Mendelssohn, op. cit., p
pour y chercher « les hommes naturels «i^. — Il n'est pas étonnant que vers la fin du XYIII^ siècle, un autre ami de la a nature », Bernardin de Saint- Pierre, entraîné naguère au-delà des océans par le mirage d'une existence meilleure, ait situé dans une île lointaine cette vie de nature, idyllique et idéale, qu'il décrit avec complaisance pour l'enseignement des civilisés d'Europe, dans son roman de « Paul et Virginie » 2'\
La survivance du mirage chrétien et la naissance d'un nouvel Evangile : « Nature », « Raison », « Humanité ».
L'observation des contrées, des mœurs et des religions lointaines sei^-ait surtout à renouveler riTistoire des peuples antiques ^i. L'imagination aimait à se représenter les temps primitifs, où avaient dû vivre également des hommes simples et vertueux, moins oublieux encore d'une « innocence » première, et voisins même de l'origine du monde. Les historiens chrétiens avaient rapproché de cette 0 nature » primitive l'âme des peuples nouvellement observés, en appliquant à ceux-ci sa théorie de la « religion naturelle », qui suppose les hommes unis par une commune inspiration 22. On remontait aux premiers âges pour y deviner la source de cette immense tradition d'idéalisme, religieux apanage d'une humanité non corrompue. Début des temps et
19. Mexdelssohn. op. cit.. Patriotischei Entwurf. den Zustniid der Menschen uberhaupt gluchselifjer zu machen, p. 465-467.
•20. L'exotisme u topique n'a pas épargné le tliéàtre. Sur la .scène allemande, Kotzebue fait parler, avec une niaiserie qui se croit édifiante, quelques " ingénues » d'outre-mer : une << Prêtresse du Soleil >' (Leipzig. 1791), — ailleurs, la fille d'un nabab (1789), — ou encore une insulaire qui devient la noble compagne du navigateur La Peyrouse (1798).