Id., p
18. Die Jesuiten vertrieben aus der Freymàurerey... Der Schottischen Maurerey 2. Theil. Leipzig, 1788, p. 168-171.
19. J. P. Mazaroz .'.. La Franc-Maçonnerie scientifique. Paris. 18^. D. 7.
l'esprit du xviii^ siècle 73
L'étude historique des « Mystères » religieux de l'antiquité, et la vogue de l'Esotérisme maçonnique — ou des « Mystères du présent ».
Mais la Maçonnerie, rappelons-le, est un Esotérisme ; tons doivent y tendre, mais elle n'est pas à tous : sa tradition reste mystérieuse, et voilée, de nature. Elle est le « sens » de Ttiumanité plutôt que l'humanité elle-même. Dès lors, elle possède un savoir destiné aux liommes. mais que les hommes ont méconnu. La clef mag'ique des choses resta dérobée aux profanes. Ainsi les théoriciens, puisqu'ils n'attribuent la tradition maçonnique au passé qu'à condition de l'y voir toujours dissimulée, adoptent l'attitude même qu'avaient prise les apologistes chrétiens, et que nous avons définie au début de cette étude. De part et d'autre, on soutient que les Mystères antiques cachaient une vérité divine, cette « Yérité » qu'on avait sauvée de l'universelle décadence et transmise à l'écart du peuple idolâtre. Car ces mystères, dit le franc-maçon Stark 20, « sont la lumière, incompatible avec l'obscurité ». Par suite, on n'admet point qu'un seul culte ait pu s'en passer : ils enfermaient la Religion véritable, dissimulée, intérieure, à travers les religions. Ce réveil de l'antiquité mystérieuse et comme voilée, coïncidait avec la vogue d'un singulier esprit de synthèse historique où survivait le préjugé de l'Apologie.
Ces Mystères du passé, la Maçonnerie les prolonge dans le présent. Avec le siècle, elle vante leur sagesse M humaine » ; et elle s'en approprie le privilège par droit d'hypothétique héritage. Mystères de tout
20. Ueber den Zwech des Freimaurerordens, 2., revidirte Auflage. Berlin, 1781, p. 197.
temps, donc Mystères d'aujourd'liui ; liumanité d'Initiés.
Les antiques mystères, écrivait un liistorien chrétien 21, étaient a le point de ralliement d'une société de gens sensés ». Or le « Mystagogue » '^'^ pense de même, puisqu'il attribue au « cénacle des prêtres » la conservation de la « vérité » en tous t^mps. Ils auraient songé en effet, après la décadence de la religion primitive, à la maintenir en dehors des superstitions populaires. Telle serait l'origine des mystères qu'on trouve cliez les Clialdéens, les Celtes, les Hindous, les Ethiopiens, les Egyptiens. Tous les lieux où ils habitaient, forêts du Xord, collines en Chaldée, cavernes d'Egypte, « étaient commodes pour dérober la Vérité aux yeux du peuple et ne la communiquer qu'à celui qui avait prouvé par les plus dures épreuves... qu'il en était digne ; et c'est l'origine de tous les Mystères de l'antiquité nébuleuse ». Dow, l'orientaliste, n'affirme-t-il pas 23 que les Bramins sont des gens très éclairés et instruits et que leurs livres sacrés contiennent des notions élevées et philosophiques sur la divinité, sur la naissance du monde, ses révolutions, et l'âme humaine ? Les Egyptiens ont eu aussi des hommes très sages : Jablonski, La Croze et Cudworth l'ont démontré. Brisson, Boulanger, Heurnius se sont efforcés d'établir que les mages des Perses et des Chaldéens furent des prêtres-philosophes, dont l'érudition consistait en une belle théologie fondée sur l'adoration d'un Dieu unique.
21. Mémoires de l'Acad. des Inscriptions..., t. XXVII. 3© Mém. sur le Principe actif de l'univers..., par M. l'abbé Le Batteux, 1757. p. 232.
22. Der MystaffOf/ oder vom Ursprung und Entstehung aller Mysterien und Hieroglyphen der Allen welche auf die Frcymnnrerey Bezng hahen... Osnabriick und Hanun, 1789, p. 14-15.
23. Ueher den Zwech des Freimaurerordens..., op. cit., p. 198-229.
— D'après un autre témoignage du temps 2^, les savants ont ainsi disposé les esprits, par leur jugement favorable, à clierclier dans les Mystères antiques les lois de la sagesse. Les questions relatives à leur signification gagnent en importance à mesure que les historiens y trouvent eux-mêmes une école de vertu, un enseignement élevé, et s'efforcent de l'établir. C'est ainsi, portée par les études d'histoire, que la Maçonnerie avait étendu son rêve à la totalité des religions connues, ou, autrement dit, à l'humanité de tous les temps.
