‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 129 sur 210 · Snell, Krltih der Volhamoral..., op. cit., p · texte numérisé non relu

Snell, Krltih der Volhamoral..., op. cit., p

pacte que la « raison » orgueilleuse et d'ailleurs mystique conclut avec la Providence. Il devient familier à la conscience allemande et s'accommode à toutes les ambitions de son vouloir : l'empereur Guillaume II invoquera le Seigneur « notre Allié ». -— La nouvelle « Raison » règle toutes choses, a priori : Kant propose qu'en Histoire ^, elle décide et serve d'interprète, car « la croyance historique par elle-même est morte ». î^'est-ce pas à dire que la raison pratique a mission de l'animer, de lui prêter une vie conforme à ses besoins ? La Révélation doit s'interpréter dans un sens qui concorde avec les « règles pratiques » de la religion « rationnelle ». ^lôme si l'on suppose que de tels commentaires ne répondent pas à l'intention des livres sacrés, o on ne saurait les accuser d'improbité » : car l'Histoire, hormis son eft'et moral, « est quelque chose de tout à fait indifférent en soi, et l'on peut la tenir pour ce qu'on voudra ^o ». Ce n'est point l'histoire qui peut attester la divinité de l'Ecriture 91 : la philosophie seule est compétente, restant, dans le désaiToi général, la seule autorité vraiment divine. Mais ce n'est pas assez dire : et Kant, réduisant encore les distances, désignait enfin « le Dieu qui parle par notre propre Raison — par sa morale pratiquées », — Puis, avec Fichte, le « postulat » parlait en maître. « Dieu ^^ doit, en vertu de la sommation de la Loi morale, à son égard, ... être tout à fait juste »; et encore : o Dieu

89. Au sujet de l'interprétation << pratique » des nouvelles données de l'Histoire, cf. ci-dessous, chap. IX.

90. Kant. Die Religion innerholb der Grenzen der blossen Vernurift. éd. cit., 1. Abt., 6. Ed., p. 110-111.

93. Au sujet du rôle assigné à Dieu dans le système de la « Culture », cf. ci-dessous, chap. IX.

LA GEXÈSE d'une VÉRITÉ « PRATIQUE )) 259

est déterminé par la loi morale... » Le geste impérieux du philosophe s'identifiait à une toute-puissance : la raison pratique, écrivait Fichte, « détermine le surnaturel qui est en nous, notre faculté supérieure de désir, à devenir cause dans le monde sensible, soit dans celui qui est en nous, soit dans celui qui est hors de nous, ce qui ici ne fait qu'un ^^ ». Croyance, dira-t-on. Croyance singulière, déterminée par le vouloir : « Je veux et par suite je erois », écrit en effet Schmid 9^. De même, c'est le vouloir agissant qui donne réalité à la connaissance 96. — Ainsi, à tous égards, une hypertrophie du Moi gonfle cette philosophie, aux dépens de la clarté des notions et de l'exactitude du langage. Schelling ose écrire que « le système parfait de la science émane du Moi absolu qui exclut toute opposition 9' ». « Le Moi », dit-il encore, « conti-ent toute e.vistenee, tovte réalité ^^ ».

De cette logomachie, il reste un vouloir dominateur, qui absorbe le savoir et le rêve, le monde et l'au-delà, magiquement. Pour le « Moi absolu », Dieu ne saurait être un « objet » extérieur : il n'y a plus que (( le pur moi absolu , simplement ^ » . « Sois.' dans la plus haute acception du mot!... ceci est l'exigence suprême de toute la philosophie pratique. Si tu es un être en soi-même, alors aucune puissance adverse ne peut changer ton état, ne peut

94. FiCHTE, Versuch einer Kritih aller Offenharung (l. Aufl. Kônigsberg. 1792), éd. cit.. 5. Ed., p. 107

95. C. C. E. SCHMiD. Versuch einer Moralphilosophie. 1. Ed., 4. verb. und verm. Ausgabe Jena, 180^2 (ire édition, 1790), p. 375.

96. F. W. J. VON Schelling, Philos. Briefe iiber Doginatismus und Criticismus. 1795. — Schelling, éd. cit., i. Abt., 1. Ed., p. 305.

97. Schelling, Vorn Ich als Princip der Philosophie... 1795, éd. cit., 1. Abt., 1. Ed., p. 176.

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