‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 113 sur 210 · Id., p · texte numérisé non relu

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LA GENÈSE DUXE VÉRITÉ u PRATIQUE )) 235

a théorique ». Xous reviendrons plus loin sur la valeur intellectuelle de ce nouveau terme. Considérons, pour l'instant, les circonstances qui en expliquent l'apparition.

L'avantage pratique de la religion, tel était en Allemagne le mot d'ordre contre les dangers de l'esprit nouveau, tel était le motif de la réaction. La religion, dira de même le philosophe Kant, qui parle comme les théologiens, — est le o grand principe directeur de l'ordre et de la tranquillité sociale ». Or l'expérience historique affaiblit la croyance aux miracles ; l'autorité de la Bible s'évanouit : « mais, s'il en est ainsi », observe Eck ^6, « que devient la preuve de la divinité et de la vérité de la religion écrite, cette preuve qu'on tirait des miracles ?... Avec elle, la vérité du christianisme semble subsister ou disparaître ». Par suite, n'est-il pas à souhaiter que les témoignages de la Sainte- Ecriture « puissent reposer sur une vérité historique, quand bien même », écrit Eck ^~ sans aucun scrupule, a ces miracles, comme tels, ne seraient pas advenus ?... » En fait, dit Stàudlin i^, l'appareil de la Révélation et de la Bible est humainement nécessaire. Dès lors, « pour fonder une société religieuse, il faut qu'on puisse amener ses membres à tenir pour divin le Code qui doit être à sa base ». — La preuve « a priori » par voie de postulat « pratique » arrivait donc à point. Or, quel motif retrouvons-nous sous cette preuve ? « L'attestation de la Bible », écrit

16. J. C. Fr. Eck, Yermcn die Wundergeschichten des S. T. aus naturlichen Ursachen zii erhlaren. oder der Beweis von den Wuhdern in seiner wahren Gestalt. Berlin, 179.5, p. 3-4.

18. Hrsgg. von C. F. St.^udlin, Beitraue zur Philosophie und Geschichîe der Religion iind Sittenlehre iiberhaupt..., 1. Bd. Lûbeck, 1797. — V. Wie ist die Gottlichkeit des Christenthums lùr die reine Vernunftreligion zu erweisen? p. 143.

Kant ^^, est fournie a par l'action de son contenu sur la moralité du peuple ».

On conçoit dès lors le sens véritable et l'opportunité de la philosophie nouvelle : elle s'inspirait en effet d'un argument bien « pratique », pour restaurer, en dépit de l'expérience, le miracle utile. — Qu'importe, dit Kant, si en théorie la Bible perd de sa valeur historique aux yeux des savants : elle a contient en elle-même une légitimation qui suffit en vue de la pratique » ; elle est le texte d'une discipline systématique qui de tout temps a fait ses preuves. N'est-elle point le « fil conducteur », n'oft're-t-elle point les précieux statuts de son dogme '^0 ? Serait-elle remplacée ? « Il ne faut pas espérer que, si la Bible que nous avons venait à perdre son crédit, une autre surgirait à sa place ». Kant condamne « l'insolence des énergumènes » qui se croient trop grands pour cette tutelle : le gouvernement, dit-il, aurait lieu de regretter son indulgence, s'il « perdait par négligence ce grand principe directeur de l'ordre et de la tranquillité sociale ^i ». Le philosophe, sceptique en Histoire, écrit négligemment que l'origine de la Bible « peut être ce qu'elle veut » : mais dès l'instant que son « origine est tenue pour surnaturelle », ce livre favorise l'expansion publique des principes moraux de la « Raison »2-.

Si la « Raison » invoque, à défaut de la « théorie » ou stricte vérité de l'Histoire, un motif d'utilité qui restitue à la Bible sa dignité surnaturelle, ce système n'est-il pas le produit de son époque et l'image

19. Kant, Dcr Streit der Facultatcn, 1798. — Kant, éd. cit. . Abt., 7. Ed., p. 63.

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