Kant, Kritik der praktischen Vernunft..., id., p
20i DU CHRISTIANISME AU GERMANISME
Ensuite la Discipline, une fois assurée d'une majesté intangible, se prête aux exigences du désir, que rien n'élude. Ainsi, d'un coté comme de l'autre, le système est « pratique » : il use d'un droit divin pour commander; et de l'intérêt des liommes, pour se faire obéir... Il importe que la moralité soit proclamée, parée d'une immatérielle splendeur qu'aucune aspiration terrestre ne doit ternir : mais il importe aussi de ne point méconnaître l'iiumaine volonté, les désirs, les liommes tels qu'ils sont. Pour la « forme », le vertueux principe est là ; mais l'intérêt, cette « matière » de la volonté, demeure la réalité de ce monde. Or, « forme » et « matière » s'associent dans le sj'stème « pratique ». La loi rigide, surnaturelle ou dénaturée, qui n'accorde rien au cœur des liommes, auréole d'un Droit di^^n ses représentants eux-mêmes : mais son désintéressement n'est qu'un utile mirage : car, d'autre part, dans le réel plus près de la terre et des passions, la règle du besoin et de l'espoir demeure la seule vérité d'ici-bas. C'est comme un accord entre la Nature avide et la Discipline parée de céleste vertu : Faire confiance à l'autorité, s'absorber en la discipline, — alors les intérêts triomphent. Est-ce marchander ? N'y pensons pas î La fiction d'un religieux respect sera payée d'une prospérité certaine. L'Impératif est catégorique, la loi ne promet rien aux désirs, de sorte qu'ils n'ont pas le droit de révolte; mais, en fait, elle assure le profit en échange de l'obéissance, et cela détermine les hommes, aussi longtemps que le monde est monde. Ainsi se réalise le système de l'Etat : l'appétit du bonheur, dans une « vertueuse » Discipline.
L'esprit de la pliilosophie « pratique » « est nettement plus juridique que moral, et partout il a
LA GEXÈSE d'uXE VÉRITÉ " PRATIQUE » 255
l'aspect et les caractères d'une législation sociale » : ainsi s'exprime Schleiermaclier ^^, pliilosoplie et théologien. « Le SYstème moral de Ficlite a la même empreinte; seulement elle est plus fortement manifestée cliez Kant. » Ainsi s'explique l'idée de châtiments et de récompenses, a parce que, dans les rapports juridiques d'une association civile », le problème essentiel est précisément de rattacher « le bien-être à l'activité légale... : en sorte qu'on peut dire que son Bien suprême est de nature politique ». — Kant imaginait donc une société morale, réglementée par la législation divine... Ce n'est encore qu'une communauté invisible, intérieure ^^ ; mais nous la connaissions déjà : avant lui, elle apparaissait à la conscience protestante, lasse des vaines discussions, des sectes et des querelles, à la manière d'un Eden embelli de joie mystique et accueillant pour l'universalité des âmes ^^. L'Etat futur, rêvé par une « Baison pratique » qui vient de ressusciter le Divin, est-il ailleurs qu'en cette « Eglise invisible », devenue maintenant la pure organisation des consciences : religion renouvelée par la morale, pour la discipline de l'humanité entière ? « L'humanité », écrit Fichte, « doit former une communauté unique, purement morale et croyante » ; or il dit aussi bien : « l'humanité entière doit former un seul Etat, absolument juridique ^ ».
S3. SCHLEiERMACHER. GrundUriien einer Kritih der bisherigen Sittenlehre, 1803-1834. — Fr. Schleiermacher's sdmmtUche werhe. 3. Abt., 1. Bd. Berlin, bel G. Reimer, 1846, p. 63.