‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 110 sur 210 · Chap. Yll-lX · texte numérisé non relu

Chap. Yll-lX

4. Cf. le présent chapitre. Cf. aussi Schelling p. ex., ci-dessous, chap. IX. — C'est un système « pragmatique », mot déjà fréquent à cette époque. Le Pragmatisme consiste à se donner volontairement l'illusion d'une « vérité » nouvelle, conforme au désir ou à l'intérêt. (Cf. notre ouvrage sur la « Science allemande », chap. II, 2, a.) En Allemagne à cette époque, il s'agit d'admettre, a priori, les fictions conformes aux nécessités d'une discipline sociale, telle qu'on l'entend. Pareille prétention pourrait s'appeler : Pragmatisme d'Etat.

LA GENÈSE d'uNE VÉRITÉ (( PRATIQUE » 231

Xous ferons voir dans le présent chapitre la naissance de la philosophie nationale de l'Allemagne, et son œuvre ; comment elle restaura intellectuellement, pour les besoins de la « pratique », les « vérités » religieuses atteintes par les progrès de l'expérience; et comment, par son idéal mystique de la Discipline, elle ajoute à TEtatisme naissant une ferveur nouvelle ^.

L'idée d'une « vérité » a priori, en dépit de l'expérience.

L'esprit, éclairé par les études d'histoire, rejetait le surnaturel, sapait les dogmes de l'Eglise. L'Allemag-ne protestante, au nom de l'ordre social, réagit alors contre l'irréligion : c'est ce que nous avons vu. Devant l'intérêt politique, la raison devait taire ses vérités; la duplicité était un devoir de conscience, pour le prêtre ou le professeur fonctionnaire ; et le peuple resterait soumis à l'autorité d'un dogmatisme illusoire... Pourtant, la duplicité même n'était-elle point un périlleux système ? Prêché maintes fois en des écrits publics, il peut s'ébruiter, parvenir aux oreilles ignorantes, révéler au peuple la machination. On se répète que les religions ne sont que fictions, créées par des imposteurs avisés ; Jésus luimême aurait dupé les hommes. Quel n'était pas le danger de pareilles théories ! « Quelle influence auront-elles sur le bien-être de l'humanité », lisonsnous, — si elles sont portées à la connaissance de la multitude, « par des véhicules de toute espèce » ?

5. Nous examinons ici une crise inteUectueUe dans ses rapports avec des conceptions sociales. — Dans une autre étude, nous avons défini particulièrement cette crise de l'esprit, ses conditions et ses résultats psychologiques : le Pragmatisme, le Romantisme, la « Science » nouvelle. Cf. « Les origines mj'stiques de la Science " allemande " ».

« L'Etat y gagnera-t-il, si le viilg-aire apprend à considérer le prédicateur qui parle des miracles du Christ ou de sa Résurrection, comme un trompeur qui, à la façon de son maître, veut assujettir ses auditeurs à une morale sévère, par le moyen de représentations fondées sur de pieuses impostures » 6 ? « La tromperie éveille la méfiance, dès qu'elle est le moindrement découverte "^ ». S'il y a deux religions, l'une pour les seuls « penseurs », comment cacher celle-ci a au peuple » ? Et, d'autre part, « combien déraisonnables sont ceux qui instruisent le vulgaire et les vieilles femmes, par des écrits publics, du secret de l'imposture, et veulent en faire des initiés^! »

Certes, l'enseignement religieux aurait avantage à s'inspirer d'une conviction, plutôt que d'un système d' « erreur utile au peuple ». Mais comment se convaincre, si l'Histoire répète aux hommes « éclairés » sa simple leçon naturelle et humaine, d'où le miracle s'est enfui ?

Xe saurait-on croire quand même ? — La foi, diraient des croyants, doit renoncer au secours d'une raison égarée et connaître comme il plaît à Dieu. Mais dans l'Allemagne protestante, une autre solution s'ébauche. Ce n'est pas l'esprit qui se soumet à une a vérité » supérieure : c'est lui qui fait la <i vérité » ou la recommence, en quelque sorte.

D'abord, que vaut l'expérience par elle-même ? On la récuse : infirme, elle ne prouve rien, n'établit rien qui soit durable. L'érudition protestante, lasse

6. G. F. Seiler, Dns Christenthum diirch Wahrheit nicht durch Tamcltunfj gef/riindet. In der Buchhandlung der Gelehrten, 1784. Vorrede.

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