Cf. ci-dessus, chap. II
'2(iS DU CHRISTIANISME AU GERMANISME
dix OU douze ans eu cet aultre monde qui a esté descouvert en nostre siècle ^ ». « Cet lioniine que j'avois », dit-il, « estoit homme simple et grossier, qui est une condition propre à rendre véritable tesmoignage... Et oultre cela, il m'a fait veoir à diverses fois plusieurs matelots et marchands qu'il avoit cogneus en ce vojage ~ ». Alors Montaigne se livre à un intéressant panégyrique : « Ces nations me semblent ainsi barbares pour avoir reçeu fort peu de façon de l'esprit humain, et estre encores fort voysines de leur naïfveté originelle. Les loix naturelles leur commandent encores, fort peu abbastardies par les nostres ; mais c'est en telle pureté, qu'il me prend quelquesfois desplaisir dequoy la cognoissance n'en soit venue plus tost... * » C'est une leçon qu'il propose au présent : de tels hommes, expose-t-il, « sont sauvages, de mesme que nous appelons sauvages les fruicts que nature de S03' et de son progrez ordinaire a produicts ; tandis qu'à la vérité ce sont ceulx que nous avons altérez par notre artifice, et destournez de l'ordre commun, que nous debvrions appeler plastot sauvages 9... » A travers cette apologie d'un état de nature, nous apercevons déjà Rousseau : or elle est inspirée par la magie de nouveaux horizons et par l'exemple d'une humanité plus « jeune ».
L'Histoire apporte à l'âme moderne comme la révélation d'une jeunesse. Montaigne opposait l'adorable sauvagerie de la Xature à la barbarie civilisée; « il me desplaît », ajoutait-il ^o, que Lycurgue
6. Michel DE Montaigne, Essais, t. 1er. Paris, librairie Firmin- Didot, 1882. — Chap. XXX. Des Cannibales, p. 199.