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55. Cf. Ci-dessous, chap. VI. les réponses à la question proposée par l'Académie de Berlin en 1780.
56. Cf. ci-dessus. — Cf. aussi, à propos des jugements sur la Révolution française et sur notre culture, l'introduction de notre répertoire bibliographigue : « La France et l'esprit français, jugés par le Mercure de Wieland » (Paris, Alcan, 1913).
LE DANGER d'iREÉLIGION ET LE PROBLÈME POLITIQUE ii9
savoir moderne, il réagit, fait violence, et soumet ce savoir à son ambition. D'abord il oppose ce qu'il veut, à ce qu'on croit ou à ce qu'on pense. En matière de a vérité » religieuse, l'Etat commande.
La théorie du mensonge utile. Classification de divers systèmes qui passent à Tordre du jour.
Les hommes ne subordonnent les religions à leur volonté, à leurs calculs, que dans la mesure oii la foi s'atténue. La liberté qu'on s'arroge à l'égard des croyances est compagne de l'incrédulité.
D'une façon générale — rappelons-le ici — le XVIII^ siècle se plaît à dissocier la conscience i^ligieuse, par une suite spontanée de son scepticisme. Le prêtre lui paraît un adroit politique, qui dispose de l'enseignement selon divers intérêts. On veut que les vérités, en tout temps, aient été voilées d'ésotérisme. Cette manie gagne la pratique : on prend le goût des fictions. Il faut que la lumière se dérobe sous une initiation maçonnique. Le problème de l'Education par une dissimulation sagace passe à l'ordre du jour, en Allemagne. Ici, les visées pratiques du protestantisme, en sa réaction, donnent à ces précautions un intérêt général et un sens utilitaire. Passons en revue diverses formes d'ésotérisme, qui, souvent reprises par des théoriciens du XYIIP siècle, nous permettront de mieux préciser la forme extrême choisie par les apologistes du a besoin d'Etat », dans la Prusse protestante.
Il s'agit de dissimulation dans des questions d'enseignement, et non de quelque habileté du domaine pratique, parente du Machiavélisme. Tous doiventils être instruits selon la vérité ?
Or certaines vérités, a-t-on dit parfois, doivent être dérobées comme des armes dangereuses. Le fondateur de r a Illuminisme » maçonnique, Adam Weishaupt ^^, soutiendra cette opinion : « Que ferait l'enfant avec le couteau, tant qu'il est un enfant ?... Pour la même raison, que feraient avec les vérités » des gens « qui ne les comprennent pas ou ne veulent pas les comprendre ? » Il est à craindre qu'ils n'en abusent... D'ailleurs les vérités ne sont autres, en ce passage, que les « plans » secrets de la Maçonnerie ^^: il faudrait plutôt dire « intentions » que a vérités » ; il semble qu'il soit moins question d'un ésotérisme intellectuel que d'une conjuration politique. Weishaupt ajoute en effet : « Il doit donc être permis de cacher des plans avisés. Plus d'un homme d'Etat a éprouvé cette nécessité ». — Un théoricien d'une Maçonnerie opposée, J ean-Auguste Stark ^^, reconnaissait également l'utilité d'une prudente réserve dans l'enseignement : ici, les « vérités » ne sont point des 0 plans » politiques, mais la « théologie », la « science naturelle » et autres sciences. Ainsi le savoir, dit Stark, n'était pas mis à la portée du peuple par les prêtres antiques, et n'était-ce point sagesse, puisque certain savoir est dangereux ?
S'il ne s'agit encore, en ces opinions telles que nous les avons citées, que d'une précaution négative, d'une simple dissimulation, notons qu'elles visent déjà des « vérités », et même les « sciences », comme l'écrit Stark. Et d'autre part l'intérêt inspirateur de prudence est étranger aux considérations intel-
57. Adam Weishaupt, pythagoras oder Bttrachtungen ùber die geheime Welt- und Reglerungs-Kuusi, i. Bd., 1. Abschnitt. Frankfurt und Leipzig, 1790, p. 80-81.