Id., 4. StiiCk, 177S, p
31. J. G. H. FEDER, Grundlehren zur Kenntrdss des menschlichen Willens nnd der naturlichen Gesetze des Rechtverhaltens. Gôltingen, 1782, p. 1S8-189.
32. Versuche liber Religion und Dogmatik zur Befôrderung einer rechtmasslqen christlichen Freyheit, l. Bd., Halle, bey Joh. Jacob Gebauer. 1783. — 2 Bd., 1784. Résumé ici par J. C. Doderleix, dans sa Theologische Bibliotheh, 3. Bd., 3. St. Leipzig, 1784, p. 187.
la loyauté dans le service de l'Etat, si ce n'est la religion ?» — Puisque « la doctrine du ClirivSt », écrit le théologien Sack, fait voir expressément dans l'autorité sociale l'effet d'un ordre divin, « par là même elle transforme les devoirs des sujets en devoirs religieux, et leur impose ainsi une obligation bien plus forte et plus juste, en sorte que toute désobéissance et toute rébellion contre la constitution de la cbose publique devient une désobéissance et une rébellion contre Dieu lui-même. Quiconque s'élève contre l'autorité, se dresse contre l'ordre établi par Dieu ; or ceux qui se rebellent, seront frappés d'un jugement. C'est uniquement de cette façon que l'obéissance et la fidélité envers le souverain peuvent devenir une question de conscience. Or la conscience délimite nos devoirs, bien plus sûrement que toute loi humaine et toute violence extérieure, de façon si étroite et si ferme, qu'en aucun cas ces barrièi-es ne peuvent être rompues » ^^.
Peu avant la Révolution française, en 1787, Less 3^, professeur de théologie à Goettingue, insistait sur l'incrédulité croissante et menaçante. « Parvenu près du terme de mon voyage à travers la vie, je vois des Révolutions qui se fomentent et qui déjà éclatent ; Dieu sait combien de tristes et d'effroyables conséquences elles entraîneront à leur suite! Une foule d'hommes qui sont nés et ont grandi dans le sein du christianisme ont pris à tâche ... de le saper; et, sous le nom glorieux et magnifique de religion rationneUe, de répandre des
33. Betrachtungen ûber den Einfliiss der christUchen Religion auf Moralitat und bûrgerliche Wohlfahrt. Dans : A. F. W. Sack- Lebensbeschreibung... Hrsgg. von dessen Sohne F. S. G. Sack, 2 Bd. Berlin, 1789, p. 108-109.
34. Gottfried Less, Handbuch der christUchen Moral und der Allgtmeinen Lebens-Theoiogie..., 3. verm. Ausg. Gôttingen, 1787. — Avant-propos de la 3e édition. Gôttingen, 25 juin 1787.
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théories qui font de leurs lubies les oracles de la saine Raison, et de leurs passions coupables, des règles de morale ». Leur succès est assez inquiétant pour qu'on voie des gouvernants obligés de se plaindre de l'atliéisnie et de l'immoralité, dans leurs édits et leurs lois ; lui-même « l'homme du commun lit dans les écrits allemands les ardentes exhoi-tations des princes qui veulent supprimer le christianisme... Et déjà dans des petites villes et dans des sociétés de la bourgeoisie on observe un des plus hideux spectacles : des femmes qui persiflent la Bible, la religion et Dieu! »
Le souci d'une Discipline sociale parmi les besognes de l'esprit, ou les origines de l'éducation nationale en Allemagne.
Les théories que nous étudions concernent des vérités ou des croyances, elles demeurent intellectuelles, comme toutes les théories précédemment exposées ; les sujets qu'elles touchent sont matière d'enseignement. Mais leur utilité pratique passe au premier plan ; ici, en Allemagne, elles s'émettent et circulent dans un milieu d'organisateurs, chargés d'officielles missions : théologiens protestants ou philosophes, professeurs, — prêtres d'un Etat, pourrait-on penser.
Moïse Mendelssohn ^^, en 1760, critiquant la « Bibliothèque philosophique de léna», publiée sous la direction du conseiller aulique Daries, signale avec humour dès cette époque, la religieuse vénération qui entoure le Professeur. « Fn professeur est
35. Moses Mendelssohn' s gesammelte Schriften. Nach den Originaldrucken hrsgg. von Prof. Dr. G. B. Mendelssohn, 4. Bdes 2. Ablhlg. Leipzig, 1844. — M. MentieUsotin's Antheil an den Briefen. die neueste Litteratur hetreffend. Ans dem VI. TheiL Den 16. April 1760. p. 60-61.
