‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 15 sur 210 · Id , p · texte numérisé non relu

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valion. — C'est humainemeut qu'il faut interpréter ces histoires : Soyez berger avec des bergers, et Oriental avec des Orientaux.

L'aisance que donne à l'esprit l'intelligence des causes naturelles, lorsqu'il entrevoit cette connaissance comme possible ou prochaine, l'incite à se passer du miracle. Les apologistes ou les pieux exégètes, en voulant expliquer, rendaient un douteux service aux dogmes de toute religion. Il est si aisé d'étendre au merveilleux chrétien la leçon d'expérience qui résulte de ces recherches, le « Xaturalisme », comme on dit alors en Allemagne I On était amené à voir, dans les récits sacrés, des fictions déterminées par la nature des auteurs et les conditions de l'époque, au lieu d'y respecter une tradition divine et son indubitable vérité. D'ailleurs, il est agréable à l'esprit de ne rien excepter d'un ensemble de connaissances, lorsque l'expérience est devenue son principe.

S'il est admis que les religions naquirent de l'ignorance et d'illusions d'ailleurs naturelles, si tout en elles paraît explicable, jusqu'aux erreurs qu'on y voit, la connaissance doit défaire ce que l'inexpérience a entretenu. Aussi l'irréligion a-t-elle accompagné ce savoir moderne. Stàudiin ^^, un théologien de la fin du siècle, l'attestera en témoin de sou époque. Surtout de notre temps, dit-il, la connaissance de l'histoire humaine, « étendue par les relations de voyages », a propagé a le scepticisme en morale, en religion et en politique ». Un autre philosophe allemand, Jean Eck 20, reconnaît qu'en général l'expérience élimina le surnaturel. L'homme

19. Cari Fr. Stàudlix, Geschichte und Geist des Skepticisinus... Leipzig, 1794, l. Ed., p. 106.

20. J. G. Fr. Eck, Versuch die Wundenjeschichten des N. T. ans riatiirliclien l'rsachen zu erhldren... Berlin, 1795, p. 3-4.

se prit à voir avec d'autres yeux ce « merveilleux » qui se présentait à son observation. Comme on apprenait à se pénétrer de cette conception, que « tout ce qui arrive en ce monde, est naturel », il était également naturel que la croj'ance aux interventions de l'Au-delà se mît à décroître, et qu'on finît par attaquer, contester, rejeter « les miracles de la Bible ». Or par ces miracles, conclut le théoricien, on avait voulu établir la divinité et la vérité de notre religion.

L'idée de la relativité des croyances.

Les mœurs et les opinions des bommes sont en raison des milieux où ils vivent. Telle est la conviction générale qui anime un grand nombre d'esprits de cette époque. Avec le XIX° siècle, la tliéorie fera fortune : il ne l'a pas inventée. Au XYIII® siècle elle expliquait déjà la poésie hébraïque, la Bible, les usages religieux, les mythes, les mœurs, l'Humanité. Le thème des milieux est exposé longuement par les historiens, pour les pays divers. L^n livre fort connu en son temps, « la Physique de l'Histoire » ^i, s'attache à signaler Timportance des climats, leur influence sur la vie intellectuelle et morale. Le célèbre orientaliste Anquetil du Perron, dont les publications firent époque, trouve en la théologie de Zoroastre des lois de police, « souvent relatives au paj'S qu'habitoit le législateur Perse » ^2. On traite de ridicules, dit-il encore, « les défenses faites dans certains pays de manger de telle ou telle viande; tandis que si l'on examinait le sol ou la température de l'air de ces contrées, on y trouverait les raisons (jui peuvent avoir porté à ces défenses ». Ne savons-nous pas en effet que « le bo'ui est une

21. L'abbé Pichon, La Physique de l'Histoire. La Haye, 1765. 22 A. Du Perron, Zend-Avesta... Paris, 1771, t. II, p. 600

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nourriture trop forte pour ces climats »? Les puriiications usitées dans les pays chauds et kumides ne sont pas moins utiles que, dans ITnde, le respect pour le bœuf "^. — Parfois même l'intérêt d'un individu a déterminé un rite ; un fondateur de religion peut dissimuler ses volontés, en les appelant préceptes. Un autre orientaliste, Gagnier -^j raconte dans sa « vie de Mahomet » , ouvrage assez érudit pour son temps, que le prophète se nettoyait les dents « trois fois par nuit et sans doute autant pendant le jour », parce qu'il les avait fort belles, et en tirait certaine fierté ; mais, « pour éviter le ridicule que ces petits soins pouvaient lui donner, il en fit un précepte religieux, recommandant à ses disciples comme un moyen de perfection, l'exactitude à se nettoyer les dents ». Alors nous revenons à l'idée d' « Imposture », familière au siècle : les dogmes sont l'œuvre des prêtres, habiles et intéressés. Mais, dans ce sens encore, les religions demeurent relatives à l'esprit humain qui les inventa. Elles vécurent en fonction de ses désirs, de ses rêves ambitieux, ou de ses illusions.

Les opinions sont relatives aux hommes. Conclusion peu orthodoxe, si on l'applique aux croyances. « 17 ne foi universelle », écrit un franc-maçon allemand '2^, hostile au clergé, a a aussi peu de valeur qu'une panacée». Laissez au Turc son Mahomet, continue-t-il, au Chinois son Confucius et au Juif son Moïse. Leur morale convient à leur manière de vivre. Or cet apôtre de la tolérance tire argument de l'Histoire : l'historien Semler, cité par lui, n'a-t-il pas développé ce thème, que le climat, la complexion

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