‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 145 sur 210 · MIRABEAU, op. cit., p · texte numérisé non relu

MIRABEAU, op. cit., p

A LA RECHERCHE d'uN IDÉALISME 2Sl

En Allemagne, à la même époque, un pareil idéalisme s'était répandu comme une religiosité nouvelle à travers l'irréligion. Il aiïeetait même, dans certains esprits, l'aspect révolutionnaire. Vu adversaire de la franc-maçonnerie écrivait que les sociétés secrètes servaient à répandre, parmi les liommes de toute condition, des principes qui « sous peu » porteraient le plus vif préjudice à la religion révélée et aux princes. Le « système des Illuminés », alors connu par des publications, était — disait-il

— d'accord avec « les principes des Jacobins ^^ ». — Le danger, d'ailleurs, était signalé déjà dans la « Révélation de la république des cosmopolites ». L^n autre adversaire, en 1T9T, assurait que la francmaçonnerie avait préparé la Révolution, pour reparaître alors sous le nom de Jacobinisme. Des a Frères » allemands auraient fondé à Paris, en 1778, une Loge qui se mêla de l'organisation révolutionnaire et dont plusieurs membres jouèrent ensuite un grand rôle. D'ailleurs, Mayence n'a-t-elle pas été livrée aux Français par des francs-maçons^"?

— En vérité, l'Illuminisme projetait des cliangements sociaux. Par un écrit du 10 mars 1778, nous voyons que le Conseil supérieur de l'Ordre devait avoir une « politique ». Il concevait des projets d'action ; il enseignait à « s'attaquer peu à peu aux ennemis de la raison et de l'iiumanité ^^ ». L'appel à l'indépendance était la condamnation des a tyrans » : la « servitude » n'était-elle point la

46. Cf. Erinnerung ç/egen eine Stelle der neuesten Jesuiten Geschichte... Dans une série de fragments de l'époque.

47. Unutnstôsslicher Beweis, dass die Frei-Maurer Jahobiner und Schuld an allem Uvheil in der Welt sind. — Xebst menschenfreundlichen Vorsclilagen. Gegenstiick zum Augustin und Numa. Cairo, gedruckt unter den Pyramiden^ 5797, p. 10.

48. Einige OriginaUchriften des Illuminatenordens..., 1786, Mùnchen, p. 216.

compagne de cette décadence qui remplace la vertueuse liberté de l'âge d'or ? « Lorsque la tyrannie et le vice se propagèrent », lisons-nous, n'est-ce pas les francs-maçons qui s'unirent en secret, pour s'opposer à leur torrent ^^ ? — De tous temps, est-il dit ailleurs, les hommes honnêtes, unis par des liens « fraternels », furent les ennemis jurés du despotisme ^. — L'Evangile nouveau semblait donc libérateur, il encourageait à la Révolution. L' a Illuminisme » en Bavière, et aussi, dans toute l'Allemagne, des imaginations tentées par la France, accédèrent — du moins pour un temps — à cette forme d'enthousiasme.

Mais l'esprit allemand l'accommode plutôt à son Mysticisme :

La Nostalgie de l'âge d'or

et le retour à l'ancienne Allemagne.

Mais l'Allemagne protestante a réagi. Ce n'est pas qu'elle renonce à l'Idéalisme du siècle, pour l'apparence; mais elle n'en retiendra qu'une féerie spécieuse, qu'elle accommode à son esprit ou à ses désirs. A cette époque, philosophes et théologiens inaugurent une religion « pratique ». Une a Raison » nouvelle, instrument de discipline, impose ses postulats, et pour ses besoins ressuscite le Surnaturel. L'Etat devient le rêve d'avenir, — un Etat universel et mystique, oii se reconnaît le rêve séculaire du protestantisme, sa religion « intérieure », cette céleste communauté des âmes, qu'on voit prête à se réaliser sur terre, pour accomplir un destin.

49. Journal fur Freymanrer. Als Manuskript gedruckt fur Bruder und Meister des Ordens..., 1. Jahrgangs, 1. Vierteljahr. Wien, 5784, p. 89.

50. Die Jesuiten vertrieben ans der Frcymàurerey... Der Schottischen Maurerey. 2. Theil. Leipzig, 1788, p. 171.

A L-A. RECHERCHE D UN IDEALISME '2S'-\

C'est donc un Eden mystique qui séduit TAllemagne^i. En ces rêves, elle se concentre. L' « Humanité », la « Liberté » quelle imagine ont quelque chose d' « intérieur ». Avant de montrer que ces mots deviennent des fictions au service de TEtatisme ^'^, voyons comment l'Allemagne mystique interprète l'idéalisme du siècle, comment elle fait du « retour à la nature » ou aux vertus idylliques, un retour à l'Allemagne elle-même, et comme un rêve par souvenance.

D'abord, inspiré par les études historiques, l'idéalisme nouveau, ici comme en France, recherche r « état de nature » jusque dans l'Orient mythique et fabuleux. Schiller, s'arrêtant à la Grèce, interpelle cette divine antiquité : « Monde de beauté, où es-tu ? Reviens, charmante floraison de la nature! Hélas! c'est seulement dans la féerie des chansons que vit encore ton fabuleux vestige ^^ » . Pareillement, Hôlderlin évoque l'antique printemps de la Grèce. — En même temps, c'est le retour à l'enfance, à la simplicité d'une vie d'autrefois. Elle redonnerait une sagesse mystérieuse, pieusement gardée par des maitres vénérables, dépositaires d'une maçonnique Tradition — qui n'est autre que le sens même, le sens intime de la vie de nature. Parmi les « Disciples à Saïs » le romantique Xovalis nous signale « un enfant » à qui la divination est innée : il a le don de la lumière intérieure, qui est toujours la lumière des choses; « le Maître » reconnaît en lui un prédestiné. L'enfant « avait de grands yeux sombres, avec un fond bleu d'azur...

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