La manie de prêter au passé la conviction secrète des « vérités » du présent.
L'avenir est enfant du présent, écrira Herder; or le présent est enfant du passé. Ces deux propositions nous servent à en déduire une troisième : cherchons le lien de l'univers ^. Les historiens n'avaient pas d'ambition plus chère; le christianisme montrait la voie, lorsqu'il rassemblait les témoignages des peuples, pour l'instruction du présent. Et la Maçonnerie, à son tour, ressuscitant « l'antiquité symbolique », promet une espérance dérivée d'autrefois '^.
Le siècle s'accoutume à réclamer le témoignage des temps pour toutes les théories qu'il offre aux contemporains en Evangile. Son sans une certaine
24. Characteristich der AUen Mysterien fiir Gelehrte und Ungelehrte, Freymdurer und Fremde, aus den Original-Schriftstellern. Frankfurt und Leipzig, 1787. Vorbericht, p. 3.
25. Herder. Zerstreute Blàtter. Hrsgg. von B. Suphan, XVI. Bel., 6. Sammlung, 1797, p. 372.
26. Rede vom Glauben an Unsterblichheit. Dem H. W. M. B. von Rexin, K. Pr. Geheimdenrath in der Trauerloge... am 21. Dec. 1790 gehalten von Georg Gust^v Fulleborn. Glogau, p. 1-3.
spontanéité naïve, qui résulte des habitudes apologétiques, exagérées par les Maçonneries, il réduit le passé à ses convictions. Ce procédé découle du préjugé d'une Tradition. A la suite du christianisme, on adopte l'illusion, du haut d'une philosophie du présent, de dominer le passé ; on se plaît à voir ses idées ou ses sentiments, sa « Raison »... ou ses désirs, cheminer sous des noms de sages, d'habiles calculateurs ou d'enthousiastes apôtres, à l'autre bout du monde ou dans des temps reculés. (3n en veut retirer pour ses théories certaine confirmation qu'il n'est vraiment que trop aisé de s'octroyer : comme si le double prestige des temps lointains et du mot d'Histoire — encore accru par la vogue des fabuleux voyages — prêtait son autorité aux systèmes de l'époque. A ce compte, toutes les opinions religieuses, intellectuelles, politiques, prendront au moins comme parure le manteau de cette fiction. Mais leur plaisante illusion d'histoire, à demisincère et encore spirituelle, ne balance pas le défaut des nombreux faiseurs de systèmes qui construisent sérieusement ou par volonté « pratique » d'arbitraires Traditions. Ici se place l'œuvre historique de la philosophie allemande qui fera délibérément de ses « exigences » ou besoins le centre de l'univers : elle décidera, a priori, l'orientation du passé; la Raison « pratique » décrétera ce qui fut, en établissant ce qui était nécessaire pour la providentielle préparation des hommes à la Discipline nécessaire et idéale. L'Histoire ne sera plus que la servante de ce Germanisme, nouvelle vision maçonnique qui s'approprie le monde du passé et de l'avenir. — Mais il faut que le thème de l'évolution pénètre et renouvelle l'idée maçonnique d'initiation, en l'appliquant à la succession des temps et à la marche même de
l'Histoire. Alors l'idée de « culture » germanique, sj'nthèse idéologique de l'univers, nouveau produit de cette époque, sera expliquée comme une déformation naturelle du XYIII^ siècle ^7. Auparavant, il faudra présenter ses conditions particulières et locales : l'esprit du protestantisme en Prusse, l'effet des idées nouvelles sur ce milieu, et la réaction par intérêt d'Etat -^. Cette aberration volontaire du Germanisme, qui fera de l'histoire liumaine la vassale de ses intérêts actuels, était longuement préparée par l'innocente manie du siècle. L'univers aboutissait si bien à l'Evangile du présent, que toute espèce de théoriciens prêtaient au passé, par un facile mirage, quelque tradition ou orientation conforme à leurs vues.
On veut que le présent soit enfant du passé ; on ne le conçoit plus que justifié par les siècles. Sous prétexte d'historique témoignage, on voit l'histoire comme il convient à la philosophie préférée. Le passé semble ajouter aux vérités nouvelles un lustre d'ancienneté vénérable, et les revêt d'autorité. — L'imaginaire « Saint-Xicaise », type du Eosecroix mj'stique, tient les antiques mystères égyptiens pour des écoles de ce qu'il professe : la magie et l'alchimie en auraient été le sens. — Mais son adversaire, 1' « Anti-Saint-Xicaise » ^9, qui au contraire s'inspire des Epicuriens, voudra que les mêmes mystères aient révélé la doctrine d'Epicure. — Pour un occultiste ^^, détenteur de la panacée « hermétique », son merveilleux remède et le grand