Cf. ci des.sns
Schelling, a les mêmes postulats de la Raison ^2. Xouvelle apologétique ! La Raison « pratique », religion du présent, revendique a priori le témoignage de l'univers : « Les vérités et les principes moraux du système de Kant », écrivait en 1790 Jean-Guillaume Sclimid, professeur de tliéologie à léna, « datent de temps immémorial, ils sont la propriété du sens commun, et Kant les a mis seulement en lumière avec une perspicacité merveilleuse, il en a fait le fondement d'un pur système »'^3 Le Pangermanisme moderne s'inspirera de cette même pliilosopliie religieuse qui, en Allemagne, à la fin du XYIII® siècle, fait de sa volonté la loi de l'univers, le destin des liommes, le sens même des Evangiles révolus, et la mission de l'avenir. Il invoque le Christianisme en le dépassant. L'Idéal germanique du présent exprime et recommence l'idéal du passé chrétien; il l'achève, et réalise le but de l'Histoire. Tel est le passage « du CUristiaîiisme au Germanisme j>^^.
r) En eux s'achève la Tradition des grands Inspirés, éducateurs du genre humain par le prestige d'utiles fictions.
Le surnaturel à travers l'histoire, d'après de tels interprètes, c'est tout ce qui servit à l'éducation de l'homme. On dira que les religions furent réellement divines, en tant qu'elles furent des moyens opportuns, nécessaires, à travers cette perpétuelle destinée. Les révélations prétendues, eurent-elles qualité de miracles ? En tous cas^ elles firent le
42. Schelling, m agister dissertation. — Schelling, éd. cit., 1. Abt., 1. Ed.. p. 5, note 2.
43. Joh. W. SCHMID, Ueber den Geist der Sittcnlehre Jesu vnd setner Apostel. Jena, 1790, p. 38-39.
44. Fr. Lange. Reines Deutschtnm, 4 Aiifl Berlin, 1904, p. 126.
LA a CULTURE » ET LE GERMANISME 319
miracle d'être des fictions utiles en leur temps, au sens où le philosophe entend l'utilité. Illusions humaines sans doute, mais illusions surnaturelles puisque pratiquement elles préparent ou réalisent notre « Culture ».
La théorie de la valeur éducative et quasi providentielle de l'illusion religieuse à travers les âges séduit ces éducateurs qui tendent eux-mêmes à ne voir en la religion qu'une vision nécessaire à leur temps. Le théologien Steinbart trouvait bon que le christianisme se fût prêté à des formes diverses, nécessaires à des époques et à des hommes divers. Fictions si l'on veut : mais quel avantage ne résulte pas de ces dogmes symboliques qui servaient de fondement à la discipline morale ? Quelque « superstition », quelque a absurdité » qu'on y puisse découvrir, écrit un théoricien, « toutes les religions du monde ont eu leur grande utilité : elles ont calmé les consciences, encouragé la probité et la vertu ». P^rreurs peut-être, mais il convient de les louer pour leur excellence opportune, n'eussent-elles même propagé au début que certaines « vertus politiques sans lesquelles les sociétés civiles ne pouvaient se former ni se maintenir » ^^. Xous reconnaissons le point de vue de l'Etatisme qui revendique ici le modèle du passé, pour la discipline religieuse du présent. La religion, dit l'auteur, assure la notion d'un a gouvernement moral du monde »; et de la sorte, l'obéissance aux règles de la moralité aura le bonheur pour récompense. Tous les autres dogmes ne sont que « des notions auxiliaires », qui mettent
45. G. s. Steixbart, System der reinen Philosophie oder Gliichseligheitslehre des Christenthums, fur die Bedùrfnisse seiner mifegeklàrteri Lande sleute.... 2. sehr verm. Aufl. Zûllichau. I7S0, p. 309-310.
ces « vérités » « à la portée de rintelligence des esprits sensuels » ^^.
Ainsi nous revenons à cette fameuse théorie, que les religions ne furent qu'une fantasmagorie habile, à l'usage des prêtres calculateurs. Elle sert déjà d'argument pour la duplicité, dans le système Etatiste ^*'^. Mais l'imposture préfère s'appeler précaution éducative : ce n'est plus tromperie, c'est seulement une illusion nécessaire au peuple. On ne ment plus : on initie. — La Franc-Maçonnerie adoptait elle-même, dans un sens précis et pratique, cette théorie de l'illusion opportune. Elle aimait à considérer que les « hommes sont des êtres sensibles, qu'on dirige plus facilement par de vives impressions de l'imagination que par de froids calculs de l'esprit ». On se répétait que les anciens prêtres d'Isis et de Gérés se servirent de figures, de symboles et de cérémonies superstitieuses, pour corriger les abus et les vices. Une société qui n'a pas d'autre moyen de contrainte que la morale, conclue-t-on, doit donc user de ces allégories avec une habile sagesse. Bref, « ces symboles et mystères sont la plus excellente nourriture de l'esprit humain » : ils éblouissent l'insensé, ils déconcertent l'indiscret; seul le sage trouve en eux, avec contentement intérieur, l'expression de ses principes secrets ^^. L'abbé Bazin — alias Voltaire — ne disait-il pas déjà en 1765, que les anciens « Philosophes », pour ramener « les hommes à la raison et à la morale », usèrent de fiction ? « Ces sages se servirent de la superstition même pour en corriger les abus énormes,