « se cachaient à eux-mêmes leur religion ; et il n'y avait que les seuls Druides qui en fussent et les dépositaires et les modérateurs » ^^. L'historien Fréret reconnaît dans les anciens mystères l'asile où l'ancienne et pure Eeligion s'était préservée de la dangereuse contagion des superstitions populaires ^^.
Qu'en résultait-il ? Tandis que le peuple égyptien se livrait à un culte grossier, « les Prêtres... avaient des idées d'autant plus relevées que celles du peuple étaient plus absurdes ». Ce système de la double croyance, d'après l'abbé Le Batteux, était d'ailleurs commun aux Egyptiens, aux Perses et aux autres peuples ^^. L'abbé Mignot est d'avis que la métempsychose n'était dans l'Inde qu*une doctrine populaire, et que Tes philosophes la croyaient aussi peu que Boudda l'avait crue. La « double doctrine » s'est rencontrée en toutes les nations. Les philosophes indiens, « pour cacher au peuple leurs véritables sentiments », ne lui proposaient que des allégories ^^.
42. A. Roger, Offne Thùr... ùbers, 1663. <■ Voirede », de G. Arnold.
43. Histoire de l'Acad. des Inscriptions.... t. XXIII. Paris. 1756. Histoire des ouvrages... Réflexions générales sur la nature de la Religion des Grecs et sur l'idée qu'on doit S3 former de leur mythologie, p. 24.
44. Mém. de l'Ac. des Inscr..., t. XXVII. 2^ Mémoire sur le Principe actif de l'univers, par M. l'abbé Le Batteux, 1756, p. 208 et 187.
45. Mém. Ac. Inscr., t. XXXI. 5^ Mém. ^ur les anc. Philosophas de l'Inde, par M. l'abbé Mignot, 1762, p. 331 et 127-128.
Ainsi l'on veut que la « vraie » Religion se soit perpétuée à travers les erreurs païennes grâce à la dissimulation des prêtres et des philosophes. On veut par suite expliquer cette dissimulation : on l'attribue à un esprit de politique calcul. Et ce sont des historiens chrétiens qui se font les propagateurs de cette doctrine ; — que d'ailleurs maint théoricien, en ces siècles sceptiques, n'est déjà que trop enclin à énoncer. La situation est piquante. L'abbé Le Batteux, exposant qu'il y avait deux cultes, a l'un extérieur et public », « l'autre intérieur et secret, connu sous le nom de mystères », s'efforce, comme il est naturel, d'en donner la raison : et il admet que les dieux subalternes, préjugés du vulgaire, étaient consacrés par « la superstition, et peut-être la politique... pour le contenir dans l'obéissance et dans le devoir » ''^. Xous l'avons fait observer déjà : l'audace historique du christianisme moderne a prêté des armes à l'esprit du siècle. Pourtant on a gardé souvent la pieuse intention des maîtres anciens; et la méthode n'a pas varié. Mais chez les premiers apologistes, la Raison païenne, même en ses meilleures velléités, était toujours humiliée. Les chrétiens modernes la relèvent; vantent son antique sagesse, la netteté de ses décisions, pour mieux l'opposer à la grossièreté du peuple païen superstitieux. Elle est une conscience avertie, elle a « des idées d'autant plus relevées que celles du peuple étaient plus absurdes ». Elle dérobe le mystère de ses opinions avec une habileté consommée : L'abbé Mignot admet que les motifs de l'intérêt politique déterminaient les prêtres à l'imposture ; car la plupart de ceux qui
46. Mém. Ac. I/iscr., t. XXVII. 3^ Mém. sur le Principe actif de l'univers, par M. l'abbé Le Batteux, 1757, p. 225.
l'apologétique cheétienne ex histoiee 39
professèrent la métempsycliose « avaient part à la législation et an gouvernement de leur pays; les philosophes de l'Inde étaient les principaux conseillers des rois ; les prêtres égyptiens participaient au gouvernement de l'Egypte... Pytliagore et ses principaux disciples donnèrent des lois à plusieurs villes d'Italie » ^"^ . Ce que les pliilosoplies indiens disaient au peuple « était mesuré par l'utilité qui pouvait lui en revenir, et non par la vérité » '*^. Quelle peinture déjà peu religieuse, entreprise par des historiens religieux ! On veut même que cette antique « raison » des philosophes et des prêtres ne se contente pas d'écarter le profane, mais qu'elle utilise son ignorance, et qu'elle s'en raille. Les prêtres égyptiens « riaient en secret, comme les haruspices de Rome, de l'imbécile ignorance dont ils étaient les ministres » ^9. C'était une conclusion volontiers admise par des théoriciens irréligieux : la théorie de l'Imposture est d'espèce anticléricale. Les chrétiens ne manquaient pas d'imprudence en s'instituant ses propagateurs. Certes, le principe est explicable, nous l'avons fait voir. Admettre qu'on découvrait et condamnait dans les mystères a les erreurs du polythéisme vulgaire », c'est, pour le chrétien, énoncer qu'on y perpétuait « le dogme de l'unité de Dieu » ^.
Le baron de Sainte-Croix exprimera, un peu tardivement, combien cette hypothèse était dangereuse pour l'autorité de la Religion, a Quel étrange système de législation », s'écrie-t-il, « tromper publi-
47. Mém. Ac. Inscr., t. XXXI. 5^ Mém. sur les anc. Philos, de l'Inde, par l'abbé Mignot, 1762, p. 333.