‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 167 sur 210 · Cf. ci-dessus, chap. VIT · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, chap. VIT

18. S.\iNT JE.4X Cftrysostome. Œuvres complètes, trad. du grec en franc., par M. l'abbé Joly, t. Ter. — /4c Homélie sur l'Evangile de Saint-Jean, p. 446.

louable condescendance, dans la mesure de leurs capacités ou en se prêtant aux circonstances.

Or, où était le devoir de Dieu, à la naissance du Christianisme ? La nécessité pratique exigeait une Révélation. Dès lors, Dieu a dû prévoir et ce besoin, et sa satisfaction, dans le plan du monde, dès l'origine : il dut donner à la nature rorganisation nécessaire pour produire ce « naturel » miracle ^^, au service de Texigence pratique. L'humaine utilité de la Révélation devient le critère qui la juge et qui la décrète surnaturelle. Ne pourra-t-on pas dire que toujours, a priori, Dieu « dut » s'adapter au « Besoin » d'un peuple ? Herder, pour sa part, écrit que « Dieu s'accommode à celui avec qui il parle, et pour qui il agit » '^o. Ce n'est encore qu'un indice : la philosophie « pratique » en fait bientôt un postulat. Kant soumet le fait de la Révélation au « critérium » de l'utilité ^^ Dieu « l'Omniscient », écrit Seiler en 1796, « vit d'avance, de toute éternité, les besoins des hommes qui doivent être convaincus au moyen de miracles, il vit aussi l'occasion des miracles, puis le désir de Jésus et des apôtres, leur volonté de faire ici ou là un miracle ; il a organisé de telle sorte le monde des corps, le monde sensible, que l'événement miraculeux advint en le temps oii Jésus et les apôtres l'exigeaient » 22. — « Dieu pouvait-il révéler aux hommes des choses qui n'étaient pas des besoins pour eux à l'époque de la

19. Cf. d'ailleurs la théorie en cours, à cette époque; ci-dessus.

20. Herder, Briefe das Stitdium der Théologie betreffend (1780- 1785), éd. cit., 10. Ed., p. 147-148.

21. Kant, Die Religion innerhall) der Grenzen der hlossen Vernunft, 1793. — Kaxt, éd. cit., 1. Abt., 6. Bd. Berlin, 1907, p. 112.

22. D. G. Fr. Seiler, Ueb. die gôttl. Offenb..., 1. Th., 1796. Avant-propos (non paginé, p. 10).

Révélation ? — Xon 23 | b^ répond Jung-Stilling, dans un roman mystique et annonciateur qui joint à son rêve romantique d'organisation sociale Tine vision pratique de l'univers à la manière des théologiens philosophes. — Dieu, lisons-nous ailleurs ^^, est a l'éducateur moral du genre humain », et à cet effet il doit se servir des moyens que la « Raison » décrète. Car « elle trouve dans la notion morale de Dieu un motif pour prétendre qu'il emploie tous les procédés qui profitent à la moralité et à la religion». Or, l'existence d' « une société religieuse » est une condition « indispensable à l'avancement de la religion et de la" moralité : il faut donc admettre que Dieu — en tant qu'éducateur moral de l'humanité — a pris une mesure qui ait mis à la base d'une société religieuse un code de dogmes religieux et d'institutions sociales. Fne telle mesure, nous la nommons une Révélation ». Et le tour est joué : aux preuves directes de la révélation, qui font défaut, se substitue un critérium pratique : la prétendue révélation a-t-elle servi l'intérêt de la moralité dans une société religieuse ? L'événement qui satisfait à une telle exigence s'appelle une Révélation; alors on peut dire : voilà du surnaturel; assurément Dieu a parlé. — Dans un ouvrage sur la philosophie de Fichte, nous lisons : « Peut-il y avoir un besoin moral empirique, qui exigerait plus ou moins instamment que d'une manière générale Dieu fît connaître par une action surnaturelle les vérités pratiques contenues dans l'idée de reli-

•23. Joh. Heinr. .Iung's, rjnwvnt Stilling Sàmmtliche Werhe. Neue vollstàndige Ausg. Stuttgart, J. Scheible's Buchhandlung, 1841, 4. Bd. — Dos Heirmveh, 2. ïheil, p. 50ô.

24. Hrsgg. von Stàudlin, Beitrâge znr Philos, und Gesch. der Rel..., op. cit., 1. Ed.. 1797, p. 142-144.

LA (( CULTURE » ET LE GERMANISME 31o

g'ion ?» 25 — problème que le commentateur résout par l'affirmative. Alors il présente le cas d'un peuple dont les idées religieuses manquent de cette netteté et de cette « certitude » « qui est nécessaire pour qu'elles soient utilisables pratiquement ». Par exemple le peuple peut avoir l'obscure notion d'une vie future et d'un état de récompense, mais sans qu'elle soit soutenue par des motifs suffisants : dès lors, « en vue de la pratique », elle vaut aussi peu ou même pis que si elle était absente 20. Ici se place donc le devoir de Dieu : si les idées religieuses d'un peuple sont douteuses et inutilisables, alors a intervient le besoin d'une Eévélation et par suite sa possibilité » ^. a Or ce besoin moral est dès maintenant impérieux, le peuple est en telle situation, qu'on devrait y pourvpir dès Tnaintenant. Dieu est déterminé par la Loi morale à pourvoir aux besoins moraux de tous les êtres rationnels... Par conséquent, on peut considérer du moins comme possible, que Dieu agira ainsi dans le cas donné et à l'instant même, puisque le besoin est déjà monté à un très haut degré ». On peut escompter qu'en cet instant précis il usera du moyen nécessaire, et qu'il fera connaître « les vérités pratiques par révélation surnaturelle » 28.

Au nom d'un pacte implicite entre Dieu et la Philosophie, ne sait-on pas que les religions utiles furent par là même des religions inspirées, et que la providence dut se prêter toujours à l'exigence

25. D. Gottlob Christian Storr's Bemerhungen Uber KanVs pliilosophische Religiovslehre. Tubingen, 1794. Uebersetzers iiber den aus Principien der praktischen Vernunft hergeleiteten Ueberzeugungsgrund von der Môglichkeit einer Offenbarung in Beziehung auf Fichte's Versuch einer Critik aller Offenbarung. p. 1S4.

Page 1