Kant, Die Religion innerhalD..., op. cit., p
S5. Cf. ci-dessus, chap. V.
86. Fichte, Philosophie der Freimnurerei. Briefe an Consîani (1800). — Dans : Mainerische Klassiher. I. Fichte. Berlin, Franz vvunder p. 77-78.
Ambition mystique de la Volonté : Elle et Dieu, Elle et le monde.
Si le système offre l'aspect d'une discipline, qui organise les aspirations mystiques sous la forme d'un Etatisme, il nous reste à considérer enfin ces aspirations elles-mêmes, qui donnent à l'ensemble un souffle d'enthousiasme, ou de délire ambitieux.
Que penser de cette « religion » nouvelle ? Peutelle s'appeler croj'ance, quand on la restaure pour les besoins de la pratique ? Or ceci se passe au XYIII® siècle : le « naturalisme », rappelons-le, s'est opposé au surnaturel; les historiens se complurent à montrer dans Thomme l'acteur principal des religions : le merveilleux n'est plus qu'une illusion, ou bien une fiction entretenue par l'intérêt du prêtre ; en un mot, l'esprit du siècle réfute l'audelà. Dans ces conditions, le philosophe qui s'efforce lui-même d'éliminer l'illusion d'une métaphysique, peut-il garder quelque espèce de religion lorsqu'il rétablit Dieu par un postulat pratique, par une exigence de la morale ? Ce Dieu est-il encore en sa demeure traditionnelle, dans l'au-delà ? Le nouveau mysticisme que produisent par leur réunion le a besoin » et l'orgueil, est donc bien loin de la forme encore religieuse d'une audace envers une divinité reconnue. Il est né de la négation du surnaturel ; si pour le restaurer il le ramène à la « nature », à l'homme, s'il en fait l'apanage de la volonté a morale » qui s'écrie par la voix de Kant : « je reu.r qu'un Dieu soit », néanmoins il n'oublie pas l'origine de cette Révélation nouvelle. Il pense que la commune raison ne lui accorde aucune vérité dans l'Histoire et l'univers, et sans cesse il va répétant que seule une « raison pratique » est sa
LA GENÈSE d'uNE VERITE (( PRATIQUE » 25?
preuve. Dès lors, la divinité ne réside-t-elle point uniquement en cette « Eaison » nouvelle, qui n'est qu'un vouloir agissant ? Sehelling' mettra Dieu dans l'homme : et le pangermanisme ultérieur l'incorpore dans l'Allemand. En tout cela, l'organisateur est maître de la religion, pour ses besoins, son Etat, son orgueil. Il serait excessif de dire qu'il escalade le ciel : il le fait descendre jusqu'à lui. C'est comme une Magie à qui manquerait l'au-delà.
Reinliold, énumérant les a paradoxes de la pliilosopliie contemporaine », en 1789, écrit que « Kant, à la place de l'hypotlièse jusqu'ici admise : l'intelligence se conforme aux choses, a posé cette liypotlièse, que les choses doivent se conformer à V intelligence^"' ». C'est que, dans cette mentalité, la « raison » n'est plus que besoin ou désir. Le divin s'y conforme aussi. Et Snell ^^ développe cette idée : « par conséquent, les hommes ne se forment point dUiprès Dieu, mais Dieu d'après eu.x-mêmes. » Ainsi s'exprime ce commentateur élogieux de la « raison » kantienne. Voltaire disait avec humour : « Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu ». Seulement, au lieu de l'inconsciente manie que Voltaire dénonce, la philosophie allemande présente délibérément un principe. xVlïranchie de l'ancienne croyance, mais persuadée de ses avantages, elle restaure le surnaturel, comme le prestigieux accessoire du système pratique. Le pragmatisme rend à l'existence divine sa valeur déchue, et en échange il reçoit de cette foi nouvelle une nouvelle autorité, comme un bénéfice de son œuvre. Il a sauvé Dieu : Dieu le servira. Tel est le
87. C. L. Reixhold. L'eber die Paradoxien dei- neuesten Philo- ^ovhie. Hamburg, 1799, p. 34.