Id., chap. VII
veilleux rentre dans le cours des choses : a toute nature est Révélation, toute Révélation est nature », écrit Doderlein ^. Jean-Frédéric Eck, archidiacre à Liibben, et assesseur au consistoire, parle nettement du miracle « naturel ». Il voit en cette théorie un heureux expédient qui restaure dans l'Histoire le surnaturel éliminé précisément par les historiens. Il regrette que les explications « naturelles » de la Bible aient eu pour objet, jusqu'alors, a plutôt de montrer l'inanité de la croyance au merveilleux », que de lui donner un fondement nouveau. Si les miracles allégués par la Bible se réduisent à 1' « enchaînement naturel des choses », faut-il les rejeter du dogme ? Pour nous c'est sans intérêt, dit Eck ; mais, pour l'autorité de la religion écrite, il importe « que les témoignages de la Sainte Ecriture au sujet de miracles jadis advenus puissent reposer sur une vérité historique, quand bien même ces miracles, comme tels, n'auraient pas eu lieu » ^. Puisque les miracles sont utiles, ils doivent demeurer vrais... quand bien même ils ne le seraient pas. Cette absurdité arbitraire répond à une nécessité « pratique », comme la philosophie de l'époque. « Depuis longtemps déjà », reprend Eck, « on semble avoir ressenti le besoin de donner aux histoires merveilleuses de la Bible autant que possible une forme telle, qu'elles pussent paraître respectables à leurs adversaires eux-mêmes » ; « les écrits dogmatiques et exégétiques des théologiens de notre temps » s'en
4. D. Joh. Chr. Doderlein, Christlicher Religionsunterrichl riach den Bedûrfnissen unserer Zeit. Nach dem lateinischen von dem Verfasser selbst ausgearbeitet, 1. Theil, 2. Aufi. Nûrnberg und Altdorf, 1790, p. 39.
5. Joh. Christian Friedr. Eck, Versuch die Wundergeschichten des N. T. aus natûrlichen Ursachen zu erklâren, oder der Beweis von den Wundern in selner wahren Gestalt. Berlin, 1795. Avantpropos, p. III-IV.
occupent ^. Et la solution ne manquerait pas d'ingéniosité : « les histoires miraculeuses racontées dans les livres des Evangélistes », bien qu'elles ne soient plus a des histoires miraculeuses proprement dites », pourraient être considérées a comme des événements naturellement miraculeux. \ aurionsnous un réel avantage ? D'après notre sentiment, le Christianisme aurait gagné là une preuve très féconde, ferme et valable, de sa divinité... » '^.
De la sorte, pour concilier les deux notions inconciliables, on les mettait de force l'une dans l'autre, — comme si le surnaturel résidait dans la nature : vision mystique que la volonté imposait à l'esprit. Au nom du besoin « pratique », il fallait qu'il y eût du divin dans l'Histoire, a Tant que l'on expliquait encore les miracles d'après l'ancienne manière, comme un coup de force imposé par la divinité aux rouages de la nature, comme une interruption du cours de la nature, comme l'eÛ'et nécessaire et direct de l'intervention divine », alors assurément il était diihcile de les établir; « mais on a maintenant prouvé avec une netteté suffisante, que les miracles n'ont pas interrompu le cours de la nature, n'ont supprimé aucune loi de la nature, n'ont occasionné aucun saut dans la nature ^ » : Subtilité lumineuse 1 Le miracle est plus que la nature, il est divin, il est miracle, et pourtant il est nature. Nous comprenons fort bien : c'est du mysticisme ; les occultistes, de même, parlent de choses qui sont ce qu'elles ne sont pas 9. . .