‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 132 sur 210 · Cf. chap. VIII-IX · texte numérisé non relu

Cf. chap. VIII-IX

A LA RECHERCHE d'ux IDÉALISME 263

Le milieu général que nous devons animer clans le présent chapitre, cet esprit nouveau auquel l'Allemagne participe, s'éclaire surtout par la connaissance des origines. Or, au début de l'époque moderne se produit un mouvement intellectuel auquel nous nous proposons de restituer son importance méconnue. Il remonte a cette orientation du savoir historique, qui fut ici le premier objet de notre étude, comme il convenait. L'Histoire, singulièrement développée par les explorations et les voyages, et par une expérience aussi diverse qu'étendue, n'était pas seulement un savoir : nous y avons trouvé le christianisme comme guide et comme maître. Celuici, victime d'ailleurs des recherches qu'il avait orientées, a pris une revanche inconsciente en pénétrant de ses habitudes historiques l'esprit du XYIIP siècle. Une certaine libre-pensée, ennemie du surnaturel, du merveilleux chrétien, a gardé néanmoins les procédés et les théories de l'apologétique. Avec les Apologistes, elle parle d'une religion M naturelle » ou d'une religion de la « raison » — d'ailleurs pour Fopi)oser à une Révélation directe. Elle évoque, à travers les temps, un consentement quasi providentiel des hommes éclairés de tous les peuples ; et les lumières qu'on leur prête ne sont autres que les idées du présent. De la sorte l'Histoire demeure, à la manière chrétienne, la démonstration d'un nouvel Evangile que nous présenterons dans ce chapitre; et en particulier les nombreux théoriciens de la franc-maçonnerie, renouvelée à cette époque, excellent à mettre le passé au service de leur cause. Enfin un thème particulier, développé par le christianisme pour les besoins de son apologie, cette opinion qui consistait à supposer chez les prêtres antiques certaine conviction distincte de

2(J'l DU CHRISTIANISME AU GERMANISME

l'idolâtrie populaire, a séduit vivement l'esprit critique du XVIII^ siècle, qui l'adiuet à son tour, mais y cherche plutôt l'indice d'une dissimulation intéressée. La duplicité des « pontifes », complices des princes pour duper le vulgaire et l'asservir, devint Targument des sceptiques anticléricaux; mais, d'autre part, la même théorie trouva en Allemagne des apologistes d'autre sorte, qui en appliquèrent le système pour les besoins d'une réaction d'Etat, en invoquant de même l'exemple des anciennes religions. — Ainsi cette contemplation de l'Histoire, engagée par le christianisme, s'est concentrée sur la question religieuse : que penser des miracles et des croyances, qu'en résulte-t-il pour le christianisme lui-même, que conclure et comment agir ? A ce dernier point, où le problème politique entrait en jeu, nous avons abordé l'étude des destinées particulières de rAllemagne. L'expérience historique, fatale aux dogmes établis, y était en effet le danger reconnu ; et pourtant, par les idées qui se développaient autour d'elle, elle demeurerait l'inspiratrice. Même en Allemagne, où la Raison « pratique » finit par lui dicter ses lois, on ne s'était affranchi de l'Histoire que pour y revenir, pour s'approprier, sans péril désormais, son inoubliable séduction.

Laissons de côté, pour un instant, les déformations arbitraires, et ne considérons que cette prédilection générale pour les études historiques. Si l'Histoire a joui d'une telle vogue dans l'esprit moderne, d'une faveur aussi considérable que celle des espoirs mj-stiques au Moyen- Age, il faut d'abord en féliciter l'esprit humain; il a fait preuve, en s'y adonnant, de cet intelligent bon sens qui ranime en l'homme le désir d'une sagesse d'expérience et

Page 1