Id., p
59. Stark, Ueber die Alten und Neuen Mysterlen. Berlin, 17rt2, p. 148.
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lectuelles. C'est déjà, en germe, la théorie de V utilité de l'erreur, mais elle n'est point encore positive : elle professe seulement l'ignorance, le silence.
Néanmoins nous sommes loin déjà de ce religieux silence qui, dans une pieuse intention, entoure de mystère certaines « vérités » supérieures, qui sont de leur vrai nom des croyances. Il convient de signaler cette autre espèce de dissimulation qui n'était pas duplicité ; elle se présente toute sincère et respectueuse, et nous la considérons comme telle : car nous n'examinons ici que les opinions exprimées.
Le XYIII® siècle aussi, en ses hypothèses ou ses systèmes d'ésotérisme, émit parfois cette simple idée, que les mystères étaient destinés à éviter la profanation ; chez les anciens, ils propageaient et conservaient les grandes vérités, les enseignements cachés en leur sein : le respect de ces connaissances portait les initiés à en conserver le secret ^. Mais ce « savoir » qui ailleurs s'appelle croyance, cette intime ferveur qui ne livre pas sa sainte « vérité », fut moins propre aux modernes raisonneurs du XYIIP siècle qu'à des âmes religieuses s'abandonnant à Dieu. Il faut opposer ici, à l'ésotérisme calculateur — même s'il reste mystique — la conviction et le langage d'un vSt Clément d'Alexandrie : a Tout ce qui est sourd et aveugle, et conséquemment tout ce qui n'a ni l'intelligence, ni le regard ferme et pénétrant de l'âme contemplative, qualité que le Seigneur seul peut donner, n'étant pas encore pur, ni digne de la chaste vérité, mais au contraire demeurant étranger aux lois de l'ordre, de l'harmonie, et toujours plongé dans la matière, doit se
60. Ueber dei} Zwcck des Freymaurerordens, 2. Aufl. Berlin, 1781, p. 180.
tenir hors du chœur diTin, comme on écarte un profane de l'entrée des mystères ».
A ce pieux respect d'une sainte « vérité », qui commande qu'on la dissimule dans son intérêt même, il faut rattacher une autre conception de la vérité supérieure au profane : celle-ci n'est point religieuse, ou elle ne l'est que sans le vouloir. Du moins elle se pare d'un faux-semblant intellectuel. Pour refuser au commun des hommes l'accès d'un prétendu « mystère », elle objecte moins leur impureté morale que l'incompétence foncière de leur esprit. Le a profane » devient le « vulgaire » ; et la religieuse pudeur de l'Initié se mue en un mandarinisme dédaigneux. La vérité, dira Hermès 6^, doit être tenue en réserve , car « tous les hommes n'ont pas d'égales capacités d'esprit », Cette forme d'ésotérisme, qui avance un prétexte éducatif et semble ainsi servir la « culture » tout en la dissimulant, séduisait les éducateurs de l' Allemagne. Le mandarinisme, s'il était pur de tout alliage utilitaire, penserait avec une ésotérique conviction : tous les hommes ne sont pas dignes de la vérité. L'erreur leur convient; prêtons-nous à leur erreur. Dans l'intérêt même de la vérité, si l'on peut dire, l'ignorance du profane est une mesure nécessaire : il offenserait la vérité sans la servir; il se nuirait à lui-même : il en chercherait la clarté avec des yeux qui ne voient pas. Aidons à la saine illusion du vulgaire. !N^e lui offrant que l'allégorie de la vérité, ne suivons-nous pas la nature ? Elle aussi n'offre qu'un vain songe aux esprits non préparés. Aux seuls initiés elle apparaît dévêtue. On le voit, ce mandarinisme, s'il est
61. Johann August Hermès, Haridhuch der neligion, 1. Ed., 3. revklirte Auflage. Berlin, 1783, p. 735.
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sincère, emprunte l'idée même de la « science » sacrée, et lui doit une vénération quasi mystique du savoir. Aussi l'Occultisme est-il son apanage. Les vérités « supérieures » de l'alchimie et de la mao-ie sont de celles qu'un public profane ne peut ni ne doit entendre. Prenons un exemple. Athanase Kircher, s'exerçant a pénétrer les mystères de l'antique Egypte, y discernait l'art de fabriquer l'or; mais cet art, ajoutait-il, « fut enseveli par les connaisseurs dans un profond silence, afin que le plus mystérieux trésor de la nature ne fût pas révélé au populaire ignorant. . . » De telles sciences, les plus secrètes entre toutes celles qui contemplent l'édifice du monde sublunaire et subterrestre, sont « justement dérobées à la lecture des indignes, et cachées sous les énigmes hiéroglyphiques » ^^. Ainsi la « vérité » d'initiation messied aux profanes, tant à cause de leur incapacité que pour sa propre éminence. Telle serait la raison sincère de sa dissimulation. Mais il conviendrait de n'y point mêler d'intérêt personnel ou de motif politique. Or les théoriciens de l'Etatisme, qui décorent leur prudence d'un souci intellectuel, révéleront en même temps l'intérêt politique qui les anime.
Mais « en toutes les règles d'habileté exposées jusqu'ici », dit Hermès ^3 après une énumération de cette sorte, « il s'est agi uniquement de retenir la vérité, et non de la transgresser réellement ». Cette dernière audace sera-t-elle permise ^ ? Certes, répond Hermès après quelque hésitation, si nous servons par là les intentions de Dieu. — Ainsi la
62. p. Athanasius Kircher, /Edypus JEgyptiacus, t. 2, part. 2, class. 10.