‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 153 sur 210 · Cf. ci-dessus, chap. I et III · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, chap. I et III

A LA RECHERCHE d'UN IDÉALISME 293

Le siècle y inclinait. Le « retour à la nature » s'environnait d'une atmosphère religieuse. L'exubérance du sentiment devenait une inspiration révélatrice; la Xature était poésie, philosophie, religion nouvelle. Mais ici encore il faut tenir compte des tempéraments. En France, le goût public, en général, préféra d'aimables fantaisies ; et même l'exaltation d'un Eousseau ne fut point déshonorée par le puéril symbolisme qui entacha plutôt les imaginations du Xord. Là, en effet, il fallut des formes étonnantes, des mythes religieux et des mystères, une « science » mystique universelle. Or une telle conception de l'univers avait déjà sa théorie constante et traditionnelle : l'Occultisme. En France, ce fut à cette époque une fantaisie dispersée ou une manie circonscrite; en Allemagne, une passion nationale, qui pénétra l'esprit public, la littérature, la « science » elle-même ^^. Le délire intellectuel d'un Saint-Martin n'eut pas de meilleur écho que dans ce pays, où Grœthe et les Romantiques furent hantés de sciences occultes et de mysticisme. — Dans un « Essai sur la secte des Illuminés b, publié à Paris en 1T39, nous lisons : « En France, la cour est étrangère aux éléments de la théosophie... Les corps littéraires s'en moquent ; la bourgeoisie laborieuse, et heureusement peu instruite, est encore inaccessible à cette espèce de séduction » ; seulement il existe a une foule de petits partis anti-philosophiques composés de femmes savantes, d'abbés théologiens et de quelques prétendus sages ». Mais, en Allemaguie, les cours elles-mêmes a donnent une impulsion à tous les esprits ; ils sont plus solides que raffinés, dès lors on les convainc avec des mensonges,

80. Cf. nos «■ Origines mystiques de la Science " allemande " ».

mis en syllogismes ^^ ». Quant à l'Angleterre, ce n'y est pas « un système complet, à l'instar de l'Allemagne '^"^ ». Le « voj'ageur français » qui fait ce récit propose contre l'occultisme plusieurs remèdes : le cinquième moyen proposé est le « ridicule » : « la faiblesse de la crédulité, le travers des esprits faux, ce que nous appelons bêtise... deviendront une source féconde de plaisanteries sous les pinceaux de quelque Plante moderne ^^ ». — C'est vers la même époque, en 1786, que le baron de Knigge, en Allemagne, s'eftrayait de la propagation de a prétendues sciences supérieures » ^^.

Il ne s'agit pas seulement d'emprunts partiels, ou de traditions secrètes. C'est l'Allemagne entière pour qui le renouvellement intellectuel est un renouveau mystique. Elle imite l'occultisme, spontanément; elle le recompose au gré de ses aspirations.

La hantise du Mal, et l'armée de Dieu sur terre.

Par exemple, l'Age d'or est annoncé. Il couronnera le retour à la nature, et avec lui doit s'épanouir une « poésie » ^ prodigieuse et rajeunissante. Une Rédemption se prépare, grâce aux efforts d'une Maçonnerie mystique, d'une armée du Bien, immense communauté toute prête. Ici comme en France, une humanité maçonnique est le rêve du présent. Mais en Allemagne elle s'évoque comme

81. Essai sur la secte des Illumiués. Histoire secrète de la cour de Berlin ou Correspondance d'un voyageur François (1786-1787), ouvrage posthume. Paris, 1789. Introduction, p. vii-viii.

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