Id., p
20. S. L. E. De Marées, Briefe liber die neuen Wàchter der protestantischen Kirchc, 1. Heft 1786. Leipzig, p. 9-11.
lui DU CHRISTIANISME AU GERMANISME
actuellement, une religion de la pure Raison ». Aussi Hamaun avait-il nommé Nicolaï « le Néliémie du nouvel édifice, du temple des déistes ». Les théologiens protestants s'en prenaient tour à tour à chacun des articles fondamentaux du dogme ; de Marées se plaint qu'ils ne respectent rien, depuis le Créateur de la terre et du ciel « jusqu'à la E/ésurrection de la chair », et qu'ils « nartent en guerre contre les dix commandements ». Enfin ils déclarent que tout le système protestant est une « imbécillité ». Ils triomphent par d'insolentes déclarations, et proposent la « pure religion naturelle de la Raison, qui prendrait la place non seulement du christianisme, mais de toutes les autres religions — - sans tarder, comme ils l'espèrent ».
Une secte libre-penseuse 21 comptait parmi ses membres Sœmmering, conseiller aulique et professeur de médecine, un autre conseiller, von Haupt, tous deux à Mayence ; à Magdebourg Hermès, candidat en théologie ; Kleuker, recteur du « Gymnase » d'Osnabrûck ; le pasteur Hermès, à Quedlinburg. Le but de l'Union était « le bien de l'iiumanité » 22 : on le réalisait par la propagation des « lumières », le « détrônement du fanatisme » et du « despotisme moral ». Le plan secret des opérations était arrêté : aussitôt quelques hommes a éprouvés » se mettaient en route, armés de pleins pouvoirs ; des membres assermentés se constituaient dans les villes ; les Loges fondaient à leur tour, chacune dans son entourage, une société de lecture ; le libraire du lieu, s'il consentait, ou bien tout homme capable, en était
21. Mehr Noten als Text oder die Deutsche Union der îier, eines neuen geheimen Ordens zuni Besten der Menschheit, par J. J. Ch. EODE. Leipzig, 1789, p. 59.
•22. Id., p. 87-90.
LE DANGER d'iRRÉLIGION ET LE PROBLEME POLITIQUE 105
institué directeur. — Vers cette époque, au rapport d'un autre contemporain '3, retentissait de divers côtés une clameur d'alarme : le progrès des « lumières » allait dépasser la limite raisonnable ; un pas de plus, et l'on glissait à l'athéisme. — Un anonyme 2^, en 1788, fait coïncider le début de la crise d'irréligion avec celui de la guerre de 7 ans : La meilleure époque, sans conteste, fut entre 1740 et cette date ; alors une érudition de bon aloi s'épanouissait dans les académies et les écoles. Les ouvrages du bel esprit « avaient quelque cbose de viril ; on n'y trouvait point ce badinage et cette sensiblerie aujourd'hui écœurante ». L'éducation était ce qu'elle doit être pour chaque citoyen de l'Etat. Quant à la religion, « Edelmann, Voltaire et d'autres tentaient contre elle des attaques, il est vrai ; seulement elles étaient trop grossières : les murailles qui l'entouraient n'avaient pas encore de lézardes, elle possédait une garnison de vaillants défenseurs, aucun d'entre eux ne reculait d'un pas ». Leurs voix se sont tues. — ■ Un autre contemporain déclare qu' « il est assez établi » que des adversaires de la foi veulent « extirper » tous les cultes chrétiens 25.
Le péril pour l'État.
La religion n'entraînerait-elle point dans sa chute l'ordre social et l'Etat ? Les craintes furent vives, en Allemagne ; le cri d'alarme se répétait avec angoisse.
23. Das protestantische Freymaurerklerikat. Aus den eigenen Schriften und ungedruckten Papieren desselben gezogen. :Mit Protokollen, 17S8. p. 31.
2A. Ueher die Granzimien der Aufhlâritng. Berlin, 1788. Im Verlag der Buchhandlung der Kônigl. Realschule, p. 71-72.
25. Cf. Semler — dans Seiler. Ueber das Kônigl. Preiiss. Relifjionsediht vom 9. Julius 1788. Verschiedene Urtheile mit Anmerkungen. Erlangen, p. 20.
iOG DU CHRISTIANISME AU GERMANISME
a La religion », déclare Félix Hess ^, « est l'unique moyen de rendre vraiment fermes et durables les principes de la fidélité et de la loyauté générale... Notre politique, nos pactes, nos serments, nos devoirs professionnels, doivent être liés à la religion ». Les pasteurs qui n'usent point de leur pouvoir pour inspirer aux hommes le patriotisme et un juste respect des autorités légitimes, sont traîtres à leur Eglise comme à leur pays ; voilà bien les hérétiques qui devraient trembler sous le glaive de la justice préposée à l'ordre social, a hérétiques qui insultent à Dieu et au roi ».
Aussi Nôsselt '^'', professeur de théologie à Halle, exhorte-t-il ses étudiants en 1768 à servir la religion par leurs recherches, dans l'intérêt général : « Je serais désireux que vous veuillez bien réfléchir à ce qui suit. Dans notre organisation sociale la religion est d'un très grand poids. Elle est sanctionnée par des lois publiques ; c'est d'elle que dépend notre culte public, l'organisation des écoles, qui ont une influence si importante sur la formation des hommes et des citoyens; le serment, qui est un moyen d'assurer la fidélité des sujets envers leurs supérieurs, de découvrir l'innocence et de punir les malfaiteurs cachés ». — ■ Steinbart 2», pasteur à Zùllichau, assure également, en 1770, que « seule » la religion a peut donner aux prescriptions de la conscience l'appoint d'une autorité supérieure, et les dérober aux dispositions arbitraires du bon plaisir humain ».