‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 30 sur 210 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Le Danger d'Irréligion et le Problème politicoreligieux.

La politique se trouva intéressée au sort des idées religieuses. Pouvait-on agiter l'Eglise sans émouvoir les Etats ? Les religions n'étaient pas seulement, par leurs clergés, une partie de l'organisation des sociétés; mais surtout l'on rattachait à leurs enseignements la solution de problèmes étendus. Le'J dogmes, qui imposent aux esprits certaines «vérités» suprêmes, au sujet de l'origine de toutes clioses, courbent par là même les consciences devant les institutions divines. Et l'on peut penser que la conduite des hommes leur est tracée par la foi.

Le XVIIP siècle tend à l'irréligion. Un pays qui rejette, avec les croj-ances, les habitudes sociales qu'il \ croit enchaînées, prépare aisément une Révolution. Au contraire la Prusse protestante, envahie par l'esprit nouveau, s'occupe à sauver la religion, afin de sauver l'Etat. Telle sera l'occasion lointaine du mouvement « germanique ». L'Allemagne, invoquant le rôle opportun de la religion — qui maintient l'ordre dans une société — introduit dans la

question religieuse des considérations d'intérêt extérieures aux croyances, à leur excellence ou à leur « vérité » ; à cette date critique, le besoin ou l'intérêt d'Etat s'annonce comme le principe de sa «Culture». Xous indiquons ainsi déjà les deux conditions d'une pareille aventure : dégageons-les. 1° La religion est menacée : c'est un effet de l'époque ; et 2° en Prusse un système de réaction s'élabore : il y prendra son originalité. Par suite il se comprendrait mal si nous n'indiquions, dans l'Etat et dans la religion qui réagissent de la sorte, des dispositions particulières. Ainsi nous suivons d'une part un mouvement intellectuel qui s'étend sur l'Europe, et les conséquences particulières qu'en tire la Prusse ^ ; alors nous observons ce milieu spécial tel que l'époque le présente, c'est-à-dire les conditions de la réaction et ses aspects 2. De là nous passons à la réaction elle-même, aux résolutions théoriques et pratiques qui règlent la marche de cet Etat ou prescrivent une conscience à ses fonctionnaires pendant la période étudiée ^. Elles sont assez systématiques pour donner à la Prusse une originalité singulière, et assez fortes pour faire l' Allemagne. C'est, en principe, l'effort d'une organisation sociale qui hausse ses exigences à la hauteur d'une « vérité » et d'un idéalisme. Enfin le principe d'Etatisme, qui devient une force mystique, accommode à son gré les tendances générales du siècle. Cette volonté organisatrice fait de ses postulats une a culture », et de son ambition germanique une religion du présent et de l'avenir ^.

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