pour eux quasiment un petit roi. Ont-ils à rendre compte d'un de ses écrits ? Toici les termes : le célèbre auteur s'est acquis de nouveau des titres éminents à la reconnaissance du monde, par ce nouvel effort ; monsieur le Professeur prouve, monsieur le Professeur poursuit ». Vn certain Millier répond-il au professeur Polz ? « On croirait qu'il se tient devant lui et fait une profonde révérence après chaque période. " Notre Eevue a eu le boulieur " — tel est son exorde — " de recevoir de votre seigneurie une lettre importante et profonde qui ne lui fait pas médiocrement honneur. Xous nous reconnaissons très obligés par cette bienveillante attention de votre seigneurie, et nous nous engageons à vous payer de retour par tous les services possibles ". Sur ce ton monsieur Millier aligne 5 pages de compliments. Que doit penser de nous un étranger, lorsqu'un tel écrit lui tombe entre les mains ? »
En un pays où le « savoir sacré » est en haut honneur, où tant de théologiens sont professeurs, les professeurs ne sont-ils pas un peu les hommes de Dieu ? Elle peut s'imaginer en tête de la science, cette théologie allemande hantée de la gloire de Luther; et n'est-elle point capable aussi de fonder les Etats, cette religion qui organisa la force des princes contre l'ennemi catholique et l'étranger ? Sa morale, soucieuse d'organisation pratique, est comme la discipline nécessaire qui cherche des résultats tangibles. La Philosophie couronne ce religieux assemblage de savoir et d'utilité; appropriée , à la tendance naturelle d'un esprit spéculatif et aisément mystique, elle se prend sans peine pour une « science sacrée », digne des anciens âges. La philosophie allemande du XVIII' siècle, nous le verrons, ne sera pas distincte du mouvement théolo-
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giqiie. Le Théologien et le Philosoplie, qui ne sont souvent qu'un même personnage, feront l'Allemagne.
Comme le clergé, organisateur d'une vie sociale et politique, le savant n'est pas étranger à la destinée de l'Etat. Le labeur intellectuel, même lorsqu'il semble désintéressé de l'action, s'y ramène en vérité. Stàudlin ^^, dans un livre qui glorifie Kant, dira que la métaphysique d'un a solitaire » est plus voisine de l'enseignement public, qu'on ne serait tenté de l'admettre, a On ne le croirait pas, si ce n'était attesté par l'histoire : mais le savant solitaire, retiré, qui met par écrit ses spéculations dans son cabinet silencieux, et paraît être dans la machine de l'Etat un rouage inerte, insignifiant, prépare souvent, sans le soupçonner, les plus importantes révolutions... La métaphysique n'est pas si éloignée du sens commun et des idées dont il s'occupe, qu'on se le représente habituellement ». Les « spéculations » du solitaire « passent peu à peu dans les écoles, dans les livres populaires, dans les conférences publiques, dans les entretiens journaliers, y sont déformées ou continuent à mûrir ».
L'influence morale ou pratique des plus savantes théories est le motif invoqué pour les soumettre à la surveillance. Quelle est donc, en Allemagne, cette « Science » dont s'inquiètent les pouvoirs établis, et qui peut, négligée ou florissante, défaire ou maintenir les Etats ? ^e nous étonnons plus, puisqu'il s'agit d'une Philosophie religieuse, sorte de théologie supérieure.
36. D. Cari Friedrich Stàudlix. Professeur de théologie à CTÔttirigen. Gescràchte und Geist des Shepticismus... Leipzig, 1794, I Bd., p. 121-123
Le savant professeur, occupé de questions brûlantes pour TEtat, n'autoriserait point le scepticisme sans que l'ordre social fût menacé des pires excès. « Si la vertu de la messe devient douteuse à leurs yeux, douteuses seront aussi la providence et l'existence de Dieu. L'autorité des prêtres baissera; et le germe d'une corruption sans borne, de la destruction de l'esprit public, de la décadence et de désordres sociaux, mûrira de plus en plus ».
Herder, de son côté, déclarait que la mauvaise Science est celle qui opposerait l'esprit de doute à l'esprit de gouvernement. Si à l'action elle substitue l'hésitation, malheur à elle ! « T7n scepticisme pusillanime gâte tout. Un dirigeant a vraiment besoin de savoir que... " tout se discute "... Belle victoire qu'il se donnerait, à lui et à la science, sur le gouvernement î — Il vaut mieux, en ce cas, que le dirigeant n'ait pas appris à écrire, et garde seulement une main ferme et solide, pour apprendre à écrire ou combattre au besoin ; plutôt que l'esprit, le coup d'oeil et le poignet lui soient maintenant paralysés par sa science, et qu'il ne sache plus rien voir en bonne lumière, ni vouloir, ni concevoir » ^''.
Le philosophe Stàudlin conclut de même : a Malheur au gouvernant qui est contaminé par cet esprit » de « plat scepticisme », et « malheur au pays qui obéit à son sceptre î » ^^ « Le scepticisme peut... agir sur la société civile. Il y parvient en ébranlant la morale, la religion, en corrompant les sciences et les pouvoirs publics ». — La a science » est affaire d'Etat, parce qu'en vérité elle est confondue à la religion, dans un pays qui fait de la théologie sa
37. Herder, Vom Einfluss drr lierjleruvg auf die Wissei,schaften urtd der Wissenschaflen auf die Regterung. Berlin, 1780, p. 90.