Cf. ci-dessus, le présent chapitre
138. J. Fr. RONXBERG, Ucber SymboUsche Bûcher im Bezug aufs Staatsrecht, 2. Aufl. Rostock, 1790.
que TOUS ne nous aurez pas prouvé avec rigueur historique, monsieur, que le peuple a exigé les Livres symboliques, aussi longtemps nous vous traiterons, à haute voix et publiquement, de menteur... Vous parlez vraiment comme si vous y aviez été, ou comme si c'était une chose de notoriété mondiale... Tous posez la question : pourquoi le peuple a-t-il senti le besoin des symboles ? Et vous répondez : pour cette raison, que les sj'mboles sont nécessaires. Dites, si vous ne devez pas rougir de pareilles conclusions ^39 » Mais Rônnberg, représentant de r « Etat » auquel incombe l'œuvre de discipline et de « culture », ne possédait-il pas a priori le sens privilégié du besoin d'un peuple, ou de la conscience d'autrui, plus sûrement que les intéressés eux-mêmes ? — Cette mentalité s'adressant à l'univers, le même principe devient le droit à la domination, précisément au nom de ceux que l'on opprime. Bien plus tard, pendant une guerre, l'historien Tieitsohke décrétera l'intime desideratum des annexés, de par sa divination compétente. Il s'agit des Alsaciens : leur laissera-t-on le drapeau bleu et blanc, ou jaune et rouge ? — « Non, ces Allemands... ne savent qu'une chose, c'est qu'ils doivent devenir Prussiens, s'ils cessent d'être Français » ^^^. Ne parle-t-il pas, a priori, au nom des Alsaciens ? — Et s'ils objectent leur volonté ? Comment! ils protesteraient contre leur vraie liberté dont on a le sens et qu'on leur apporte ? « Comment ? » s'écrie Treitscbke, « ces garçons allemands nous en vou-
139. Cari Fr. Bahrdt, Prùfung der Schrift des Hofraths Bônnh'^rg iiher symboUsche Bûcher in Bezlehung aufs Staalsrecht. In Briefen. Halle, 1791, p. 52.
140. TREiTSCHKE, Was fordem wir von Frankreich ? Heidelberg, 30. AugTist 1870 ^Preuss. Jahrbùcher, Bd. 26. p. 367 £f.). — Dans : Zehn Jahre Deutscher Kampfe, s. Aufl.. Theil 2. Berlin, 1897, p. 363.
LA (( CULTURE )) ET LE GERMANISME S-'iO
draient de ce qu'on ne les force plus à apprendre le welsche ? » ^^i — Et s'ils protestent encore ? Alors, n'est-ce pas au nom de leur « culture » qu'on les oblige à être Prussiens ? Devoir de civilisation ! Des Prussiens ardents, dit Treitschke, s'écrient d'un ton méprisant : « cette canaille dégermanisée n'est pas digne du nom prussien : à de tels scrupules il n'est qu'une réponse : Noblesse oblige ! ^^2 „
Mieux encore : l'Etat privilégié par sa forte discipline et sa « Culture » ne peut-il pas dénier à un peuple son existeiice même, sa conscience de peuple ? — En 1866, Bismarck, devant la Chambre prussienne, répondait à un député de la province de Posen, qui soutenait les droits de la nation polonaise : « Il a dit qu'il représente ici le peuple polonais : une telle manière de parler est contraire à la Constitution ». Bismarck prétend savoir, il affirme que les Slaves, « dans le fond de leurs cœurs, ne se séparent pas du peuple prussien ». Enrégimentés par la Prusse, n'ont-ils pas été forcés de combattre contre l'Autriclie ? Dès lors, vous voyez bien qu'ils nous aiment î La population polonaise a scellé de son sang « sa conviction qu'elle appartient au peuple prussien, et la distinction que vous avez établie artificiellement, n'existe pas dans les cœurs de ceux que vous représentez ici... » ^^^ Le peuple assimilé méritait de l'être, et pour cette raison il n'est plus un peuple, bien mieux : on sait qu'il ne veut plus l'être. Et Bismarck, répondant plus tard, en séance du Eeicbstag, à « quelque vingt députés »