Cf. ci-dessus, dans le présent chapitre
ff notre allié de Kossbach » ^^'^, c'est encore une pieuse pudeur : on pourrait le nommer, avec Arndt, « le Dieu allemand d^^^. Mais, mieux encore, le divin s'incarne dans ces volontés, et par suite, « tout Allemand qui le veut », dit le pangermaniste, « peut parvenir de plus en plus à faire apercevoir l'Evangile qui s'est fait chair en lui » ^^^.
C'est la volonté impérative qui évoque Dieu, elle encore qui commande au monde, et n'y trouve que sa propre réalité. Le Germanisme, produit artificiel d'une pliilosopliique théologie d'Etat, dont la « Culture » — obscurantisme déguisé — n'est que l'ensemble des fictions voulues pour une discipline, apparaît au XYIIP siècle et demeure constant dans l'Histoire, de par cette discipline. Déjà, avec les premiers philosophes kantiens, cette « Eaison », au nom de son indiscutable privilège d'organisation a morale », s'arrogeait vis-à-vis des temps cet empire, et faisait du passé même son esclave. Hegel ne voyait-j] pas cette « Eaison », nouvelle incarnation du « Germanisme », « dominant le monde » et <r ayant dominé » toujours l'histoire du monde ^^^ ? Schelling n"aifirmait-il pas déjà le « plan moral de l'univers » « prédestiné par la Raison, en tant qu'elle est absolue » ^^'^ ? Usant du même droit, pour prêter aux événements « une marche » conforme à « notre Raison », Freytag, apologiste du G?:ma-
158. Guillaume II, Discours du 24 février 1892. — Bans : Die Reden K. Wilhelins II. in den Jahrcn fS8S-fS95. Leipzig. Reclam. 1. Theil. p. 209.
159. E. M. ARNDT, Geist dcr Zeit. 3. Theil. London. 1813. Bel Th. Boosey, p. 449.
160. Paul VON Lagarde. Deutsche Srhriften. Gôttingen, 1878. Dieterichsche A'erlagsbuchhandlung, p. 53.
161. G. W. Fr. Hegel, Werke, éd. cit., 9. Ed. Vorlesungen ub'^r die Philosophie der Geschichte, p. 29.
162. Schelling, Ueber Offenharumj und Volhsuntenicht (1798), éd. cit., 1. Abt., 1. Ed., p. 480.
nisine, encouragera les Allemands à renouveler l'histoire du passé d'après leur « besoin ». Tentative purement apologétique, mais chargée de je ne sais quelle lourde outrecuidance, depuis que la philosophie hégélienne a germanisé la vision chrétienne de rilistoire. Il semble maintenant, quelques guerres heureuses y ayant encore ajouté, que le privilège moral des plus forts ait droit de conquête sur l'Histoire. « C'est le droit des vivants, d'interpréter tout le passé selon le besoin et les exigences de leur propre temps » 163^ — Et puisqu'il en est ainsi du passé, que dire du présent, sinon que « l'esprit germanique est l'esprit du monde nouveau », ainsi que Hegel l'annonçait déjà 1^* P « L'humanité germanique » n'enferme-t-elle pas a le salut et la Rédemption ? ^^5 » Ici reparaît, et avec une hypocrite brutalité dont il est peu d'exemples, la parure « morale » de ce droit du plus fort. « Les peuples à l'entour », lisons-nous dans un ouvrage fameux sur le « Pur Germanisme », a sont ou bien des fruits mûrs, bientôt flétris, qu'un prochain orage peut secouer de l'arbre, tels que Turcs, Grecs, Espagnols, Portugais et une grande partie des Slaves; ou bien ils sont, il est vrai, orgueilleux et joyeux de leur race, mais sénilement raffinés en leur culture ^^^, pauvres en leur génération... comme les Français... Qui sait si nous. Allemands, nous ne sommes pas destinés à être la
163. Gustav Freyt.\g, Bilder ans der deittschen Vergangenheit, 4. Bd. .4 us ncuer Zeit. — G. Freytag. Gesammelte Werke, 2. Aufl , 21. Bd. Leipzig, Verlag von S. Hirzel, 1898, p. 492-493.