A LA RECHERCHE DUN IDÉALISME
le sauve heureusement des métapliysiques. C'est alors, ainsi que déjà par la Eenaissance de la culture grecque, qu'il a écliappé vraiment au stade médiéval. La Grèce aussi offrait l'inoubliable fruit d'une sagesse expérimentée, d'une humaine curiosité accueillante, mais précise : et, de s'être reconnue en elle, l'humanité, au XYIl*" siècle, se retrouva grecque et classique, souriante de se savoir comprise, et majestueuse de se sentir perpétuelle...
Néanmoins, ce n'était pas encore l'esprit moderne. Pourquoi en fut-il question un jour, sur les confins du XYIP siècle et du XYIIP siècle ? Pourquoi cette singulière querelle des a anciens » et des « modernes », alors que la clarté de l'esprit et la pureté des civilisations n'a qu'un sens dans l'histoire du monde ? Sans doute, l'idée de justesse ne comporte qu'une définition, ainsi que d'autre part l'Idéalisme. Seulement les éléments de l'expérience et les connaissances qui la forment peuvent s'étendre et se renouveler sans cesse. Or, il est fréquent qu'une extension soudaine des connaissances fasse crier à l'esprit nouveau, comme si la pensée et le monde en étaient bouleversés. Telle fut l'aventure de l'esprit « moderne » : en France, il a réagi contre le classicisme ; est-ce à dire qu'il ait cherché le désordre ? Fénelon, assez tendre aux « modernes », Fontenelle, ce « moderne » déclaré, ne montrent-ils pas — celui-ci en des sujets ardus — la souveraine élégance du grand siècle ? Montesquieu et Voltaire, guides du siècle nouveau, réprouvent-ils une classique clarté ? Et, plus tard, le romantique Chateaubriand ne saura-t-il point, beau d'une grandeur antique, ajuster à la mesure d'un impérissable langage la passion même du Mystère ? — Le désordre ne fera jamais un « esprit », ni classique, ni mo-
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derne ; au contraire, le sens de la clarté peut grandir avec les modernes : il sera toujours classique et humain.
Donc, ce qu'il faut entendre par 1' « esprit nouveau », c'est la nature de ses occupations et l'extension de ses connaissances. Mais, de plus, il lut a moderne » par opposition à une autre mentalité, qui n'était en vérité ni moderne ni rien d'acceptable : la folie métaphysique du Moyen- Age. C'est pourquoi nous en faisons remonter la date à ce général souci de curiosité et d'expérience manifesté dans tous les domaines, mais surtout dans l'Histoire qui déploie un horizon imprévu et y suscite, par une ambition généreuse, la recherche de l'explication — à la fois étendue et précise — des grands problèmes humains.
L'ampleur qu'a prise, dans ce domaine, la question de l'origine et du rôle des religions, maintenue au premier plan grâce au christianisme, s'explique aussi par l'intéressante diversité des observations qu'on y rattachait. Les religions étudiées se présentaient aux premiers narrateurs et à leur public avec un prodigieux cortège de circonstances originales et de coutumes surprenantes. Elles n'étaient plus seulement un ensemble d'états d'âme, mais de vivants phénomènes dans une vivante nature ; l'esprit humain, aux yeux de l'observateur, n'était pas séparé de l'univers. Pour avoir posé, au début de ces entreprises, des problèmes religieux et intellectuels, on allait intéresser à l'Histoire toute la psychologie des modernes. Ils chercheraient en elle des inspirations pour le présent; elle serait le stimulant de leur Idéalisme. Elle en retiendrait aussi un aspect de religiosité et de rêve.
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Les lointains horizons et le renouveau des utopies.
Dans cette Histoire, tout était neuf à l'observateur : les pays et les liommes. En beaucoup de contrées, le sol portait bien moins qu'en Europe la trace de l'industrie liumaine : leur charme original fit impression. Les peuples aussi n'offraient point dans leur vie morale la complexité de notre civilisation : on fut porté à s'en étonner ou à s'en réjouir, par une ironie mêlée d'envie. On parla d'aimable simplicité. Comme l'esprit apportait à ses découvertes le souci de la réflexion, il vit dans cette naïveté autre cliose qu'un délassement : un instructif exemple peut-être. Enfin, comme la vision simultanée des hommes et des climats rapprochait les naïves manières de plusieurs peuplades — - du libre épanouissement de la nature en des contrées nouvellement révélées et parfois naturellement généreuses, — on se mit à parler, à propos des hommes aussi, d'un « état de nature », qui les retient dans l'atmosphère de leur commune origine. Les historiens, dans leurs explications g-énérales, associaient la vie humaine et la vie naturelle, et prenaient volontiers leurs exemples en de lointains pays, moins civilisés^; l'imagination aima qu'il en fût ainsi. Elle s'intéressa à cette humanité simple et comme primitive. Ainsi s'ouvrit une ère de retour à la ]S'ature, à l'état de nature des hommes.
Ce goût se manifeste dès le début de la période des voyages, et nous en trouvons chez Montaigne un remarquable exemple. Il raconte, au chapitre XXX de ses « Essais », qu'il a eu « longtemps » avec lui « un homme qui a voit demeuré