‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 17 sur 210 · L EXPERIENCE HISTORIQUE ET LES IDEES NOUVELLES · texte numérisé non relu

L EXPERIENCE HISTORIQUE ET LES IDEES NOUVELLES

blances, elles s'expliquent par le climat, « le degré de connaissances qu'on a eues dans chaque âge », et souvent même par des « causes fortuites et momentanées ».

L'idée de la continuité de l'Histoire, et le désir d'une Science universelle de l'Homme.

L'unité de l'espèce humaine dans la diversité des milieux et des temps se présente comme un développement continu. Xous dirions que l'esprit évolue avec le monde. Mais au XTIII® siècle on aime à penser qu'il se « perfectionne », en un sens moral ou quasi religieux, et que la nature collabore avec lui à quelque ouvrage élevé que lui ménage une destinée providentielle. L'Evolution s'appelle volontiers « Progrès » : on assure que l'iiomme est perfectible de nature. Le Cliristianisme avait répété qu'une religion « naturelle » ou « rationnelle » élève l'homme à la vérité divine et à la morale d'une sainte vie. Une telle idée d'un ordre providentiel qui dirige la nature et l'homme vers le Bien, apparaît dans les fantaisies historiques du XYIII^ siècle où elle imite la théorie de l'Evolution. Court de Gébelin ^~ voit dans la « perfectibilité » une prédestination. Les apologistes n'avaient pas mieux dit. Développant ce thème dans un sens singulièrement a pratique » , la philosophie nationale de l'Allemagne imaginera le plan d'une éducation de l'humanité au cours des âges, jusqu'à un terme qui ne tarde pas à devenir le Germanisme. Cette conception religieuse date du XVIII® siècle, elle porte la marque de son temps, elle dérive des visions apologétiques, elle voit dans

27. CoL'RT DE GÉBELIN, Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne..., t. Pr. Paris, 1773, p. 79-80.

la marche des événements le prosrrès d'une éducation providentielle qui conduit l'humanité jusqu'à la a Culture » allemande, idéal prédestiné. Nous y reconnaîtrons l'esprit maçonnique du XYIII® siècle, qui reflète à la fois la synthèse chrétienne de l'Histoire et l'idée moderne d'évolution — entendue comme l'initiation prog-ressive et fatale du genre humain... dans le sens assigîié par les exigences du présent. Le destin de l'humanité s'exprime toujours par une tradition, pour la force et la gloire d'une troupe d'initiés : les adeptes jouent le rôle de dirigeants, ou de « porteurs de Culture » ^, dans une nation qui devient elle-même le « sel de la terre ». rS^e nous y trompons pas : c'est un assaisonnement aux idées d'une époque, dans l'intérêt d'une réaction d'Etat 29.

En face des religions, dont le respect s'amoindrit, nous le voyons, en même temps que le merveilleux est éliminé de l'histoire, l'idée de Nature et d'Humanité prend de la force et s^étend. On revendiquera pour elle ce caractère de vérité générale que le christianisme, dans un autre sens, réclamait pour lui-même en Histoire.

On se propose de rassembler en un vaste tableau cette humanité que résume l'esprit du présent. Avant tout, quel fut le berceau du genre humain? Le point de départ est en effet l'énigme attirante. Arabie ou Phénicie? Chine ou Egypte? Telle serait la question d'origine, discutée par un de Guignes ou un Michaelis, — histoire des mœurs, des sociétés, de la pensée, avec les religions, — histoire aussi de l'avenir : vaste sujet, s'écrie Herder^O; le genre

28. « Kulturtrâger », dans le vocabulaire de l'Etatisme allemand.

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