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A LA RECHERCHE d'uN IDÉALISME 269
et Platon n'aient pas eu connaissance de ces loix naturelles, et de la pureté de ces mœurs : « car il me semble que ce que nous voyons par expérience en ces nations-là surpasse non seulement toutes les peintures dequoy la poésie a embelly l'aage doré, et toutes ses inventions à feindre une heureuse condition d'iiommes, mais encores la conception et le désir mesme de la pliilosopliie... " C'est une nation, diroy-je à Platon, en laquelle il n'y a aulcune espèce de trafique, nulle cognaissance de lettres, nulle science de nombres, nul nom de magistrat ny de supériorité politique, nul usage de service, de richesse ou de pauvi^eté... nulles occupations qu'oysifves, nul respect de parents que commun... " Hos natura modos primum dédit ^^ ». De même au XVI IP siècle, on aspire à la merveilleuse simplicité d'un état de nature, hors de l'Europe savante, civilisée et corrompue. L'image de l'Eden désiré se trouve partout, dans les lointains pays : on évoque les nouvelles contrées comme un songe idéal. Elles offrent aux esprits une vision édifiante, sincère ou feinte, qui témoigne de la séduction qu'elles exercent. Elles deviennent le symbole d'une jeunesse morale que l'iiumanité d'Europe a perdue. On s'attendrit malgré soi à des fictions d'ironie. Ouvrons les « Lettres Persanes » ^'^. De Paris, le 7 de la lune de Eegeb, en 1T12, Usbek écrit à Eoxane, au sérail d'Ispalian : « Oui, Eoxane, si vous étiez ici, vous vous sentiriez outragée de l'afïreuse ignominie où votre sexe est descendu... Au lieu de cette noble simplicité et de cette aimable pudeur qui règne parmi vous, on voit une impu-
11. Combien ces utopies, associées au retour à la « nature », sont déjà proches de l'Idéal Révolutionnaire ! Cf. ci-dessous.
12. Montesquieu, Lettres Peisanes. Paris, librairie Firmin- Didot, 1886, p. 279-280.
dence brutale à laquelle il est impossible de s'accoutumer... Vous fuiriez ces abominables lieux, et vous soupireriez pour cette douce retraite où vous trouvez l'innocence... » Le même Usbek écrit à Ehédi, le 6 de la lune de Ralimazan ^^ ; « Que dis-tu d'un pays... où l'infidélité, la trahison, le rapt, la perfidie et l'injustice conduisent à la considération ; où l'on estime un bomme parce qu'il ôte une fille à son père, une femme à son mari, et trouble les sociétés les plus douces et les plus saintes 'i Heureux les enfants d'Hali, qui défendent leurs familles de l'opprobre et de la séduction!... Terre natale et chérie, sur qui le soleil jette ses premiers regards, tu n'es point souillée par les crimes horribles qui obligent cet astre à se cacher dès qu'il paraît dans le noir occident ! » — Rousseau, prêt à maudire lui-même le tf noir (accident », vantera la perfection et h s lumières spontanées, qu'il se fait fort d'acquérir sans le secours de la traditionnelle culture, quand bien même il serait « né dans une île déserte » et n'aurait « jamais appris ce qui s'est fait anciennement dans un coin du monde... Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus ? » s'écriait-il 1'^. « Toujours des livres! quelle manie! Parce que l'Europe est pleine de livres, les Européens les regardent comme indispensables, sans songer que, sur les trois f(uarts de la terre, on n'en a jamais vu ^^. » Et ailleurs il condamne la science et le luxe pervers, par contraste avec « l'heureuse ignorance où la sagesse éternelle nous avait placés... » — Or, Moïse Mendelssohn, en Allemagne,