‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 154 sur 210 · Cf. ci-dessus · texte numérisé non relu

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A LA RECHERCHE d'uN IDÉALISME 295

une association intérieure, image de l'idéal protestant. Schleiermacher, esquissant l'Etat futur, exhorte les volontés à s'unir pour un religieux triomphe. Dans un enthousiaste pathos il s'exclame : a Qu'elle se noue plus étroitement et qu'elle s'élargisse, la belle et libre alliance des Conjurés pour les temps meilleurs ^ ».

Et le « mal », a-t-il l'abstraite imprécision d'une fiction de l'esprit ? X'est-il point vivant dans l'histoire du monde, pour ces imaginations hantées ? Il est la preuve matérielle de la « chute » et de ses effets perpétuels, le Satan incarné dans une armée fatale, qui nous enserre. Le Pessimisme inspire toute l'organisation protestante. Il a persuadé aux théologiens et aux philosophes constructeurs de l'Etatisme, la nécessité de l'erreur pour le peuple, et d'une discipline qui contraint les penchants de la nature. Même les illuminés, a les régénérés, les convertis », écrivait Semler ^'^''', a restent en chair et en os » ; et « l'homme pris en gros », pour Johann Gillet ^s, était « une bête à demi-sauvage ». — En même temps, parce que les hommes et les Etats ne vivent que d'appétits et de violence, le « besoin vital » d'un peuple sera la loi même des choses — pourvu qu'il s'exprime en la forme d'une discipline. Ainsi l'Etatisme ne pouvait reconnaître des hommes bons ni des esprits harmonieux. Parce qu'il comptait sur la violence, il a songé sans cesse à s'en garantir. Le pessimisme est logique. Et c'est au XYIII^ siècle,

86. Friedr. Schleiermacher, Monologen. Eine Neiijahrsgabe, 1800. — Schleiermaclier's sàmmtliche Werke. 3. Abt.. 1. Bd. Berlin, bei G. Reimer, 1846, p. 391.

87. J. S. Semler, Leljensheschreibimg von ihm selbst abgefasst, 2. Theil. Halle, 1782, p. 61.

88. Joh. Friedrich Gillet, Beantwortung der Frage : Kanii irgend eine Art von Tauschung dent Volhe zutràglich. seyn ?... Berlin, 1780, p. 15.

avec les débuts du Germanisme, que le a Mal » devient une hantise ^^. — Mais, en revanclie, par une fiction mystique, le bien est le terme idéal des volontés : il supposerait le détachement de tout désir terrestre — simple fiction en effet, qui ne fait pas oublier la réalité violente; il serait, dans la philosophie a pratique », le pur respect de la loi pour la loi elle-même ^o^ — ce qui d'ailleurs, on le déclare, n'a point cours chez les hommes tels qu'ils sont. Au « mal radical » s'oppose le mirage du Bien inaccessible, qui courbe du moins les hommes sous le Devoir. Dans le rêve mystique qui évoque un âge d'or, là, nous voyons Dieu enfin descendre sur terre, et l'armée du bien devenir réalité. Le mal est partout ailleurs, il est par exemple la France révolutionnaire, ou bien l'âme mauvaise de la nature, combattue par cette communauté munie d'une céleste discipline. L'armée du mal et l'armée du bien, comme deux Maçonneries, se disputeront l'univers, et Dieu triomphera. — Vers cette époque, dans le « Cléricat protestant des francs-maçons », il fallait se déclarer chrétien évangélique, assurer qu'on était prêt à « désarmer et anéantir » Satan, à « conserver et agrandir le royaume de Dieu ^i ». — « Peu d'années avant la Révolution française », écrit Jacobi, quelques écrivains firent grand bruit dans l'Allemagne protestante, en particulier les éditeurs de la a Eevue mensuelle de Berlin » et de la a Biblio-

89. Par suite, le retour à la Nature ne fut pas ici, comme chez Rousseau, l'occasion d'un dangereux optimisme social. Ou en tous cas son influence fut contrebalancée chez les artisans mystiques de l'Etat futur, par l'idée de la Discipline indispensable et du « Mal » permanent.

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