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A LA RECHERCHE d'uX IDÉALISME 271
publie une lettre reçue « de la Suisse » et relative à l'expansion prodigieuse des idées de Rousseau. (Quelques-uns, lisons-nous, les dépassaient même dans leurs utopies. Ils projetaient de rétablir l'état primitif, de transformer cette vallée de larmes en un paradis de félicité : il suffisait de revenir aux mœurs bienheureuses des sauvages, de dissoudre la société pour renvoyer l'iiomme aux forêts ^^. Or, rappelons-nous les paroles de Montaigne, séduit de même par la vision d'un « aage doré » que lui inspirait la peinture de l'Amérique lointaine et de ses sauvages ^~. De même ici, vers le milieu du XYIIP siècle, ces utopistes qui veulent se régénérer par une vie de nature — que l'on compare à l'existence des sauvages de Mayomba — prophétisent pour cet heureux temps la fin des fléaux et des vices, en un mot de tout ce qui résulte des noms maudits de société, de propriété, de l'inégalité des conditions, parmi les habitants de la terre. Qu'on laisse pousser ses cheveux et ses ongles : ce sont les ornements naïfs d'un homme « naturel » ^^! Le journal de Mendelssohn propose plaisamment, pour satisfaire ces philosophes, de renvoyer à la sauvagerie certains « centaures » dont la société n'a jamais pu faire des hommes sensés : ils se reproduiront sans doute, et l'on peut espérer qu'en peu de temps les forêts d'Europe fourmilleront de Pongos autant que les forêts du royaume de Loango. Et de la sorte, dit le même journal, nos philosophes seront dispensés d'aller par mer jusqu'aux déserts lointains
16. Moses Mendelssohn. Betrachîin g Uber die Ungieichheit und GeseUiçjheit der Menschen. Lettre de Suisse. — Cf. M. Mendelssohn's gesammelte Schriften.. , hrsgg. von Prof. Dr. G. B. Mendelssohn, 3. Ed., Leipzig, 1S43, p. 46-2-463.
17. Mo.NTAiGN-E, Esnais. t pr. Paris, librairie Firmin-Didot, 188-2, chap. XXX. p. 203.