Cf. ci-dessus, chap VI
parce que le peuple en était incapable ou indigne : le peuple n'était pas mûr. Cette déviation des idées ou des mots est fort avantageuse. Elle évite les déclarations brutales, masque le cynisme de l'imposture. Elle invoque l'éducation du peuple, les précautions nécessaires, et s'orne d'une auréole d'humanité 5^.
Cette théorie, fort opportune, du caractère éducatif des fictions religieuses, prend bientôt un sens mystique en Allemagne. De même qu'une divine providence réside en la nature pour l'éducation des hommes, et qu'ainsi se justifie de nouveau le miracle... le « miracle naturel » ^^, de même les philosophies religieuses, pour être humaines, n'en restent pas moins sacrées, et miraculeuses. Aux yeux de Bahrdt, l'humaine formation de la si habile a philosophie » de Jésus sert précisément — ô merveille ! — à y montrer le doigt de Dieu ^^. — Jésus se prêta au besoin de son public : il sut jouer de rillusion, pour amener les hommes à lui; et a dans plus d'un cas, bien que la marche des choses fût tout à fait ordinaire, il s'est donné aux yeux de ses témoins l'autorité du plus grand thaumaturge ». xVinsi parle Jean Eck, archidiacre à Lûbben et
54. L'auteur du « Jésus Christus der Wahrheltslehrer hein Volkstduscher » (Erlang, bei J. J. Palm, 1787. Vorerinnerung), qui a signalé le danger de l'Imposture, facilement ébruitée (cf. cidessus, chap. VII), déclare préférer au système de l'Imposture celui de la « condescendance » éducative : ce n'est plus du mensonge, c'est une pédagogie qui se prête « aux opinions humaines », à la faiblesse des hommes, dans l'enseignement religieux. Et il donne en exemple Dieu lui-même qui, voulant éduquer les Juifs par la Loi, s'est servi de formes familières, de leurs erreurs, pour faire passer son enseignement. Ce n'est point tromperie, dit l'auteur, mais conde.scendance...